«Je suis un «Brexiter» aussi convaincu qu’atypique»

InterviewEntrepreneur «vert» et politicien conservateur londonien, Michael Liebreich analyse la situation de son pays, grand absent du Sommet européen qui s’ouvre aujourd’hui à Bratislava.

Michael Liebreich se proclame Brexiter «libéral, favorable à la globalisation et à l’immigration».

Michael Liebreich se proclame Brexiter «libéral, favorable à la globalisation et à l’immigration». Image: Gérald Bosshard - A

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Michael Liebreich aime brouiller les pistes. Bien connu aux Diablerets, où il a lancé il y a cinq ans le Forum Ecovillages et réside «le plus souvent possible», cet entrepreneur londonien actif dans les énergies renouvelables et membre du Parti conservateur a voté oui le 23 juin dernier au référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE).

Mais, contrairement à la majorité des partisans du Brexit, Michael Liebreich n’est ni isolationniste ni passéiste, et encore moins raciste ou opposé à l’immigration. Bien au contraire. Alors que les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE se retrouvent aujourd’hui à Bratislava pour leur premier sommet sans le Royaume-Uni, ce «Brexiter» passionné dit ici sa conviction que son pays ne pourra que profiter de sa nouvelle liberté.

Qu’est-ce qui a fait de vous ce Brexiter convaincu?

D’abord, je dois dire que je ne suis pas un Brexiter typique. Je suis un Brexiter libéral, favorable à la globalisation et à l’immigration, contrairement au Brexiter isolationniste. Sur le fond, je suis contre toute forme de protectionnisme et je pense que le projet européen est un projet protectionniste. Face à la globalisation, l’Europe ne s’est pas efforcée de soutenir l’innovation et la créativité, mais a mis des barrières douanières pour protéger ses industries. Au final, ce projet nuit à tout le monde, mais surtout aux pays en développement.

Vous êtes donc en totale opposition avec une grande partie de ceux qui ont voté pour le Brexit?

C’est plus compliqué que cela. Bien sûr qu’il y avait des racistes et des gens horribles dans les pro-Brexit. Mais on ne peut pas dire que 52% des Britanniques qui ont voté oui sont isolationnistes, contre l’immigration, etc. Je suppose que la plupart d’entre eux sont toujours pour le rôle global de la Grande-Bretagne, qui est une nation commerçante et, de ce fait, sont opposés aux barrières tarifaires et douanières. Quant à l’immigration, je pense que tout le monde se rend compte que l’immigration de masse ne peut plus continuer et doit être organisée.

Le gouvernement conservateur de Theresa May semble très mal préparé pour négocier le Brexit avec Bruxelles. Qu’en dites-vous?

D’abord, je dois dire que je suis très déçu par le gouvernement de son prédécesseur. Car s’il nous a donné la possibilité de voter, David Cameron n’a pas préparé l’après-Brexit. Il aurait dû préparer un plan «maintien» et un plan «Brexit». Mais il n’a rien fait. Il a fui devant ses responsabilités, ce qui l’a poussé à la démission. Cela dit, notre défi aujourd’hui est de sortir d’un système qui s’est développé durant quarante-trois ans (ndlr: les années de présence du Royaume-Uni dans l’UE) pour créer une nouvelle constellation. Et cela n’ira pas vite, mais je suis sûr qu’on y arrivera.

Selon vous, quand Theresa May devrait-elle activer l’article 50 du Traité de Lisbonne pour lancer la procédure de sortie de l’UE?

Le plus tard possible! Theresa May a tout intérêt à prendre son temps, car tant que l’article 50 n’est pas dégainé, le Royaume-Uni reste un membre à part entière de l’UE et pourra négocier avec les principales économies européennes. Evidemment, cela ne plaît pas à Jean-Claude Juncker (ndlr: président de la Commission européenne) et à ceux qui sont pour que l’article 50 soit activé au plus vite. Cela dit, pour moi, la seule personne avec qui il faut négocier, c’est Angela Merkel. Car bientôt, François Hollande ne sera plus là, et les autres ne comptent pas. Bref, je pense que l’article 50 sera activé au début de l’an prochain.

Si vous étiez à la place de Theresa May, que feriez-vous en priorité?

Il faudrait prendre des mesures urgentes très simples. Comme garantir leur résidence à tous les citoyens de l’UE déjà établis dans le Royaume-Uni, s’ils y sont légalement et travaillent, bien sûr. Nous devrions aussi assurer que nos concitoyens établis dans l’UE aient la même garantie. Je suis confiant à ce sujet, tant il serait par exemple totalement contre-productif pour l’Espagne d’expulser les retraités anglais établis sur son sol. Bref, je réduirais au plus vite les incertitudes concernant les résidents, les investisseurs.

Qu’attendez-vous du Sommet de Bratislava?

