À un an du Brexit, les pro-européens s’insurgent

Royaume-UniLes liens entre Cambridge Analytica et le camp pro-Brexit pourraient remettre en cause le référendum.

Le lanceur d’alerte Christopher Wylie, ex-employé de Cambridge Analytica.

Le lanceur d’alerte Christopher Wylie, ex-employé de Cambridge Analytica. Image: Alastair Grant / AP

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Les opposants au Brexit sont remontés. Alors que le Royaume-Uni est censé quitter l’Union européenne dans exactement un an, le 29 mars 2019, un lanceur d’alerte assure désormais que Vote Leave, l’organisation officiellement chargée de la promotion du Brexit avant le référendum, a menti sur ses comptes de campagne.

Après avoir dénoncé l’utilisation des données personnelles de 50 millions d’utilisateurs du réseau social Facebook au profit de la campagne du président américain Donald Trump, le Canadien de 28 ans Christopher Wylie a indiqué mardi devant un comité du Parlement britannique que quatre entités favorables au Brexit (dont Vote Leave) ont payé séparément une société pour obtenir des données ensuite utilisées en commun. Cette coordination n’est légale que si les montants de leurs dépenses de campagne sont cumulés, pas s’ils sont artificiellement dissociés comme ce fut peut-être le cas ici. Vote Leave aurait donc largement dépassé le plafond de 7 millions de livres sterling de dépenses autorisées.

Ces révélations ont fait bondir de nombreux politiciens. Pour la députée écologiste Caroline Lucas, «si ces accusations sont vraies, cela montre que quelque chose est pourri au cœur de notre démocratie». En effet, la majeure partie de cet argent a été utilisée auprès de la société Aggregate IQ, créée avec Cambridge Analytica par le groupe américain SLC pour influencer les électeurs britanniques en leur envoyant des messages ciblés à travers les médias sociaux.

Poursuites en justice

Le risque d’un emballement judiciaire est désormais bien réel. C’est même un partisan du Brexit, le député travailliste Franck Field, qui a le premier évoqué mardi cette possibilité à la Chambre des Communes. Le cabinet d’avocats qui conseille Christopher Wylie a de son côté mis en avant l’illégalité des actions de Vote Leave. Il estime également possible la poursuite en justice de l’un des anciens employés de Cambridge Analytica, depuis devenu le conseiller spécial de la Première Ministre Theresa May.

Ces révélations pourraient-elles donc bloquer le Brexit? Christopher Wylie, qui a pourtant répété qu’il était eurosceptique et favorable au Brexit, ne serait pas forcément contre. «Il serait dommage que des malversations soient confirmées par la commission électorale après que le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne.»

Professeur de sciences politiques à l’Université de Strathclyde, John Curtice remet pourtant en cause le rôle qu’auraient pu jouer ces pratiques dans le résultat du référendum.

Le rôle des réseaux sociaux

«Aucune étude sérieuse n’a été réalisée pour savoir si les médias sociaux ont eu une influence importante sur le vote des électeurs, assure-t-il. Pour le moment, on sait que les médias sociaux sont plus un moyen de mobiliser les gens qu’un moyen de les convaincre.» D’autant plus que le chercheur à l’origine de la ponction des données Facebook utilisées par SLC, Aleksandr Kogan, a récemment expliqué que «Cambridge Analytica essayait de vendre de la magie. La société disait que ses données disaient tout sur vous et étaient incroyablement précises mais la réalité était bien différente. En analysant les statistiques, ces affirmations s’effondraient rapidement.»

Décidés à ne pas se laisser faire, les Brexiters ont même contre-attaqué. Après avoir nié toute malversation de la part de ses équipes, l’ancien directeur de campagne de Vote Leave, Dominic Cummings, a indiqué qu’«une équipe déposera une plainte officielle (…) à propos de la conduite illégale de la campagne pour le maintien dans l’UE». Il avait en effet déjà affirmé que celle-ci avait utilisé des moyens illicites pour dépasser le plafond des dépenses autorisées. Cette accusation a été répétée à la Chambre des Communes mardi par le député conservateur Tim Loughton. Selon lui, les partisans du maintien ont transféré 1,3 million d’euros à travers cinq entités séparées.

Enfin, preuve que l’incertitude née du vote du 23 juin 2016 perdure, l’organisation pro-UE Best for Britain a lancé mercredi une campagne d’affichage nationale pour tenter d’obtenir un deuxième référendum. (24 heures)

Créé: 29.03.2018, 09h56

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