La bataille pour la succession d’Angela Merkel est relancée

AllemagneAnnegret Kramp-Karrenbauer renonce à la chancellerie. Elle n’a pas réussi à imposer son autorité dans un parti tenté par des alliances avec l’extrême droite.

Annegret Kramp-Karrenbauer jette l’éponge.

Annegret Kramp-Karrenbauer jette l’éponge. Image: EPA

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En abandonnant son objectif de remplacer Angela Merkel à la chancellerie, Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK) a tiré lundi les conséquences d’une crise politique qui couvait déjà depuis plusieurs mois. La présidente de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) était contestée et les doutes grandissaient sur ses capacités à diriger le pays en 2021.

Déjà très affaiblie par les critiques internes, elle n’a pas survécu à l’onde de choc provoquée la semaine dernière en Thuringe par l'élection d’un ministre-président libéral avec le soutien croisé des conservateurs et d’une extrême droite fasciste. Un désaveu cinglant pour AKK, forcée de renoncer également, d'ici à l’été, à la présidence du parti qu’elle assurait depuis 2018.

L’ombre de la chancelière

AKK n’a jamais réussi à se détacher de son image de «mini-Merkel». L’ombre de la chancelière était bien trop pesante pour elle. «Bien que la chancelière l’ait choisie comme sa remplaçante, AKK a toujours eu l’impression qu’elle restait la vice-présidente de la CDU», confirme Gero Neugebauer, politologue à l’Université libre de Berlin (FU). Mais la Sarroise de 57 ans est aussi responsable de la situation. Elle a ruiné ses espoirs en faisant de nombreux impairs. En se moquant par exemple des transsexuels au carnaval de Cologne, elle s’est donné une image d'ultraréactionnaire dont elle n’a jamais réussi à se débarrasser.

Avec elle, les conservateurs ont multiplié les revers électoraux. Ils ont enregistré le plus mauvais score de leur histoire au niveau fédéral aux européennes et se sont fait dépasser par l’extrême droite dans plusieurs régions de l’Est.

Le départ d’AKK pourrait néanmoins être une chance pour redéfinir les positions politiques de la CDU dans un paysage politique bousculé par la montée de l’extrême droite. Les conservateurs, qui ont perdu un million d’électeurs aux élections fédérales de 2017 au profit de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), restent divisés entre ceux qui veulent rester au centre et ceux qui sont tentés de s’allier àl’extrême droite, notamment dans les régions de l’Est où l’AfD est devenue la deuxième force politique.

Friedrich Merz dans la course

Avec le départ d’AKK, la succession de Merkel est donc relancée. Tous les yeux se tournent vers Friedrich Merz, «le revenant» qui avait quitté la CDU il y a près de vingt ans lors de la prise de pouvoir de Merkel. Ancien chef du groupe parlementaire des conservateurs, Friedrich Merz est «l’anti-Merkel» par excellence. Il avait perdu de justesse la présidence du parti en décembre 2018 contre AKK.

Merz sentait le vent tourner en sa faveur depuis plusieurs mois déjà. Il vient d’abandonner ses fonctions de président du conseil de surveillance de BlackRock (leader mondial américain de la gestion d’actifs) pour «s’engager davantage en politique et soutenir la CDU». Connu pour ses positions conservatrices, identitaires et néolibérales, c’est lui qui avait lancé dans les années 2000 la notion controversée de deutsche Leitkultur (la culture allemande comme la «culture de référence»). Il estime être en mesure de «diviser par deux» l’électorat d’extrême droite s’il est candidat à la chancellerie.

Face à lui, le nouveau patron de l’aile bavaroise et ultraconservatrice du parti chrétien-démocrate (CSU), Markus Söder, ministre-président de la Bavière, pourrait être un autre candidat sérieux pour remplacer Merkel. Contrairement à Friedrich Merz, il s’est replacé au centre de l’échiquier politique en se démarquant de l’extrême droite et en s'ouvrant à des positions défendues par les écologistes, de possibles alliés en 2021 pour former un gouvernement.

Créé: 10.02.2020, 22h02

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