Boris Johnson et Michel Barnier déjà face à face

BrexitLondres et Bruxelles ont annoncé leurs conditions préalables à un accord commun. Les négociations s’annoncent ardues.

Friction assurée entre le négociateur en chef européen Michel Barnier (à gauche) et le premier ministre britannique Boris Johnson.

Friction assurée entre le négociateur en chef européen Michel Barnier (à gauche) et le premier ministre britannique Boris Johnson. Image: DR

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Boris Johnson n’a pas eu le temps de souffler. Moins de trois jours après avoir célébré le Brexit, le premier ministre britannique a dévoilé lundi sa vision de l’avenir du pays. Et en particulier ses objectifs de négociations avec l’Union européenne. Il entend ainsi ne pas répéter l’erreur commise par Theresa May durant l’été 2017. Profitant du chaos engendré par la perte de la majorité conservatrice suite à l’élection générale du 8 juin, les Vingt-Sept avaient publié leurs conditions en vue d’un accord de Brexit. Celles-ci n’avaient ensuite jamais été contestées par la première ministre. Les Européens en avaient tiré un avantage considérable.

Désireux de ne pas s’en laisser conter, Boris Johnson a donc mis les points sur les i. «Laissez-moi mettre fin à un mythe: nous ne nous lancerons pas dans une course au moins-disant; nous ne quittons pas l’UE pour affaiblir les critères européens; nous ne ferons pas de dumping commercial, social ou environnemental», a-t-il assuré lors d’un discours prononcé dans l’ancien site destiné à la formation des élites de la marine britannique.

Le Royaume-Uni bon élève

Il a ainsi souligné que le Royaume-Uni a été moins souvent rappelé à l’ordre sur la question des aides publiques attribuées aux entreprises nationales que la France, l’Italie et l’Allemagne. Que les congés paternité existent depuis près de vingt ans au Royaume-Uni alors qu’ils n’ont été adoptés que récemment par les Vingt-Sept. Que le salaire minimum est supérieur à celui de la plupart des pays de l’UE, qui n’en disposent pas tous d’un. Que la législation sur les plastiques à usage unique est plus sévère au Royaume-Uni que dans l’UE, etc. «Refuserions-nous néanmoins un accord de libre-échange au prétexte que l’UE ne nous suive pas à tous les niveaux? Allons-nous accuser l’UE de dumping? Bien sûr que non!»

Pour le locataire du 10 Downing Street, le message est clair: «J’espère donc que mes amis comprendront qu’il n’est pas nécessaire qu’un accord de libre-échange inclue l’acceptation des règles européennes sur la compétition, les aides publiques, la protection sociale, l’environnement, tout comme rien n’oblige l’UE à accepter les règles britanniques.»

Ce point sera sans doute l’un des principaux éléments de friction à venir avec les Vingt-Sept. En effet, au même moment, le négociateur en chef européen Michel Barnier a rappelé depuis Bruxelles la spécificité de cet accord: «La proximité géographique et l’interdépendance économique» des deux partenaires. En effet, «c’est la première fois que nous négocierons non pas pour encourager la convergence des normes et des standards mais pour maîtriser la divergence, pour empêcher que cette divergence ne devienne un outil de compétition déloyale [...]. La négociation visera à déterminer ce mécanisme. Ce sera la clé pour ouvrir nos marchés et le secteur des services.»

La question de la pêche

Les deux parties semblent également très éloignées sur la question de la pêche, où une solution est censée être trouvée au plus tard le 30 juin 2020. Le gouvernement britannique entend, «comme la Norvège, l’Islande et les îles Féroé, avoir des négociations annuelles avec l’UE sur l’accès aux eaux et aux possibilités de pêche, et réfléchira à un mécanisme de coopération sur les questions de la pêche». De leur côté, les Vingt-Sept ne veulent pas entendre parler de négociations annuelles et veulent un accord sur le long terme, éventuellement modifiables avec «l’accord des deux parties». Cette requête s’annonce difficilement acceptable par les Britanniques au regard de leur susceptibilité sur ce secteur.

Boris Johnson montre donc les muscles à l’entame de ces onze mois de négociations. Il le fait en toute connaissance de cause: il compte sur une inversion des forces en présence par rapport aux discussions pré-Brexit. Avant le 31 janvier, le gouvernement britannique devait en effet faire face à l’opposition et aux critiques extérieures des Vingt-Sept, mais aussi intérieures des opposants au Brexit et des Brexiters d’obédience différente. Aujourd’hui, la donne a totalement changé. Comme l’a signalé vendredi l’ancien premier ministre travailliste Tony Blair, «le Brexit a lieu et notre attitude doit maintenant viser à le rendre le meilleur possible, à l’approcher avec un optimisme déterminé plutôt que de chercher du regard ce qui n’est plus». Tant qu’il reste pragmatique et n’opte pas pour le nationalisme et l’isolation, Boris Johnson disposera donc du soutien de tout le pays.

Des fissures dans l’Union

À l’inverse, il n’est pas certain que les Vingt-Sept parviennent à demeurer unis comme lors des trois années et demie passées. Les intérêts des uns et des autres (pêche, finance, agriculture, immigration, etc.) vont commencer à diverger. Des fissures pourraient commencer à apparaître dans la cuirasse européenne. D’autant que la possibilité d’un non-accord au 31 décembre risque de mettre à mal la patience de chacun.

Créé: 03.02.2020, 22h11

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