Bannir le parti néonazi, au risque de galvaniser l'extrême droite?

AllemagneLa Cour constitutionnelle entame ce mardi l’examen d'une demande d'interdiction du NPD. Un dossier explosif.

Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Cette fois-ci sera-t-elle la bonne? Quinze ans après la première tentative, la Cour constitutionnelle allemande doit entamer ce mardi l’examen d’une nouvelle demande d’interdiction du Parti national-démocrate d’Allemagne (NPD), petite formation d’extrême droite dont les thèses semblent dangereusement proches de l’idéologie nazie. L’accusation est portée par le Bundesrat, c’est-à-dire les représentants des 16 Länder de la République fédérale. Ceux-ci espèrent réussir à convaincre deux tiers des juges que ladite formation politique cherche bel et bien à renverser l’ordre démocratique défini par la Constitution allemande.

Forcément, la procédure est explosive en ces temps de dérive xénophobe face à l’accueil en Allemagne de plus d’un million de requérants d’asile. On ne compte plus les attaques contre les centres d’enregistrement ou les lieux d’hébergement. Tir de grenade, cocktails Molotov, coups de feu, blocages de rues, manifestations hostiles, incitations à la haine, explosion de joie des badauds devant un bâtiment en flammes… autant de débordements «profondément honteux», s’alarmait la chancelière Angela Merkel il y a dix jours.

Le traumatisme hitlérien

Pour bien des Allemands, marqués par le traumatisme nazi, jamais Adolf Hitler ne serait arrivé au pouvoir si son parti avait été interdit à temps, quand il n’était pas encore très influent. Du coup, ils ne supportent pas que le NPD siège dans le parlement du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, tout au nord de l’ex-RDA. La même formation avait auparavant eu des élus en Saxe.

Cela dit, il n’est pas aisé de faire interdire un parti. La Constitution d’après-guerre contient des garde-fous pour éviter qu’un nouveau Hitler puisse bannir toute opposition. Ainsi, il n’y a eu que deux cas de dissolution: le Parti socialiste du Reich en 1952, qui réclamait une solution à «la question juive», et le Parti communiste d’Allemagne en 1957, qui appelait à renverser le chancelier.

Des agenst infiltrés

La première tentative lancée contre le NPD en 2001 a échoué car des agents secrets avaient infiltré le parti et la Cour constitutionnelle a estimé qu’ils avaient pu le pousser à la faute pour le faire condamner. A présent, les agents ont été «désactivés» et le dossier introduit à la fin de 2013 par le Bundesrat devrait avoir moins de difficulté.

Reste à savoir si la procédure va stopper l’extrême droite ou plutôt la galvaniser. Bien plus que le NPD, la peur du multiculturalisme et de la globalisation booste les manifs à Dresde des Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident (Pegida). Ou encore le parti populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui se voit crédité de 17% des voix dans les sondages sur les élections régionales du 13 mars dans le Land de Saxe-Anhalt.

Créé: 29.02.2016, 17h53

Articles en relation

L’Allemagne reste impuissante face à la violence contre les réfugiés

Xénophobie Le nombre de délits xénophobes a doublé en 2015. Celui des attaques contre des centres de réfugiés a été multiplié par cinq. Plus...

Trois terroristes de la RAF ressurgissent en Allemagne

Hold-up Editorial Après vingt ans de clandestinité, trois anciens de la Fraction armée rouge ont été identifiés comme les auteurs de deux braquages. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.