L’axe Rome-Vienne-Berlin évite de peu la rupture

MigrationMatteo Salvini et Horst Seehofer veulent fermer les frontières. Mais vers où renvoyer les migrants? La question divise.

Les ministres de l’intérieur italien et allemand, Matteo Salvini (à g.) et Horst Seehofer. REUTERS/LISI NIESNER

Les ministres de l’intérieur italien et allemand, Matteo Salvini (à g.) et Horst Seehofer. REUTERS/LISI NIESNER

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Beaucoup prédisaient une passe d’armes musclée entre Horst Seehofer et Matteo Salvini lors de la réunion jeudi à Innsbruck, en Autriche, des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne. La raison? Si tous deux veulent fermer les frontières aux migrants, l’Allemand souhaite les expulser vers le pays de première arrivée, et l’Italien redoute que ce pays soit bien souvent le sien. Mais sous le soleil d’Innsbruck, le choc frontal n’a pas eu lieu.

Petit retour en arrière. Il y a quelques semaines, le ministre allemand n’avait pas hésité à plonger son pays dans une crise gouvernementale en menaçant la chancelière Angela Merkel de lui présenter sa démission si elle n’acceptait pas sa politique migratoire. Horst Seehofer avait eu gain de cause sur la reconduite aux frontières des migrants dits «secondaires» (ceux déjà enregistrés dans un autre pays européen que l’Allemagne). Mais il avait aussi suscité l’ire des pays voisins, notamment l’Autriche, dont le gouvernement a aussitôt annoncé prendre les mêmes mesures, et l’Italie, qui craignait de voir se multiplier les retours de migrants.

«Réunion entre amis»

Malgré ces dissensions, Horst Seehofer, Matteo Salvini et leur homologue autrichien Herbert Kickl ont donc réussi jeudi à conserver, du moins en apparence, une ligne politique commune. À l’issue des discussions, aucune grande annonce concrète, mais Herbert Kickl (FPÖ, extrême droite) n’a pas caché sa satisfaction, évoquant une réunion «très agréable, entre amis. Nous voulons envoyer un signal clair au monde: il ne sera plus possible à l’avenir de fouler le sol européen lorsqu’on n’a aucun droit à la protection.» Il a également repris la formule controversée de Sebastian Kurz, le chancelier autrichien, qui avait évoqué en juin dernier un «axe des volontaires, entre Berlin, Vienne et Rome». Herbert Kickl a veillé à évoquer cette fois une «coopération des volontaires» qu’il s’agit désormais de transformer en «coopération de ceux qui agissent».

Les discussions ont largement porté sur la nécessité de fermer les frontières européennes. Et ce, même si la Commission a déjà annoncé un renforcement d’ici à 2020 des effectifs de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et garde-côtes. Lucas Rasche, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors de Berlin et spécialiste des questions migratoires, explique: «Lors de cette réunion, il a beaucoup été question de «crise migratoire». Pour les trois ministres, il n’y a qu’en fermant les frontières européennes qu’on pourra mettre fin à cette crise. Or, les chiffres parlent d’eux-mêmes. On n’est plus dans la même situation qu’en 2015, il y a beaucoup moins de gens qui arrivent en Europe aujourd’hui, et on ne peut pas parler de crise.»

Préoccupations différentes

Toute la journée, cette rhétorique de grande fermeté a pourtant bien été le mot d’ordre, Herbert Kickl se félicitant d’exécuter la volonté du peuple, Matteo Salvini parlant de «problème» plutôt que de «demandeurs d’asile». L’élément de langage n’a pas choqué Horst Seehofer, qui est actuellement au cœur d’une nouvelle polémique en Allemagne après s’être réjoui publiquement du renvoi en Afghanistan de 69 demandeurs d’asile le jour de son 69e anniversaire. Quelques jours plus tard, l’un d’eux s’est suicidé à Kaboul. Si les trois ministres partagent le même vocabulaire pour évoquer la question migratoire, les préoccupations concrètes diffèrent selon les pays. Pour Lucas Rasche, «nous pouvons critiquer Matteo Salvini pour le langage qu’il utilise. Mais il demande à juste titre que le poids de la migration soit partagé plus également au sein de l’Union européenne: l’Italie ne doit pas assumer seule la responsabilité d’accueillir les demandeurs d’asile. Une politique commune doit être menée avec chaque État européen, notamment avec les membres d’Europe de l’Est qui s’y refusent pour l’instant.»

Dans un paysage politique profondément chamboulé, cette première prise de contact entre les trois ministres se solde donc sur une vision commune de la migration, mais sans mode d’emploi commun pour la mettre en œuvre. Il en sera à nouveau question lors des prochaines discussions entre Horst Seehofer, Matteo Salvini et Herbert Kickl, le 19 juillet à Vienne. (24 heures)

Créé: 13.07.2018, 07h20

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