Pas grand-chose! Il y aura de grandes déclarations sur les bienfaits de l’UE qui nous a sauvés du fascisme et de la guerre, des propos antibritanniques et sur la manière de punir le Royaume-Uni qui a osé sortir du club. Mais, sur le fond, j’attends très peu de vraies décisions pour corriger les erreurs de l’euro et de la politique monétaire, pour engager les réformes structurelles dont l’UE a besoin. Je voudrais voir les leaders européens tirer les leçons du Brexit, mais il n’en sera rien.

Quelle devrait être la relation future entre l’UE et le Royaume-Uni?

Concernant le commerce, il faudrait le moins de barrières possible. Quant à l’immigration, elle devrait être illimitée pour les gens qui ont un travail et les étudiants.

La Suisse et ses accords bilatéraux peut-elle être un modèle?

Certainement. Il y a pire comme modèle!

Votre pronostic?

Je n’ai pas trop de crainte. Angela Merkel et Theresa May sont des politiciennes très impressionnantes. Je pense qu’elles vont réussir à mener les négociations de manière appropriée. Même si cela va prendre beaucoup de temps. Et puis, je suis sûr que si dans dix ans on demande aux Britanniques s’ils veulent revenir dans l’UE, 65% à 70% d’entre eux diront non. Selon la même proportion d’opposants à l’UE que vous trouvez aujourd’hui en Suisse ou en Norvège. Les Britanniques seront heureux d’avoir «brexité».

Le Brexit peut-il faire école?

C’est difficile à dire. Cela dépendra des leçons que les politiciens en tireront.

Que pensez-vous de l’organisation d’un second vote sur le Brexit?

Je comprends le sentiment des perdants. Mais les Britanniques sont de profonds démocrates. L’idée que ce référendum serait illégitime est un non-sens. Cela dit, avant même le vote, il était clair que le pays dans son ensemble se sentait mal à l’aise dans l’UE. Dès lors, je dirais aux déçus du 23 juin qu’aux 48% de pro-EU, on peut ajouter la moitié au moins des 52% de Brexiters qui sont des libéraux, ouverts au monde et favorables à la globalisation. Cela fait une belle majorité! C’est avec elle qu’il faut travailler et construire le futur. (24 heures)

Créé: 16.09.2016, 07h27

Carte de visite

Michael Liebreich est né en 1963 à Northolt, près de Londres, d’un père mécanicien et d’une mère infirmière. Ingénieur diplômé de Cambridge, il est aussi titulaire d’un MBA de la Harvard Business School.

Entrepreneur vibrionnant, il est, entre autres activités, le fondateur de la New Energy Finance, une société active dans les énergies renouvelables qu’il a vendue en 2009 à Bloomberg, mais dont il est resté président du conseil consultatif.

Membre du Parti conservateur, il a été pressenti pour être candidat à la mairie de Londres. Il est membre du board des transports publics londoniens.

Marié, il est père de 3 enfants, avec lesquels il adore séjourner aux Diablerets.

Grand skieur, il a participé aux JO d’Albertville, en 1992.

Merkel et Hollande veulent un agenda clair

A la veille du Sommet de Bratislava, François Hollande et Angela Merkel ont appelé hier leurs partenaires à adopter un «agenda» pour l’Union européenne, fortement ébranlée depuis le Brexit. «Ce que nous voulons faire (…), c’est établir un plan de Bratislava qui comprendrait un agenda (…) avec des étapes, et une feuille de route», a déclaré le président français au côté de la chancelière allemande lors d’un point presse tenu à l’Elysée.

«Aujourd’hui, nous avons besoin d’un ordre du jour parfaitement clair», a renchéri Angela Merkel, évoquant
la transition numérique ou la coopération dans le domaine énergétique.

Pour François Hollande, il s’agit de «faire de Bratislava un sommet utile à l’Europe» qui donnerait aux Européens «une claire vision de leur avenir». Nous devons être lucides sur la situation que connaît l’Europe», a-t-il fait valoir, soulignant qu’elle n’était pas confrontée à «une crise de plus», mais à une crise susceptible de menacer son «existence» même.

«Nous avons convenu que le Sommet de Bratislava devait être concentré sur trois grandes priorités», a-t-il poursuivi. La première est la sécurité, avec notamment «une nouvelle impulsion à travers l’Europe de la défense» supposant «de nouvelles capacités» et forces de projection. La seconde est de «préparer l’avenir» des «industries nouvelles», des «technologies» ou sur la «transition énergétique». Enfin, la jeunesse doit être la troisième priorité, a encore assuré Hollande. Pour Angela Merkel, l’UE, qui se trouve «à un moment-clé de son existence», doit «freiner les inquiétudes» de sa population pour rester «un continent d’espoir».

B.BR./AFP

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