Bruno Le Maire demande une révision des relations avec l’Arabie saoudite

FranceLe député de l’Eure, qui menace même Sarkozy, veut être le président du renouveau français et le politicien du parler vrai.

Bruno Le Maire: «Les Français de tradition musulmane, pratiquants ou non, nous demandent aussi de réagir à l’affaiblissement des valeurs de la République.»

Bruno Le Maire: «Les Français de tradition musulmane, pratiquants ou non, nous demandent aussi de réagir à l’affaiblissement des valeurs de la République.» Image: DR

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C’est l’homme qui monte. Bruno le Maire, candidat à la primaire de la droite, est désormais le troisième homme chez Les Républicains. Juste derrière le tandem Juppé-Sarkozy. Mieux, il talonne l’ex-président de la République dans les sondages. Bruno Le Maire (46 ans) est de passage à Genève – il y rencontre l’ex-secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan – et participe à une conférence-débat jeudi. Parangon d’une laïcité affirmée, Bruno Le Maire se distingue de nombreux élus des Républicains par un discours anti-salafisme.

Avec votre position sur l’islam politique, vous prétendez protéger les musulmans de France!

La religion n’a pas sa place dans la politique en France. Cet islam politique, qui vise à instaurer des règles de société différentes, à dissimuler les femmes, à encadrer la parole, qui remet en cause la liberté de caricaturer, l’esprit français, doit être combattu avec une grande fermeté. Ceux qui le demandent sont des citoyens français, et ceux de tradition musulmane, qu’ils soient pratiquants ou non, nous demandent aussi de réagir à l’affaiblissement des valeurs de la République.

Au sein de votre parti, cette conviction n’est pas partagée!

Un certain nombre d’amis de ma famille politique considèrent qu’il faut avoir un regard plus apaisé sur ces questions. Je ne partage pas cette analyse. La brutalité et la gravité de ce qui se passe avec l’islam politique méritent d’être combattues en France. Nous devons également en tirer les conséquences internationales. Je demande une révision des relations diplomatiques avec l’Arabie saoudite qui finance, alimente les réseaux et cette conception politique de l’islam portée par le wahhabisme avec laquelle je suis en désaccord total.

Ce discours vous fait apparaître comme très conservateur. C'est au nom d’une France «blanche aux racines chrétiennes», pour paraphraser Nadine Morano, ou au nom d’une république issue de la Révolution française?

Je le fais au nom de ce que nous sommes comme Français qui bougent, qui évoluent mais qui ont des racines et une mémoire. La culture française, c’est d’abord un État fort qui se confond avec la Nation. Ensuite, la chrétienté fait partie des racines profondes de notre histoire. Il faut être aveugle pour ne pas le reconnaître. Cette chrétienté s’est fondue avec la monarchie absolue qui explique cette attente en France d’un pouvoir puissant. A la révolution, nous sommes passés d’un ordre très vertical à une société où la souveraineté est partagée entre tous les citoyens. A chaque fois, la culture s’enrichit. Il n’y a donc pas de conservatisme chez moi puisque je considère que la culture française est toujours en mouvement.

A vous lire, en mouvement mais avec des fondamentaux ?

Oui, la culture française a des principes fondamentaux avec lesquels il ne faut pas transiger. Dans ces principes, il y a séparation de la religion de la sphère publique, la laïcité, la place des femmes et la liberté d’expression. Tout cela n’est pas négociable. Après, toutes les cultures, toutes les influences sont les bienvenues.

Très concrètement, vous placez où le curseur de la bienvenue aux influences musulmanes entre le repas de substitution à la cantine scolaire et le voile?

Les deux ne sont pas du même ordre. S’agissant des cantines, il y a des solutions qui ont été trouvées dans quasi tous les réfectoires de France. Pourquoi créer des problèmes où il n’y en a pas… S’agissant du voile, qu’une jeune femme majeure puisse, à l’université, porter un foulard qui n’est pas une revendication agressive, ne me pose pas de difficulté. En revanche, il ne peut y avoir de manifestation ostensible. C’est affaire de discernement. Et ce discernement doit se faire sur la base d’un discours clair du chef de l’État. La laïcité n’est pas négociable.

