En Bulgarie, la route de l’enfer pour les migrants

ExactionsLa police extorque les migrants qui traversent le pays. Ceux qui n’ont pas les moyens de payer sont battus, volés, jetés en prison, selon l'ONG Ofxam.

Photo d'illustration

Photo d'illustration Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Afghans, Syriens, Irakiens, tous racontent la même histoire: en route pour la Serbie, ils avaient choisi de passer par la Bulgarie, parce que l’itinéraire via la Grèce et la Macédoine coûte beaucoup plus cher, entre 7000 et 8000 euros. Ils savaient que le périple est réputé dangereux, et c’est bien l’enfer qu’ils ont vécu, au vu de leurs témoignages que livre l’ONG Ofxam dans une enquête publiée vendredi.

Basé sur des entretiens menés avec 110 personnes, dont des mineurs, le rapport montre des pratiques qui semblent se répéter au sein de la police. Juste après la frontière turque et avant l’arrivée en Serbie, les migrants qui se font arrêter sont victimes d’extorsion. Il faut payer aux policiers entre 200, 400 et même 1000 euros pour pouvoir continuer son chemin, éviter l’enregistrement dans le pays ou encore la déportation. D’autres se font agresser physiquement par les policiers, parfois avec un pistolet sur la tempe, et se font déposséder de leur argent, de leurs valeurs, de leur téléphone mobile. Même la nourriture est saisie, a raconté un Afghan.

Des camps aux allures de prisons

Plusieurs migrants ont aussi raconté avoir été attaqués par des chiens policiers, l’un d’entre eux présentait de sérieuses blessures à une jambe, selon Ofxam.

Ceux qui n’ont pas les moyens de payer la dîme qu’on leur réclame pour continuer leur chemin se font alors arrêter. Ils sont transférés vers des camps pour y être enregistrés, parfois au moyen de la force, et médicalement examinés, camps qui n’ont rien à envier au régime carcéral. Un jeune de 17 ans de Kaboul a passé par exemple quinze jours au camp de Busmantsi, près de Sofia, où il n’a reçu pour seule nourriture qu’un morceau de pain par jour.

Les migrants sont pour beaucoup des individus ayant fui l’obligation de s’enrôler que voulaient leur imposer les talibans en Afghanistan ou le groupe Etat islamique en Syrie ou en Irak, ou des gens ayant fui tout simplement la guerre. A ces violences s’ajoutent donc celles que réservent des policiers d’un pays membre de l’Union européenne depuis 2007.

Des cas isolés? Ofxam n’a pas l’air de le penser. L’ONG réclame non seulement une enquête indépendante en Bulgarie, mais aussi la mise en place de mécanismes de prévention de la torture dans les zones frontalières, de manière à ce que les mauvais traitements puissent être dénoncés par ceux qui en sont victimes. Vendredi, le gouvernement bulgare n’avait pas réagi au rapport.

Créé: 13.11.2015, 18h40

Articles en relation

L’accueil des migrants est-il un devoir ou un danger?

L'invité Le théologien et écrivain Shafique Keshavjee ne tient pas à dire qui a tort ou qui a raison, il se pose une question plus fondamentale. Plus...

Le business juteux de l'asile

Réfugiés Deux entreprises zurichoises se partagent le marché de la prise en charge des migrants. Elles ne connaissent pas la crise. Plus...

«La Suisse doit trouver des solutions sur le long terme pour les enfants migrants»

Asile Un colloque est consacré aux mineurs non accompagnés. Interview de Fouzia Rossier, de Terre des hommes. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 22 août 2019
(Image: Bénédicte ) Plus...