Artur Mas, indépendantiste de dernière heure

EspagneLe président sortant veut conduire la Catalogne vers la sécession. Portrait d’un homme au parcours inattendu.

A 59?ans, le président régional sortant Artur Mas s’est donné pour mission de conduire la Catalogne vers la sécession après les élections régionales attendues dimanche.

A 59?ans, le président régional sortant Artur Mas s’est donné pour mission de conduire la Catalogne vers la sécession après les élections régionales attendues dimanche. Image: AFP

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«La stratégie de la peur ne marchera pas. Le peuple va voter pour le respect et la dignité de la Catalogne!» La mâchoire carrée et le regard vers le lointain, Artur Mas domine les meetings de campagne électorale. A 59 ans, le président régional sortant s’est donné pour mission de conduire la Catalogne vers la sécession après les élections régionales attendues dimanche. Son parti, Convergència (CdC, nationaliste de droite), a fait alliance avec les séparatistes de gauche de ERC dans la grande coalition Junts pel si («Ensemble pour le oui»). L’objectif? Décrocher la majorité des députés au parlement de Barcelone et voter la voie vers l’indépendance. Et Artur Mas entend, bien sûr, être celui qui dirigera le processus.

Le président sortant n’a pourtant pas toujours été aussi radical. Loin de là. Homme de droite aux convictions libérales affirmées, il est longtemps apparu comme le représentant naturel des intérêts de la bourgeoise catalane la plus classique. «Il est alors nationaliste mais sans excès, raconte le philosophe et analyste politique catalan Josep Ramonena. Son parti est passé maître dans les jeux d’alliances à Madrid, alternant les rapprochements avec les gouvernements de droite comme de gauche, à condition, toujours, d’en tirer le meilleur profit pour la région.»

Ce n’est qu’en 2012, à la sortie d’une réunion houleuse à Madrid avec le président Mariano Rajoy sur les questions de financement de la région, qu’Artur Mas claque la porte et choisit de brandir l’étendard de l’indépendance. S’il n’y a plus rien à attendre d’une Espagne en crise, la Catalogne fera son chemin seule. Ses arguments, avant tout budgétaires, rencontrent les revendications des rangs sécessionnistes, habituellement plutôt de gauche, alors en plein essor. Le président régional prend alors la tête du mouvement, brave Madrid et, au passage, relance sa carrière politique.

«Il se présente comme l’homme des temps nouveaux, alors que son parti a gouverné la région durant près de trente ans et qu’il se trouve encerclé par une série de scandales de pots-de-vin et de commissions occultes.»

«Il se présente comme l’homme des temps nouveaux, alors que son parti a gouverné la région durant près de trente ans et qu’il se trouve encerclé par une série de scandales de pots-de-vin et de commissions occultes», rappelle le politologue José Ignacio Torreblanca. Chez ses alliés d’aujourd’hui, nombreux sont ceux qui se fient peu à cet indépendantiste de dernière heure. «Nous serons là pour lui rappeler qu’il ne peut pas s’arrêter en chemin jusqu’à la constitution de la république catalane», affirme Jordi Cuixart, vice-président de l’association Omnium Cultural, berceau du mouvement souverainiste.

Dans les rangs de la gauche indépendantiste, l’alliance avec Mas fait grincer des dents: nul n’oublie qu’il a appliqué une politique d’austérité implacable à Barcelone au début de la crise, main dans la main avec Rajoy. C’est sans doute pour cela qu’il n’est que discrètement numéro 4 sur les listes de Junts pel si. Même si nul ne doute qu’en coulisses, la présidence de la région lui a déjà été réservée.

Car son opportunisme, à peine dissimulé, sert les intérêts du camp séparatiste. Artur Mas, l’homme de l’establishment, arrive à point. Il a rallié la droite nationaliste à l’indépendance et sert de caution modérée face aux milieux d’affaires inquiets, multipliant au passage les contacts internationaux pour défendre les bénéfices d’une Catalogne indépendante et prospère sans l’Espagne.

Créé: 23.09.2015, 18h45

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