L'Autriche veut primer les sociétés qui embauchent dans le pays

Montée de l’extrême droite Le gouvernement veut alléger les charges des sociétés recrutant des salariés vivant dans le pays. Un tacle aux travailleurs de l’Est

Le chancelier Christian Kern prend des mesures pour encourager l'embauche des résidents autrichiens.

Le chancelier Christian Kern prend des mesures pour encourager l'embauche des résidents autrichiens. Image: Reuters

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«Les emplois autrichiens doivent bénéficier en premier lieu aux Autrichiens.» Telle a été la phrase martelée pendant la campagne par Norbert Hofer, le candidat du parti d’extrême droite FPÖ, battu de peu lors de l’élection présidentielle en décembre. Elle n’est visiblement pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Le chancelier Christian Kern, pourtant social-démocrate, et les conservateurs avec qui il gouverne veulent diviser par deux, pendant trois ans, les charges des entreprises qui embaucheront un salarié ou un chômeur résidant déjà en Autriche. Quitte d’ailleurs, il faut le préciser, à ce qu’il soit étranger, tant qu’il est diplômé d’un établissement autrichien, porteur d’une carte de résident, inscrit au chômage ou employé dans le pays depuis un an. Concrètement, le patron qui piochera dans la main-d’œuvre locale plutôt que d’importer un travailleur de l’étranger économisera 4000 euros par employé et par an, selon le gouvernement. Un bonus incitatif, évidemment…

Vases communicants

L’objectif de cette mesure, prévue pour juillet? Limiter le recrutement de travailleurs détachés d’autres pays de l’Union européenne. Depuis 2011, le nombre de Hongrois, Slovaques, Roumains et Bulgares a doublé en Autriche. Est-ce un hasard? Ces travailleurs détachés sont 160 000 en Autriche. Soit pile le nombre d’emplois que la coalition au pouvoir compte créer avec cette mesure. Par un jeu de vases communicants supposé, cela reviendrait à rendre tous les jobs aux Autrichiens (et aux étrangers déjà installés dans le pays). Or la Commission européenne place l’Autriche parmi les quatre pays de l’Union qui connaîtront une montée croissante du taux de chômage dans les deux ans à venir. Il y aurait donc urgence à protéger le marché de l’emploi.

Mais pour Helmut Hofer, de l’Institut d’études avancées de Vienne, comme pour Rainer Eppel, de l’Institut autrichien de recherche économique, la création de 160 000 postes, dans un pays qui compte 410 000 demandeurs d’emploi, semble «très, très, très ambitieuse». Ces experts ont en outre du mal à croire que le coût du dispositif, estimé à 2 milliards d’euros en trois ans, sera autofinancé. Les contribuables devront, selon eux, mettre la main à la poche.

Emplois subalternes

Ensuite, loin de piquer les jobs des nationaux, les travailleurs détachés sont le plus souvent embauchés dans des emplois subalternes dont les Autrichiens ne veulent pas. «23% des Polonais travaillant en Autriche sont employés dans le bâtiment, 27% des Hongrois dans la restauration. Ce sont des secteurs guère attractifs pour les Autrichiens. Parmi eux, seuls 4% travaillent dans la restauration et 7% dans le bâtiment», rappelle Andreas Sator, éditorialiste au quotidien Der Standard.

Toujours est-il qu’en Autriche, l’idée séduit. «Presque tout le monde est satisfait de cette mesure, explique le journal Die Presse. La Chambre économique autrichienne (WKO) applaudit, la Fédération de l’industrie, les syndicats et le FPÖ aussi.» Alors même que l’an dernier, lorsqu’un cadre du Parti social-démocrate avait appelé à une mesure d’urgence pour limiter l’afflux de travailleurs de l’Est, l’ÖVP, le partenaire de la coalition lui était tombé dessus. «L’ambiance a changé», ironise Die Presse. Entre-temps, l’extrême droite a failli s’installer au palais présidentiel de la Hofburg et pourrait remporter les élections législatives de 2018… Faudrait-il voir dans cette mesure une manœuvre électoraliste?

(24 heures)

Créé: 02.03.2017, 07h44

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