Il y a un an, le journal «Charlie Hebdo» était attaqué

CommémorationLa France s'apprête à commémorer le premier acte de la tragédie des attentats de Paris: l'attaque du 7 janvier 2015 contre le journal satirique.

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«Un an après, l'assassin court toujours»: un Dieu barbu ensanglanté et armé d'une kalachnikov fait la Une du prochain numéro du journal satirique français Charlie Hebdo. Il paraît mercredi, un an après les attentats qui ont décimé une partie de la rédaction.

Tiré à un million d'exemplaires dont des dizaines de milliers expédiés à l'étranger, ce numéro spécial sort au milieu d'une semaine de commémorations. Ces dernières culmineront dimanche avec un grand rassemblement à Paris.

En présence du président français François Hollande, une cérémonie est prévue ce jour-là à la Place de la République. L'événement rappellera les manifestations géantes contre le terrorisme du 11 janvier 2015.

Le 7 janvier 2015, deux frères djihadistes sèment la mort au siège de Charlie Hebdo, dans une attaque à la kalachnikov qui sidère la planète en visant un pilier de la démocratie, la presse libre. «LE 11 SEPTEMBRE FRANCAIS», titre alors le quotidien Le Monde.

«On a vengé le prophète! On a tué Charlie Hebdo». C'est sur ce cri que deux frères, Saïd et Chérif Kouachi, s'enfuient après avoir décimé la rédaction du journal (huit de ses membres sont tués dont cinq dessinateurs), bête noire des islamistes depuis la publication de caricatures de Mahomet en 2011. Quatre autres personnes sont tuées lors de l'attentat.

Le lendemain, un autre musulman radicalisé, Amédy Coulibaly, tue une policière près de Paris. Vendredi 9, il s'attaque à un supermarché casher, tue quatre juifs avant de périr dans l'assaut policier. Les frères Kouachi sont abattus simultanément dans une imprimerie au nord-est de Paris.

En trois jours, les djihadistes ont fait 17 morts. Ils se réclament d'Al-Qaïda ou du groupe Etat islamique (EI).

«Je suis Charlie»

Le 11 janvier, Paris devient «capitale du monde», selon les mots de François Hollande. Le président défile entouré d'une cinquantaine de dirigeants étrangers.

Au total, près de 4 millions de personnes descendent dans les rues du pays, du jamais vu depuis la Libération en 1944. A Londres, Madrid ou Washington, on marche aussi en chantant la Marseillaise et en criant «Je suis Charlie».

Malaise social

Mais ce bel élan dissimule mal les tensions dans la société française. Tout en dénonçant la violence, une partie des musulmans, surreprésentés dans les quartiers populaires, peine à se solidariser avec Charlie Hebdo.

Des enseignants ont, en outre, du mal à imposer les minutes de silence en hommage aux victimes. Et les tueurs sont parfois glorifiés sur internet.

La France s'interroge sur son modèle d'intégration. Comment les auteurs des attentats, nés et élevés en France, en sont arrivés à ces extrémités? Le Premier ministre Manuel Valls dénonce un «apartheid territorial, social, ethnique» dans le pays.

L'extrême droite grimpe lors des élections territoriales en mars (25% des voix au premier tour) et régionales en décembre (près de 28%).

Une semaine après la tuerie, Charlie Hebdo revient en kiosque avec, en Une, une nouvelle caricature du prophète la larme à l'oeil. Du Niger à la Tchétchénie, des manifestations violentes, parfois meurtrières, éclatent dans le monde musulman.

Après ce «numéro des survivants» vendu à près de huit millions d'exemplaires, les rescapés de Charlie Hebdo se remettent à la tâche. Mais ils peinent à gérer leur traumatisme et certains quittent le journal.

Sécurité renforcée

Ailleurs, la vie reprend son cours sous surveillance: les patrouilles deviennent la norme devant les sites sensibles. Malgré ces mesures, certains juifs doutent et les départs pour Israël progressent.

