À Madrid, Greta Thunberg attire toutes les lumières

Conférence sur le climatLa jeune activiste fascine autant les participants à la COP25 que les ados. Le mouvement est-il menacé par la «Greta-dépendance»?

«Nous avons réussi à faire prendre conscience de l’urgence climatique et à créer un mouvement d’opinion mondial. C’est déjà énorme, mais en même temps, ce n’est rien.»

«Nous avons réussi à faire prendre conscience de l’urgence climatique et à créer un mouvement d’opinion mondial. C’est déjà énorme, mais en même temps, ce n’est rien.» Image: AP Photo / Bernat Armangue)

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«Nous avons réussi à faire prendre conscience de l’urgence climatique et à créer un mouvement d’opinion mondial. C’est déjà énorme, mais en même temps, ce n’est rien.» Greta Thunberg parle d’une voix fluette mais ferme. Face à elle, des centaines de journalistes et de photographes jouent des coudes. La jeune activiste suédoise donne une conférence de presse dans une salle bondée, au centre de Madrid, juste avant la grande marche pour le climat convoquée ce vendredi en marge de la COP25, la conférence mondiale sur le changement climatique qui se tient dans la capitale espagnole jusqu’au 13 décembre prochain.

Elle est arrivée fragile, les yeux baissés, entourée d’autres activistes de Fridays for Future, des adolescents qui, comme elle, se mobilisent pour exiger des actions immédiates aux gouvernements de leurs pays respectifs pour lutter contre le réchauffement climatique.

Ce vendredi soir, ils ont été plus de 500'000 à se joindre à la marche, selon les organisateurs. Des militants écologistes venus de toute l’Europe, des familles entières et des bandes d’adolescents. Mais les projecteurs ne se centrent que sur une seule personne, Greta Thunberg, qui défile en première ligne. Sa présence accapare l’attention des médias, qui ont suivi comme un feuilleton l’odyssée de sa traversée de l’Atlantique. Ils l’ont pistée à Lisbonne, poursuivie dans le train de nuit vers Madrid et traquée dans le hall de la COP25, où elle a fait une brève apparition pour soutenir le mouvement des jeunes pour le climat.

«Gre-ta! Gre-ta!»

À la COP25, depuis des jours, les couloirs bruissaient de rumeurs. Certains l’annonçaient déjà donnant une conférence, quand elle n’avait pas encore quitté son hôtel de Lisbonne pour prendre le train vers Madrid. On ne l’attend plus? C’est à ce moment qu’elle fait une apparition surprise pour retrouver des jeunes du mouvement Fridays for Future. «Gre-ta! Gre-ta!» crient-ils. Les délégations officielles ne sont pas en reste. Chacun tente de se glisser dans son agenda minuté pour arracher une photo, une poignée de main, une conversation ou la participation à un forum.

«Ce n’est plus la COP25, c’est la COP Greta», glisse un observateur agacé par le tapage médiatique. Au point que certains s’interrogent: le mouvement pour le climat est-il devenu «Gretadépendant»? Comment se fait-il que l’avenir de la planète semble dépendre désormais des pérégrinations d’une adolescente de 16ans?

Du côté des associations écologistes, on refuse d’entrer dans le débat. «2019 a été l’année du réveil climatique et c’est grâce à elle», affirme sans détour le coordinateur de Greenpeace en Espagne, Pablo Chamorro. «Il y a dix ans, quand nous protestions contre le réchauffement climatique, nous étions 500 personnes à Madrid, raconte-il. Et puis, brusquement, tout a basculé avec l’émergence de ses Fridays for Future. Nous nous sommes retrouvés à 50'000 en mars dernier et 400'000 en septembre… Oui, nous savons qu’il y a un effet Greta. C’est indéniable. Mais nous n’allons pas nous en plaindre. En septembre dernier, elle a réussi à jeter dans la rue huit millions de personnes à travers le monde, qui demandaient des mesures urgentes à leurs gouvernants, maintenant, tout de suite. Et c’est ça l’important.»

«Elle a raison»

Parmi la foule qui défile ce vendredi soir dans Madrid, Matilda et Estrella, 13ans, accompagnées de Manuela (11 ans) et Teodora (9 ans), brandissent leurs pancartes: «Act Now», «Save Life», «SOS», lit-on. «Nous suivons l’exemple de Greta, elle a raison, c’est maintenant qu’il faut agir, avant qu’il ne soit trop tard pour la planète», dit Matilda.

«Des gens courageux comme Greta, oui, il en faut plus!» s’exclame l’activiste chilienne Estefania Gonzalez, porte-parole de la plateforme Société civile pour l’action climatique, qui fait partie des organisateurs du sommet social pour le climat qui s’ouvre ce samedi à Madrid, en parallèle à la COP25, pour réclamer aux gouvernants une transition verte juste et inclusive qui ne creuse pas les inégalités entre le Nord et le Sud. «Greta Thunberg a fait de la question climatique un enjeu central pour l’opinion publique, explique-t-elle. Jusque-là, c’était un sujet monopolisé par les technocrates à portes fermées. Grâce à elle, c’est devenu une urgence de société.»

Alors que la marche s’achève, Domingo et Marta s’apprêtent à s’engouffrer dans le métro pour regagner leur banlieue en famille. «Ce sont nos fils qui nous ont entraînés, racontent-ils. Nous aussi, nous sommes une génération Greta, celle des parents qui ne veulent pas laisser le désastre en héritage à leurs enfants.»

Créé: 06.12.2019, 22h11

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