L’inquiétude des Français face à une invasion de migrants n’est-elle pas le signe de ce déclin qui vous préoccupe tant?

Pourquoi cette inquiétude sur l’arrivée des migrants en France? Parce que la France n’a pas de parole. Je suis en désaccord avec la politique menée par Angela Merkel, mais elle a eu le mérite de choisir. François Hollande n’a rien choisi du tout. Du coup, il laisse les Français seuls face à cette crise migratoire, sans réponse et sans assumer une ligne.

Dans la crise syrienne, l’Union européenne ne trouve-t-elle pas davantage grâce à vos yeux?

L’Europe démontre une faiblesse politique inquiétante, que l’histoire jugera sévèrement. La Syrie est notre problème, qu’on le veuille ou non. Car les réfugiés viennent en Europe. Car les djihadistes formés en Syrie viennent tuer en France, en Belgique et ailleurs en Europe. C’est dommage que notre problème soit réglé par la Russie, l’Iran et les Etats-Unis et non par l’Europe. Je critique encore l’Europe quand je la vois conclure des accords indignes et des marchés de dupes avec la Turquie. Nous savons que la Turquie n’entrera pas dans l’Union européenne.

Votre ligne pour résoudre la crise migratoire?

L’Union européenne et chaque État de l’UE doivent garder leur liberté de choix. Mais pour choisir, il faut contrôler les frontières extérieures de l’Union européenne. Par ailleurs, l’Union européenne est criminelle à fermer les yeux sur les activités des passeurs. Elle doit avoir une politique plus agressive vis-à-vis des organisations criminelles qui jouent avec la vie des enfants, des femmes et des hommes.

C'est un tour de vis? Je demande qu’on fasse la distinction entre les migrants économiques que la France ne peut pas accueillir alors que nous avons 6 millions de chômeurs et les réfugiés qui fuient les violences et les bombardements en Irak et en Syrie. Mais cela demande une politique d’asile totalement revue. Les déboutés du droit d’asile doivent retourner chez eux. C’est parce que nous n’avons pas le courage de faire respecter les lois en France, que nous n’arrivons pas à accueillir dignement ceux qui en ont besoin.

Conférence-débat: «La France: le renouveau ou le déclin», avec Bruno Le Maire, Club suisse de la presse, route de Ferney 106, Genève. Jeudi 7 avril à 18 h 30.

A lire: Bruno Le Maire, «Ne vous résignez pas!», Albin Michel

Créé: 06.04.2016, 11h28

Bio express

1969 Le 15 avril, naissance à Neuilly-sur-Seine.

1996 Diplômé de l’ENA. Carrière diplomatique.

2006 Directeur de cabinet du premier ministre Dominique de Villepin.

2008 Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes.

2009 Ministre de l’Agriculture, sous Nicolas Sarkozy, dans le gouvernement de François Fillon.

2014 Candidat à la présidence de l’UMP face à Nicolas Sarkozy. Il obtient 29,18% des voix.

2016 Bruno Le Maire lance, en février, sa campagne pour les primaires. A la fin du mois de mars, les sondages le placent au coude-à-coude avec Nicolas Sarkozy chez les personnes certaines d’aller voter le 21 novembre (21% pour Sarkozy, 19% pour Le Maire et 43% pour Juppé).

BLM: «La société française marche dix pas devant sa politique!»

L’occasion de son passage à Genève, Bruno Le Maire veut échanger avec les Français de Genève et de Suisse. «Je veux leur dire à quel point je compte sur leur soutien pour la primaire», glisse celui qui veut incarner le renouveau.


Les Français expatriés sont-ils plus sensibles que d’autres à ce discours de renouveau?