Et ce dispositif n'empêche pas l'horreur de se reproduire. Si des attentats sont déjoués (contre une église de banlieue parisienne en avril) ou limités (dans un train Thalys en août), les djihadistes franchissent un nouveau cap le 13 novembre.

Ce soir-là, une dizaine d'hommes, la plupart passés par la Syrie, attaquent de manière coordonnée un stade de foot, des terrasses de bars et restaurants, et une salle de concerts. Ils tuent 130 personnes, dans les pires attentats jamais commis en France.

Cette fois, l'«esprit du 11 janvier» ne souffle pas sur le pays, placé en état d'urgence. Les manifestations sont interdites, les perquisitions se multiplient, les frappes contre l'EI - qui a revendiqué les attentats - s'intensifient en Syrie et en Irak.

«La France est en guerre», martèle François Hollande. «C'est le crime de masse», relève un habitant parisien qui vit dans un quartier ciblé par les attaques.

(ats/nxp)

Créé: 04.01.2016, 13h28

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Charlie Hebdo se sent bien seul

Le 7 janvier 2015, le monde découvrait Charlie Hebdo, journal satirique, pourfendeur des institutions et des religions. Un an après l'attentat, l'hebdomadaire français a été relancé sous haute protection. Mais il se trouve isolé dans son combat pour «rire de tout». «On se sent dans une solitude criante. On aurait voulu que d'autres fassent de la satire», confie le coactionnaire du journal Eric Portheault. «Personne ne nous rejoint dans ce combat car il est dangereux. On peut en mourir».

Un mois avant l'attaque qui a tué huit membres de sa rédaction (sur 12 personnes tuées), le titre était menacé de faillite. Les ventes ne dépassaient pas les 30'000 exemplaires. Son humour provocant, hérité des années 70, ne faisait plus recette. Après l'attentat, le journal, créé en 1970, a été érigé en symbole mondial de la liberté d'expression et a vu affluer des millions d'euros de dons. Quelque 200'000 abonnements sont, par ailleurs, venus renflouer les caisses. Partout dans le monde a fleuri le slogan «Je suis Charlie».

Malgré ces épreuves, l'hebdomadaire réussit à reparaître en restant fidèle à lui-même. Il publie chaque mercredi ses seize pages de dessins grinçants, joyeusement blasphématoires ou salaces, pour dénoncer le racisme, l'intolérance et les travers du pouvoir. Mais cette relance est une épreuve pour les survivants, dont plusieurs ont échappé de justesse à la mort. Parmi eux, figure le dessinateur Riss, grièvement blessé. C'est lui qui prend la direction du journal et en devient l'actionnaire principal. Mais certains contestent la nouvelle direction et exigent davantage de transparence sur la gestion des dons, destinés aux victimes et à leurs proches.

Le conflit se tasse. Mais le dessinateur Luz, traumatisé, quitte le journal en septembre. Et l'urgentiste Patrick Pelloux, un de ses fidèles chroniqueurs, a pris ses distances. Même si les autres sont restés, «il y a un vide des disparus, énorme, monstrueux», souligne Eric Portheault. Et il y a aussi «ceux qui ne veulent pas collaborer avec nous parce qu'ils trouvent que c'est dangereux, c'est tout à fait respectable. Nous avons une épée de Damoclès au-dessus de nous».

L'équipe d'une petite vingtaine de membres vient de déménager dans de nouveaux locaux ultra-sécurisés, à l'adresse tenue secrète. Malgré le danger, les rescapés veulent continuer à «rire de tout». «Pas question d'autocensure, sinon cela signifierait qu'ils ont gagné. Si l'actualité nous amenait à redessiner Mahomet, on le ferait», proclame Eric Portheault, également directeur financier.

Grâce aux ventes massives depuis l'attentat, le journal dispose d'un trésor de guerre de 20 millions d'euros (21,8 millions de francs). Cette somme lui permet de tenir des années. «Nous sommes lus maintenant par beaucoup plus de gens, qui ont découvert l'humour particulier de Charlie», ajoute Eric Portheault, en visant des ventes régulières autour de 100'000 exemplaires. «On ne lâchera pas. On ne veut pas qu'ils soient morts pour rien».

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