Calais: le Front national libère les pulsions

FranceInsultes, vandalisme: les associations proches des migrants ressentent la pression de la campagne politique.

A Calais, 3500 migrants s’entassent sur un terrain vague.

A Calais, 3500 migrants s’entassent sur un terrain vague. Image: AFP

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Non, il n’a pas peur du FN. Et n’a pas de commentaire sur une éventuelle victoire de Marine Le Pen dans la région Picardie-Nord-Pas-de-Calais lors du 2e tour dimanche. En revanche, Christian Salomé craint la banalisation de la haine et la libération des pulsions. «Depuis quinze jours, on connaît un épisode de pneus crevés, d’insultes téléphoniques… On passe de la haine ordinaire aux passages à l’acte. Je sais que c’est une minorité, mais ces gens se sentent légitimés depuis que Marine Le Pen est en campagne», raconte ce septuagénaire aux allures bienveillantes de pasteur qui préside l’Auberge des Migrants, une association d’aide aux migrants.

L’ambiance est tendue à Calais, cette ville symbole. Elle a voté à 49,1% pour le FN. Elle abrite le «bidonville officiel de la République». Un terrain vague de 18 hectares où s’entassent en ce moment quelque 3500 candidats au passage en Angleterre. «Ce n’est pas Marine Le Pen, même à la tête du Conseil régional, qui résoudra la problématique migratoire», poursuit Christian Salomé. «C’est du ressort de l’Union européenne, de l’Etat français… Et anglais d’ailleurs. L’Angleterre a déplacé son problème de migrants chez nous!» analyse-t-il avec précision.

Une menace vide de sens

«Nous dépensons 100 000 euros par mois. Le Conseil régional nous verse 500 euros. C’est 5 pour mille de notre budget. Cela ne représente rien», dit encore Christian Salomé en réponse aux menaces de Marine Le Pen, qui, lors de la campagne du 1er tour, a dit vouloir «assécher» les subventions aux associations d’aide aux migrants. Mardi dernier, lors d’un débat, la présidente du FN a fini par lâcher: «Je ne pourrai pas faire grand-chose pour régler le problème des migrants à Calais.»

«Pour une fois, je suis d’accord avec Mme Le Pen», ironise Stéphane Duval. Le directeur de Jules-Ferry, centre d’accueil de jour des migrants, ne fait pas de politique. «Nos subventions viennent de l’UE et de l’Etat français. Le climat n’est ni meilleur ni pire pour mes équipes qui tentent de soulager les migrants. On est des pros! Les régionales nous paraissent très loin», avance-t-il. Dans les prochains jours, il va piloter la construction du camp d’accueil en semi-dur de 1500 places sur la lande de Calais.

Bénévole du Secours catholique, Pascal Froëhly ne craint pas davantage la coupe des subventions que pourrait décider le FN une fois au pouvoir. «Nous fonctionnons surtout avec les dons. Il m’est difficile d’imaginer comment cela pourrait être pire dans la jungle. Je trouve déjà les CRS inutilement brutaux. Cela avait changé depuis l’arrivée des journalistes, qui, comme témoins, font baisser la tension. Mais depuis un mois, on revoit des identitaires aux abords du camp!» raconte cet ancien professeur d’anglais à la retraite.

La question sécuritaire, tous l’avouent néanmoins, en plus de l’hygiène et de la santé des migrants, reste préoccupante. Dans la nuit de lundi à mardi encore, un migrant soudanais de 25 ans est mort poignardé. Pour l’ONG Médecins du monde, installée à demeure depuis le mois de juillet, la situation s’améliore néanmoins peu à peu. «L’Etat commence à apporter des réponses. Mais la situation reste tendue. Le politique n’a pas à jeter de l’huile sur le feu», commente, à propos des régionales, Jean-François Corty, directeur des opérations à Médecins du monde.

L’extrême droite rôde

«Nos équipes sont souvent l’objet d’intimidations et d’insultes. Ces derniers temps, il y a une progression de la radicalité. Sauvons Calais est de plus en plus souvent de mauvaise humeur!» glisse Jean-François Corty. Sauvons Calais est un collectif d’extrême droite qui organise manifestations et groupes d’autodéfense. «Notre camping-car itinérant a été incendié sur un parking de Calais cinq jours après les attentats. Nous avons porté plainte. Nous attendons les résultats de l’enquête. Je ne fais aucun lien, mais nous nous posons beaucoup de questions!» conclut Jean-François Corty.

Créé: 10.12.2015, 18h12

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