«AKK» succède à Angela Merkel

AllemagneProtégée de la chancelière, Annegret Kramp-Karrenbauer a été élue de justesse contre le néolibéral Friedrich Merz.

Sous le regard ému d’Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer salue les congressistes qui l’ont élue à la tête de la CDU.

Sous le regard ému d’Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer salue les congressistes qui l’ont élue à la tête de la CDU. Image: REUTERS

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Jamais les conservateurs allemands n’ont vécu autant de démocratie interne. Autrefois, les élections n’étaient qu’une formalité au Parti chrétien-démocrate (CDU). Cette fois, trois candidats étaient en lice pour remplacer Angela Merkel. Du jamais vu!

La partie n’a pas été facile, vendredi, pour les prétendants au trône. En effet, il a fallu deux tours pour que les délégués désignent Annegret Kramp-Karrenbauer comme présidente. «AKK» a obtenu seulement 51,7% des voix contre 48,3% contre son principal rival, le néolibéral Friedrich Merz.

«AKK» a réussi à convaincre les 1001 délégués de choisir la voie de la stabilité. Comme Merkel, elle a insisté sur la nécessité de ne pas céder à la tentation de marcher sur les plates-bandes de l’extrême droite (AfD), présente à l’Assemblée fédérale et dans tous les parlements régionaux. «Ayons le courage… de ne pas regarder sans cesse sur notre droite (…) Il ne suffit pas d’attaquer les opposants politiques. Il faut livrer du contenu. Cessons de dire qu’il faut faire ceci ou cela. Ayons le courage d’agir», a-t-elle déclaré, vendredi, dans un discours qui a galvanisé la grande salle du Palais des Congrès de Hambourg.

En mère de famille

Elle a surtout réussi à convaincre les délégués que c’était avec elle que la CDU gagnerait les prochaines échéances électorales. Il était important pour elle de rappeler que Friedrich Merz n’avait jamais mené de campagnes électorales pour la CDU et qu’il avait quitté la politique il y a dix ans. «Je suis venue ici comme une mère de famille de trois enfants. J’ai été plusieurs fois ministre, j’ai été ministre-présidente et secrétaire générale de la CDU», a-t-elle insisté. Friedrich Merz a été seulement deux ans président du groupe parlementaire avant de se faire évincer en 2002 par Angela Merkel.

«AKK» veut un parti qui continue d’occuper le centre de l’échiquier politique. Elle a répété sa volonté de faire du social, «d’aider les mères seules et les familles modestes». Son rival, un millionnaire de la finance, avait proposé de faire un «agenda pour tous ceux qui travaillent assidûment dans le pays».

«AKK» ressemble à Merkel dans le style. «Elle est modeste, comme la chancelière, qui fait ses courses chez le discounter, fait de la soupe aux pommes de terre et part toujours en vacances avec la même veste», explique Michael Bröcker, rédacteur en chef du quotidien «Rheinische Post». «J’ai compris qu’il n’était pas nécessaire de parler fort pour montrer sa force», a-t-elle expliqué dans une formule adressée à son concurrent.

«Je serai moi-même»

Souvent surnommée «Merkel 2.0» dans la presse, elle a prévenu que sa présidence sera différente d’Angela Merkel. «J’ai lu aussi que j’étais une «mini» ou «copie» [de Merkel]. Mais je serai moi-même», a-t-elle prévenu. Certes, elle défend le choix de Merkel d’avoir ouvert les frontières en 2015 à près d’un million de réfugiés. Elle a d’ailleurs repris régulièrement la formule tant décriée de la chancelière: «Wir schaffen das» (Nous y arriverons).

Mais elle est beaucoup plus conservatrice que la chancelière. Contrairement à Merkel, elle est opposée au mariage pour tous, à l’avortement ou à la double nationalité pour les Turcs. Elle ne voit aucun inconvénient à expulser des réfugiés syriens délinquants en zone de guerre, ce qui fait dire à certains qu’elle sera elle aussi contaminé par le populisme. «Elle parle comme Merkel, mais elle agit comme Horst Seehofer [ministre de l’Intérieur ultraconservateur bavarois]», résume Kristina Dunz, coauteure d’une biographie d’«AKK».

Les conservateurs ont donc pris le risque de la continuité pour reconquérir leur électorat. «AKK» saura-t-elle faire repasser la CDU au-dessus de la barre des 30%, en récupérant notamment les électeurs perdus à l’AFD, comme elle a réussi à le faire en Sarre en 2017 en obtenant plus 40% des voix en pleine crise migratoire? Le candidat Merz ne le croit pas.

L’avenir du parti est toujours menacé par les défaites électorales et l’érosion des adhésions. «Nous avons un problème démographique. Seulement 6% de nos membres ont moins de 30 ans», remarque Henning Otte, responsable des adhésions à la CDU.

Les derniers conservateurs

«Quand on voit la situation actuelle du Parti social-démocrate (SPD), qui ne fait plus partie des grands partis populaires en Europe, nous avons conscience du défi qui nous attend. Nous ne voulons pas subir le même sort que le SPD», ajoute Wolfgang Reinhard, un délégué du Bade-Wurtemberg.

L’objectif d’»AKK» est de redonner ses lettres de noblesse à la CDU: «En Europe, nous sommes la dernière grande force politique conservatrice. Je veux qu’elle le reste!» a conclu celle qui pourrait être la prochaine chancelière dans trois ans.


Une chancelière au bord des larmes

Angela Merkel a eu du mal à retenir ses larmes face à la standing-ovation offerte par des milliers de délégués et d’invités. Très émue, elle s’est assise. Puis elle s’est relevée plusieurs fois toujours en essayant de cacher ses émotions, comme à son habitude.

Les applaudissements ont duré près de dix minutes. «Ce fut un plaisir, un honneur! Merci!» a lancé Angela Merkel aux 1 001 délégués réunis dans la grande salle du Palais des Congrès de Hambourg, sa ville natale.

Dans les rangs des délégués, on pouvait lire «Danke chefin» [merci cheffe] sur des dizaines d’affiches. Bien qu’elle ait toujours prétendu que la présidence du parti était indissociable de celui du poste de cheffe du gouvernement, elle a décidé de mener son quatrième mandat à son terme jusqu’en 2021. L’élection d’«AKK» la conforte dans son poste de chancelière. Friedrich Merz aurait sans doute tenté de renverser la chancelière avant la fin de son mandat. C.B.

Créé: 07.12.2018, 20h57

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