Attentats de Paris: les confidences édifiantes de Salah Abdeslam

FranceLe quotidien «Le Parisien» dévoile un nouveau document. Salah Abdeslam, resté mutique durant l'instruction, y raconte sa soirée du 13 novembre sur un ton léger.

Salah Abdeslam a été jugé et condamné, au printemps 2018 en Belgique, pour une fusillade survenue à Bruxelles durant sa cavale.

Salah Abdeslam a été jugé et condamné, au printemps 2018 en Belgique, pour une fusillade survenue à Bruxelles durant sa cavale. Image: Keystone

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C’est le seul survivant parmi les commandos des attaques du 13 novembre 2015 à Paris, qui ont coûté la vie à 131 personnes et fait plus de 450 blessés. Salah Abdeslam devrait être renvoyé prochainement devant la justice française pour «meurtre et tentatives en relation avec une entreprise terroriste». «Le rôle exact du djihadiste français de 30 ans né à Bruxelles sera au cœur des débats», rappelle «Le Parisien» dans son édition du jour.

Or le quotidien français a obtenu un document de neuf pages qui a été versé au dossier au terme de l’enquête. Il contient la retranscription d’écoutes réalisées par la sûreté belge au printemps 2016, alors que Salah Abdeslam se trouvait incarcéré à Bruges. Ces écoutes, déclassifiées en octobre dernier, éclairent d’une lumière nouvelle le rôle du djihadiste dans les attentats de Paris et sa perception des massacres, ce dernier étant resté la plupart du temps silencieux durant l’instruction.

Au moment des écoutes, Salah Abdeslam vient d’être arrêté en Belgique. Ses voisins à la prison de Bruges se nomment Mehdi Nemmouche, auteur de l’attentat du Musée juif de Bruxelles, et Mohamed Bakkali, soupçonné d’être un logisticien des commandos du 13 novembres. Ces trois détenus sont espionnés à leur insu par les agents du renseignement belge entre mars et avril 2016.

Il suit les attentats sur les portables de jeunes

Selon «Le Parisien», le 14 avril Salah Abdeslam raconte comment, le soir des attentats, il a fui vers Châtillon, dans les Hauts-de-Seine, après avoir déposé trois kamikazes au Stade de France. Il dit aussi comment il s’est débarrassé de son gilet explosif. «Le tout sur un ton léger», rapporte le quotidien, qui reproduit le dialogue. «T'avais déjà jeté la truc (la ceinture explosive)?», demande Mohamed Bakkali. «Oui, évidemment, t'es ouf ou quoi? (Rires.) En fait, j'ai demandé un renseignement à un type. Il m'a regardé de la tête aux pieds: il regardait ma veste. Il voyait qu'il y avait quelque chose de bizarre», se souvient Salah Abdeslam. «On dirait que je faisais 90 kilos, mon frère. Avec la sacoche et tout, on dirait que j'avais de grosses fesses. C'était trop voyant, je savais que je devais m'en débarrasser.»

Sur un ton toujours aussi léger, selon «Le Parisien», le détenu décrit la fin de la soirée du 13 novembre puis son exfiltration par deux complices vers la Belgique. L'enquête a prouvé qu'il avait passé la nuit dans la cage d'escalier d'un immeuble de Châtillon. Salah Abdeslam raconte être passé au McDrive pour y prendre un menu. Et Mohamed Bakkali de lui répondre en riant: «T’es un tueur, hein!» Alors que les complices de Salah Abdeslam sont en train de perpétrer leur massacre au Bataclan, le jeune djihadiste sympathise avec des jeunes dans l’immeuble dans lequel il s’est réfugié. «J'ai parlé avec eux parce qu'en fait ils avaient un appareil et, tu vois, il y avait les actualités. Ça me permettait d'être à jour. Eux, ils parlaient de ce qui se passait; moi, je leur parlais des filles, de l'école, des métiers», raconte-t-il.

Interrogé par la télé à la frontière

Le 14 novembre, Salah Abdeslam quitte la France avec ces complices en voiture. Direction la Belgique. À la frontière, où les contrôles ont été intensifiés, le djihadiste et ses complices auraient été interrogés à l’un des barrages par une équipe de télévision belge: «Elle [la journaliste] me dit: «Vous trouvez normal qu'il y ait des barrages comme ça?» J'ai dit: «Oui, c'est normal, vu les circonstances, il faut bien renforcer les barrages hein!» J'étais à l'arrière.» Salah Abdeslam dit aussi que, devant le déploiement des forces de l’ordre, il a pensé: «C’est la fin.» Mais le trio parvient à rejoindre la Belgique.

Dans une écoute datant du 29 mars 2016, Salah Abdeslam revient sur son arrestation à Bruxelles quatre mois plus tard. Il s’inquiète parce qu’une lettre est tombée de sa poche. Il craint qu’elle ne soit entre les mains de la police, rapporte «Le Parisien». Son voisin Mehdi Nemmouche lui conseille de garder le silence face aux enquêteurs. Dans cette lettre, le djihadiste aurait prêté allégeance au calife de Daech et se serait engagé par écrit à «faire la guerre et la catastrophe», relate «Le Parisien». La missive n’a jamais été retrouvée.

Créé: 10.01.2020, 18h10

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