Bras de fer au parlement polonais assiégé par des opposants

PologneUne crise politique inédite s’est nouée à Varsovie, ce week-end, après un vote restreignant la liberté de la presse.

A Varsovie, un cortège pacifique a déferlé samedi devant le palais présidentiel, devant le parlement puis devant le Tribunal constitutionnel.

A Varsovie, un cortège pacifique a déferlé samedi devant le palais présidentiel, devant le parlement puis devant le Tribunal constitutionnel. Image: AP

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«Pologne libre, médias libres!» «Constitution!» A Varsovie, un cortège pacifique a déferlé samedi devant le palais présidentiel, puis devant le parlement pour défendre la liberté de la presse et la loi fondamentale, bafouée selon l’opposition par la majorité conservatrice du parti Droit et Justice (PiS).

La crise politique qui s’est nouée dans la nuit de vendredi à samedi, avec l’occupation de l’estrade de l’hémicycle par des députés d’opposition et une foule bloquant la sortie aux élus de la majorité, est inédite. Une situation suffisamment grave pour que le président polonais décide de recevoir l’ensemble des représentants des partis, dimanche.

«Inquiet» de ce qu’il a vu au parlement, le président Andrzej Duda, affilié au PiS, s’est posé en médiateur. Dimanche, il appelait «les mouvements de tous bords» à calmer les tensions. La veille, les «habitués» des manifestations de défense des libertés, portant le badge du KOD, principal mouvement d’opposition civile, ou de Czarny Protest, nom du mouvement opposé à l’interdiction totale d’avorter, étaient sortis dans la rue.

Portant drapeaux polonais et européens à bout de bras, usant de cornes de brume blanches et rouges (les couleurs nationales), poussant des enfants en poussette et entonnant des chants rodés depuis des mois: en apparence, cette manifestation ressemblait à toutes celles, nombreuses, qui contestent l’agenda du gouvernement ultraconservateur formé par le parti Droit et Justice en novembre 2015. Pourtant, cette fois, l’ambiance était plus tendue.

Nouvelle étape franchie

Un impressionnant cordon policier faisait barrage entre le parlement et la foule, bloquant aussi l’accès aux journalistes. Selon les autorités, seuls 200 manifestants battaient le pavé. Mais les images des télévisions montraient des milliers de personnes dans la rue. «On a franchi une nouvelle étape, estime Marta Lempart. C’est la première fois qu’un tel rassemblement spontané se produit!»

Parmi les marcheurs, quelques militants d’extrême droite s’étaient infiltrés. Lorsque des militantes du KOD pensaient reconnaître l’un d’eux, elles rabattaient leurs capuches: «Il nous prend en photo et les publie sur Internet avec nos noms et adresses!» explique Marta Lempart, avocate de 37 ans et membre du KOD.

Mobilisation des citoyens

Cette mobilisation citoyenne a commencé vendredi soir. A l’appel du KOD, des milliers de Polonais se sont postés devant le parlement pour défendre la liberté de la presse, alors qu’une loi doit interdire, à partir du 1er janvier, l’accès de l’hémicycle aux journalistes. «Dans la nuit, nous avons décidé de bloquer les accès, raconte Klementyna Suchanow, 43 ans, écrivaine et militante. Des policiers ont été envoyés pour nous demander de partir. Il y a eu de violentes bousculades vers 3 h du matin, quand les voitures de la première ministre et de Jaroslaw Kaczynski, le chef du PiS, ont forcé le passage pour sortir.»

Les images des événements, ainsi que celles de Kaczynski, tout sourire au moment de l’évacuation, ont été massivement relayées et commentées sur les réseaux sociaux. A l’intérieur du parlement régnait la confusion. Des députés de Plate-forme civique (PO), le principal parti d’opposition, et de Nowoczena, Parti libéral, occupent depuis vendredi soir l’estrade de l’hémicycle pour protester contre la loi sur le bannissement des journalistes, après qu’un député PO a été exclu pour s’être exprimé en séance sur ce sujet.

Finalement, le président du «Sejm», la Diète polonaise, a fait voter le budget 2017 dans une autre salle, à main levée. Plusieurs partis d’opposition estiment que ce vote est «illégal» et «frauduleux», appelant à un nouveau scrutin.

Dérives autoritaires

Alors que des membres du gouvernement qualifiaient de «scandaleux» le blocage par les manifestants, le leader de PO, Grzegorz Schetyna, annonçait que les députés qui occupent le parlement «y resteraient jusqu’à mardi». A Varsovie, les manifestations ont continué, dimanche, devant le Tribunal constitutionnel, pour remercier son président, Andrzej Rzeplinski, dont le mandat se termine ce lundi. La désignation de son remplaçant paralyse l’institution depuis près d’un an, le PiS souhaitant mettre au pas la Cour suprême en nommant un juge qui lui soit favorable.

Depuis l’arrivée au pouvoir du PiS, la Pologne est observée par l’Union européenne, qui craint des dérives autoritaires. En déplacement à Wroclaw, Donald Tusk, président du Conseil européen et ex-premier ministre polonais, a mis en garde le gouvernement. «Après les incidents d’hier, j’attends de ceux qui exercent réellement le pouvoir dans notre pays de respecter la population, les principes et les valeurs constitutionnelles», déclarait-il. (24 heures)

Créé: 18.12.2016, 19h32

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