«L’Allemagne débat de la crise grecque depuis cinq ans, la France la découvre!»

Crise grecqueLa crise grecque a mis en exergue le poids de la France et de l’Allemagne au sein de l’Union européenne. Et si le coup de poker de Syriza n’avait servi qu’à ressouder le vieux couple franco-allemand.

Les Grecs sont suspendus aux décisions de l'Union européenne pour leur permettre de sortir de la crise. Mais désormais, la France et l'Allemagne parlent d'une même voix.

Les Grecs sont suspendus aux décisions de l'Union européenne pour leur permettre de sortir de la crise. Mais désormais, la France et l'Allemagne parlent d'une même voix. Image: JEAN-PAUL PELISSIER/Reuters

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Lundi soir, en préambule à la réunion de l’eurogroupe, Angela Merkel et François Hollande ont accordé leurs violons à Paris. Le couple franco-allemand, si important pour l’Europe, entend parler d’une même voix. Les deux chefs d’Etat ont demandé au gouvernement grec des propositions sérieuses. Claire Demesmay est responsable de l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP) à Berlin. Politologue, elle a publié récemment «Que reste-t-il du couple franco-allemand?» Interview.

A quoi a servi, selon vous, ce mini-sommet franco-allemand lundi à Paris avant la réunion à Bruxelles?
Claire Demesmay: Le résultat était attendu et non spectaculaire. Angela Merkel et François Hollande se sont entendus sur le plus petit dénominateur commun. Mais de fait il n’y a pas de grosse différence entre les positions de l’Allemagne et de la France. Je résume: on continue à négocier et on reste ferme.

Ça, c’est la méthode et le symbole?
– L’essentiel, pour François Hollande et Angela Merkel, était de dire qu’après le référendum de dimanche la France et l’Allemagne parlent d’une même voix. Les tensions de la semaine dernière sont dépassées.

La BCE a maintenu le niveau des prêts d’urgence. L’Allemagne ne veut pas d’allégement de la dette. La France veut garder la Grèce dans l’euro… On avance ou on recule?
– Effectivement… «La porte reste ouverte aux discussions», selon la formule utilisée par Angela Merkel. Car il y a de nombreuses divergences dans les intérêts de la Grèce et ceux des pays membres de la zone euro. Personne ne veut prendre une décision qui pourrait être un choc définitif et qui fera courir un risque à la stabilité européenne. L’impact sur les chefs d’Etats et leurs opinions publiques aussi est craint. L’Europe n’aime pas les chocs. Elle travaille de manière décentralisée, avec de nombreux acteurs, c’est un système à fabriquer du compromis.

Justement, le gouvernement grec ne joue-t-il pas de la complexité du système européen pour se présenter lui, comme ayant reçu un mandat démocratique, face aux technocrates de l’UE?
– Les dirigeants de l’Europe ont bien compris que la bataille de l’opinion publique était cruciale. C’est pourquoi, en France, le premier ministre Manuel Valls a décidé d’organiser un débat au parlement. Angela Merkel mène depuis longtemps ce travail d’explication et de définition de la démocratie. Notamment en rappelant sans cesse que «les règles valent pour tous!» C’est une intéressante discussion qui ne fait que commencer: celle de la souveraineté des Etats membres. Car dès qu’il y a friction, on constate de vraies confrontations du concept de démocratie et de souveraineté entre pays.

Sont-ils identiques au sein du moteur franco-allemand de l’Europe?
– Lundi, l’objectif d’Angela Merkel et de François Hollande était de se montrer unis. Ils ont tous deux évité de parler de l’allégement de la dette. Dans ce genre de réunion, souvent ce qui n’est pas dit est intéressant. Pour Angela Merkel, un effacement de la dette n’est pas acceptable: ni pour sa majorité ni pour son opinion publique. En France, on commence à parler de cette question qui est en lien avec les marchés financiers: notations et taux d’emprunt. Tout indique que cela n’aurait aucune conséquence pour l’Allemagne. La France est, elle, dans une situation de fragilité par rapport à sa propre dette. Les dangers – et les discussions - ne sont pas les mêmes pour les deux pays. Les Français ne s’en rendent pas toujours compte.

A vous entendre, l’opinion publique française souffrirait d’un déficit de pédagogie dans ce dossier?
– En Allemagne, les deux plans d’aide à la Grèce ont nécessité un débat avec vote au Bundestag. Les propositions européennes allaient parfois contre l’opinion publique allemande et n’avaient pas la majorité au sein du parti de la Chancelière. On a souvent qualifié Angela Merkel de prudente mais elle s’est toujours pliée à cet exercice de conviction et d’explication. Ce processus de validation en Allemagne prend donc du temps, car il faut informer, débattre et c’est moins réactif qu’en France. Mais pour le coup, la population est vraiment informée. Comme les députés aussi, qui doivent répondre de leur vote auprès de leurs électeurs.

C’est donc un vrai plus?
– Il n’y a pas que du positif! L’Allemagne débat de la crise grecque depuis cinq ans, la France la découvre! En Allemagne, on constate moins d’indifférence mais plus d’exaspération. Cette dernière est même devenue consensuelle dans la plupart des grands journaux!

On dit l’unité du couple franco-allemand indispensable à l’Europe. Mais cette crise sans fin ne démontre-t-elle pas qu’il faudrait un plan B?
– La situation idéale serait de se passer du couple franco-allemand. Le jour où les institutions européennes auront acquis le poids et le fonctionnement adéquat, elles seront de fait les alternatives aux ratés des Etats membres. Au début de son mandat François Hollande a bien tenté de donner plus de poids à une coalition des états du Sud: sans grand succès! Les états devraient parvenir à passer des compromis entre eux de façon ordinaire. Le couple franco-allemand doit sans doute s’ouvrir à d’autres partenaires sur certains dossiers afin de favoriser la transition et partager son pouvoir. Mais pour l’instant, bon gré mal gré, il reste incontournable.

Rien ne se fera donc sans le lien Paris Berlin?
– L’entente entre la France et l’Allemagne reste la méthode qui fonctionne le mieux pour l’Europe. Ces deux pays ont acquis, par l’histoire de la construction européenne, des réflexes de travail en commun et une connaissance l’un de l’autre. Ils le font aussi en dehors des crises, alors quand c’est compliqué, on se tourne toujours vers le partenaire connu.

Créé: 07.07.2015, 18h26

Claire Demesmay, politologue et responsable de l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP) à Berlin.

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