Bruno Le Maire: Je n’aime pas ce terme d’expatriés qui a une connotation péjorative… Mais oui, ces Français sont particulièrement sensibles au renouveau. Ils voient bien que d’autres grandes démocraties européennes, comme l’Italie, ont été capables de porter au pouvoir une nouvelle génération. Ce sont des personnes neuves qui permettent de faire ce qui n’a pas été fait depuis trente ou quarante ans.

Et les Français de Suisse, qu’attendent-ils?

Ils perçoivent à quel point le modèle suisse, avec un code du travail très simple, avec des relations sociales plus apaisées, avec l’apprentissage, est une voie à suivre pour notre pays. Plus encore, l’apprentissage en Suisse est un véritable modèle: il est très largement développé, concerne toutes les catégories de la population et est une filière d’excellence. Vos résultats sont là: le taux de chômage est faible et le niveau des revenus plus élevé.

Dans notre boîte à outils, prenez-vous la proportionnelle ou le référendum?

Le référendum. Tout ce qui permet de consulter directement les gens va dans le bon sens. C’est vrai dans les entreprises, où les salariés devraient être consultés, c’est vrai aussi pour le renouvellement de la classe politique. Si demain je suis élu président de la République, ma première décision sera d’organiser un référendum au 2e tour des élections législatives. Il portera sur le renouvellement de la classe politique: fin du cumul des mandats, limitation à trois le nombre de mandats au niveau national, réduction du nombre de députés et de sénateurs et, enfin, obligation de démission de la haute fonction publique pour tous les parlementaires qui entrent dans la vie politique.

Vous êtes troisième dans les sondages (devant Fillon et proche de Sarkozy). Surpris?

Surtout prudent. Une dynamique s’est créée autour de ma candidature, je le vois sur le terrain. Le soutien est de plus en plus large à cette idée de renouveau politique. Mais je mesure parfaitement tout le chemin qu’il reste à parcourir. Donc je garde la tête froide. Mais ma conviction est qu’en 2017 la société française fera ce choix du renouveau et créera la surprise politique.

Vos adversaires, aussi, parlent du «renouveau»…

Le renouveau n’est pas qu’un slogan. Ce sont d’abord des décisions qui portent sur la classe politique. Vous constaterez que Nicolas Sarkozy, comme Alain Juppé, défend le cumul des mandats. Le renouveau, c’est aussi un discours politique différent dans lequel on s’engage sur des propositions qu’on met ensuite en œuvre avec méthode, constance et détermination. Il faudra aussi dire ce que l’on ne fera pas. Par exemple, je ne reviendrai pas sur le mariage pour tous, ni sur la réforme territoriale, ce n’est pas prioritaire.

C’est donc une méthode?

C’est aussi une conception de la politique dans laquelle le pouvoir n’appartient pas uniquement à un chef de l’Etat et à un gouvernement qui feraient tout mieux que tout le monde sans rendre de compte à personne. Si on veut que la société française avance, nous devons donner à chaque citoyen français la liberté et la responsabilité de faire bouger le pays.

Quelles sont vos priorités?

J’attache beaucoup d’importance à la réaffirmation de notre culture nationale. Ce que nous sommes en termes d’histoire, de mémoire, de langue, de principe républicain, d’égalité homme-femme; c’est aujourd’hui ce qui est le plus menacé. Le rôle du chef de l’Etat est de le confirmer. Par ailleurs, si une entreprise décide, avec ses salariés, de travailler 35, 37 ou 39 heures, cela ne me pose aucune difficulté. Les gens demandent des choses simples: que les politiques changent, comme eux ont changé.

La société est-elle déjà un pas devant sa classe politique?

Pas un, mais dix pas en avant. Elle a dix pas d’avance sur la clarté de ce qu’elle veut, sur l’utilisation de la révolution numérique, sur son besoin d’autonomie et d’indépendance, de responsabilité. Les Français n’acceptent plus de mensonges et des raccourcis. C’est aux politiques d’ouvrir les yeux.
X.A.

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