Pourquoi Boris Johnson ne sera pas le Trump du Royaume-Uni

BrexitFavori au poste de premier ministre, «BoJo» est dit superficiel, inconstant, incontrôlable. Tout laisse pourtant croire qu’il joue un rôle. Explications.

Boris Johnson samedi lors d'un discours à Birmingham.

Boris Johnson samedi lors d'un discours à Birmingham. Image: Hannah McKay/Reuters

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Boris Johnson est le chouchou des conservateurs. Et pas seulement. Il est le seul politicien tory à être envisagé avec bienveillance par les électeurs habituellement rebutés par son parti. «Il a l’air d’être l’un de nous», esquisse Sacha, une secrétaire d’une trentaine d’années, qui a toujours voté travailliste. «Il parle normalement, il paraît peu organisé et un peu feignant mais il a l’air d’être quelqu’un de normal. C’est peut-être ce dont nous avons besoin aujourd’hui.»

Bien que passé par le moule de la haute société britannique à travers des études à l’école privée Eton et à l’Université d’Oxford, l’homme a en effet le sens du contact humain. Son large sourire, son regard moqueur et ses envolées verbales pas forcément lyriques plaisent.

Cette popularité se révèle évidemment à double tranchant. Si Boris Johnson enthousiasme les uns, il est également haï par les autres. Et ceux-ci sont nombreux. Comme cet ouvrier qui, au volant de sa camionnette, lui a hurlé devant nous à brûle-pourpoint, alors qu’il marchait dans Londres: «Boris, espèce de gros connard!» Ou, plus généralement, comme de nombreux politiciens, journalistes et simples citoyens, qui se tordent de douleur en considérant que son arrivée à la tête du gouvernement britannique signifiera l’irruption d’un Donald Trump européen.

Boris Johnson est «un populiste superficiel», considère son collègue député conservateur Dominic Grieve. L’ancien ministre des Affaires étrangères traîne en effet une image de fainéant invétéré. «À la mairie de Londres, il ne connaissait pas ses dossiers, nous assurent d’anciens employés. Il faisait beaucoup de bruit et se reposait surtout sur ses responsables de services.» Des responsables qu’il entend emmener au 10 Downing Street.

Décrié par les diplomates

Sa nomination en juillet 2016 à la tête du Ministère des affaires étrangères n’a guère amélioré sa réputation. Plusieurs diplomates étrangers cités par le site BuzzFeed témoignent qu’il connaissait mal ses dossiers «et ne prenait pas le travail de ministre des Affaires étrangères au sérieux».

Nombre d’entre eux admettent pourtant que leur préjugé négatif, lié à son rôle prépondérant dans le Brexit, a beaucoup affecté leur perception. Un diplomate raconte qu’après chacune de leurs entrevues, Boris Johnson se passait les mains dans les cheveux «pour les désordonner» juste avant de faire face à la presse. L’apparence du politicien clownesque, à la tignasse ébouriffée, était donc bien calculée. Décidé ces derniers mois à bouleverser son image et à renforcer sa crédibilité, il a d’ailleurs perdu du poids et changé de coupe de cheveux.

Lors du lancement de sa campagne pour la direction du parti conservateur, «BoJo», son surnom, est revenu sur les reproches concernant son prétendu populisme. «Si parfois j’utilise des termes qui peinent des gens, j’en suis évidemment désolé mais je continuerai à parler aussi directement que je le peux.» Il estime «vital que les politiciens se souviennent que les gens se sentent aliénés de nous parce que nous utilisons des platitudes bureaucratiques alors qu’ils veulent tout simplement savoir ce que nous pensons».

