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AKK, la dauphine de Merkel chancelière? Pas sûr!

Les conservateurs doutent des capacités d’Annegret Kramp-Karrenbauer à gagner les prochaines élections. Ses détracteurs en profitent pour la déstabiliser.

Annegret Kramp-Karrenbauer, la nouvelle cheffe de la CDU.
Annegret Kramp-Karrenbauer, la nouvelle cheffe de la CDU.
Keystone

C’est la panique dans le camp conservateur. Tandis que les élections anticipées pourraient avoir lieu dans quelques mois, les militants du Parti chrétien-démocrate (CDU) commencent à douter des capacités de leur nouvelle cheffe, Annegret Kramp-Karrenbauer («AKK»), à remplacer Angela Merkel à la chancellerie.

«Elle a été très affaiblie par les mauvais résultats des élections européennes. Du coup, ses rivaux profitent de la situation pour la déstabiliser. Ils n’ont pas digéré, semble-t-il, leur défaite dans la course à la présidence du parti au congrès de décembre», analyse Gerd Mielke, politologue à l’Université de Mayence.

La première campagne électorale d’AKK a été un désastre. Aux élections européennes du 26 mai, les conservateurs sont arrivés en tête, mais avec seulement 22% des voix, en recul de 8 points par rapport à 2014. C’est le plus mauvais score de l’histoire de la CDU au niveau fédéral.

Les sondages ne sont pas rassurants alors que trois élections régionales ont lieu à l’automne. La CDU, qui plafonne à 25%, se fait même doubler dans les intentions de vote par les écologistes. Si le prochain chancelier était élu au suffrage direct, le chef des écologistes, Robert Habeck, obtiendrait deux fois plus de voix qu’AKK!

Par ailleurs, la dauphine de Merkel s’est discréditée en réclamant une «régulation» des faiseurs d’opinion sur internet après qu’un youtubeur a appelé à voter contre la CDU. «Cette affaire a montré son manque de culture des réseaux et son incapacité à comprendre la génération internet», constate Gerd Mielke. La cheffe de la CDU a surtout révélé son vrai visage: une pensée réactionnaire et autoritaire.

Et Merkel, dans tout cela? «La chancelière est occupée à organiser son départ de la politique. Sa discrétion pendant la campagne a montré qu’elle ne voulait pas égratigner son image en prenant position dans des querelles internes. Elle a laissé tomber AKK. Du moins, c’est l’impression qu’elle donne», estime le politologue.

Pour savonner la planche d’AKK, l’aile ultraconservatrice WerteUnion, un mouvement minoritaire à la CDU mais très présent médiatiquement, a réclamé des primaires pour le choix du candidat ou de la candidate. Une procédure qui n’a encore jamais été utilisée dans le parti. «La CDU risque de répéter ainsi les erreurs du Parti social-démocrate (SPD), qui s’est déchiré pendant des dizaines d’années sur des questions de personnes. Les rivalités internes prennent toujours le pas sur la stabilité du parti», remarque Gerd Mielke.

Le libéral Friedrich Merz, candidat malheureux à la présidence, n’a pas abandonné l’idée de remplacer AKK à la tête du parti. On prête également à deux autres conservateurs des prétentions au trône. Jens Spahn, le ministre de la Santé (lui aussi candidat malheureux à la présidence de la CDU), est resté discret. Mais son profil jeune et moderne lui permet de rester un candidat potentiel.

L’autre frondeur est Armin Laschet. Il vient d’appeler hypocritement ses troupes à cesser les discussions sur cette question de la candidature. Le puissant ministre-président de la région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie avait pourtant jeté le doute sur les capacités d’AKK à diriger l’Allemagne. Pour celui qui dirige la fédération régionale la plus puissante d’Allemagne, la nouvelle présidente est trop à droite pour gagner des élections, qui doivent se jouer au centre. Armin Laschet, lui non plus, n’a pas exclu d’être candidat. «Cela ne va pas être facile pour AKK. La course à la chancellerie est loin d’être gagnée», estime Gerd Mielke.

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