Boris Johnson «dit plus de mensonges que le reste du parlement réuni», selon Ed Davey, l’un des deux candidats à la direction du Parti libéral-démocrate. Il ne se déroule pas un entretien sans qu’il soit accusé d’avoir trompé les électeurs en promettant avant le référendum de reverser intégralement la contribution britannique au budget européen vers le système de santé britannique. À y regarder de plus près, le slogan déployé sur son bus de campagne était pourtant moins explicite: «Nous envoyons 350 millions de livres sterling à l’UE chaque semaine, finançons à la place notre système de santé.» Cette phrase se révèle caractéristique de Boris Johnson: il promet à demi-mot sans jamais s’engager catégoriquement, laissant planer le doute sur ses intentions pour ne pas s’aliéner quiconque et se laisser une marge d’action.

Il en est de même quant à sa position actuelle vis-à-vis du Brexit. «BoJo» n’a rien d’un puritain du Brexit, qui n’aurait comme seul objectif de carrière que le départ de l’Union européenne. «Boris Johnson avait rédigé deux chroniques avant de se déclarer lors de la campagne du référendum: une en faveur du Brexit, l’autre pour le maintien dans l’UE», rappelle Pippa Catterall, professeure d’histoire à l’Université de Westminster. «Cela fait plus que douter de son engagement en faveur du Brexit.»

Un rôle calculé

Son rôle de locomotive du camp favorable au Brexit était éminemment calculé: il lui a permis de se départir de l’image de maire de la ville la plus riche du pays et de politicien aux mains du monde financier, qui aurait pu lui aliéner les votes provinciaux, et d’apparaître concerné par les appréhensions de citoyens rarement écoutés. D’où également sa remarque «J’emmerde le monde des affaires» prononcée auprès d’un diplomate étranger pendant l’été 2017. Pour toutes ces raisons, il paraît inconcevable qu’avec son expérience de maire de Londres, durant laquelle il fut pendant huit années le premier promoteur de la place financière britannique, il soutienne honnêtement une sortie de l’UE sans accord avec les Vingt-Sept et ses perturbations attendues pour l’économie et les emplois britanniques.

Il en va de même pour l’ensemble de sa politique. Boris Johnson envisage depuis près de vingt ans de devenir premier ministre. Se rapprocher de l’aile eurosceptique de son parti était nécessaire pour obtenir son soutien pendant l’élection actuelle. Il aura pourtant retenu les leçons de Tony Blair et de Theresa May: cette dernière a été trahie par son aile radicale sur laquelle elle s’était appuyée, tandis que le dirigeant travailliste est resté treize ans au pouvoir en dirigeant au centre. Le graal à portée de main, il fera tout pour demeurer au pouvoir.

Même si cela devait aboutir à l’organisation d’un second référendum en cas d’échec des négociations avec l’UE. Qui plus que Boris Johnson peut en effet faire accepter à la plupart des gens la tenue d’un second référendum dans l’optique de confirmer le résultat du premier? Comme nous l’explique un fin connaisseur du cercle politique: «Et s’il perd, il pourra dire s’être bien battu et se présenter comme celui qui mènera quoi qu’il en soit le pays de l’avant!» Boris Johnson a, jusqu’à présent, toujours su retomber sur ses pieds.

Créé: 23.06.2019, 16h55

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Le journal raconte que les voisins de l’appartement qu’il occupe avec sa compagne Carrie Symonds ont appelé la police peu après minuit après avoir entendu «un bruit d’assiettes cassées et un son sourd. Carrie a crié plusieurs fois très fort car il avait renversé du vin rouge sur son canapé. Elle hurlait: «Sors d’ici, sors de mon appartement! Tu ne t’intéresses à rien car tu es gâté. Tu ne fais pas attention à l’argent ni à rien.» Et lui disait non.»

La police a confirmé être passée et avoir parlé à ses occupants, tous «sains et saufs». Le principal intéressé a refusé d’en discuter lors du premier débat télévisé organisé samedi après-midi à Birmingham, provoquant un malaise certain.

Cet épisode pourrait aussi renforcer l’impression que Boris Johnson est une personne humaine, mal à l’aise de parler d’épisodes si personnels.

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