«Le camp d’accueil de la jungle n’est pas un camp de concentration!»

FranceLe directeur du centre d’accueil provisoire (CAP) de Calais s’insurge contre la mauvaise image véhiculée par le camp en dur de l’état. Son but: mettre à l’abri les plus vulnérables.

Partie sud du bidonville de la jungle de Calais.

Partie sud du bidonville de la jungle de Calais. Image: DR

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La préfecture a tranché : la moitié de la jungle va être rasé. Dès lundi, les migrants devront évacuer la partie sud du bidonville de la jungle de Calais. Entre 800 et 1 000 personnes sont concernées sur un total de 3500 à 4000 migrants présents sur le site. La préfecture se dit prête à les accueillir dans le centre d’accueil provisoire (CAP) inauguré en janvier dont la capacité est de 1500 personnes (125 containers). L’entrée des migrants se fait progressivement. Au vendredi 12 février, 860 personnes résident déjà dans le centre. Interview de son directeur Stéphane Duval.

Le CAP préserve-t-il aussi la population de migrants des passeurs, des mafias et de la délinquance?

Stéphane Duval: C’est tout l’intérêt. L’objectif pour nous est de garder la main mise sur la vie de notre campement. De les préserver de l’influence des réseaux de passeurs, de prostitution, etc.

Le centre d’accueil est aussi accusé de créer «un appel d’air». Quelle est votre opinion?

Certains disent aussi que nous sommes des salauds. Ceux qui estiment qu’on n’en fait pas assez. Mais d’abord l’hypothèse de l’appel d’air? Je ne pense pas que des gens quittent leur pays avec femme et enfants, traversent des milliers de kilomètres, pour aller s’installer dans un container dans une zone industrielle à Calais. Je n’y crois pas! Et ils disent aussi que nous faisons de «l’angélisme»? Peut-être. C’est en tout cas une réponse humanitaire. Et nous sommes mandatés par l’état qui nous finance. Du coup, pour d’autres, nous sommes des vendus. Dans les deux cas, on est mal. Partant de ce principe, on trace notre route en fonction des moyens qui nous sont octroyés.

On doute que le CAP soit une installation provisoire?

Vous voulez dire que le P, c’est permanent peut-être… Ce n’est pas le camp qui est provisoire (ndlr: coût 20 millions payés par la France et l’UE), c’est l’accueil. Pour les personnes, il est impossible d’imaginer un projet de vie dans un container. Leur passage chez nous doit être provisoire. Il peut certes durer plusieurs semaines, plusieurs mois. Si la question est-ce que le camp est provisoire? Je pense que lui risque de durer.

Cet endroit est aussi censé inciter les migrants à entrer dans le processus normal de l’asile?

C’est ce que nous faisons déjà à Jules Ferry, dans le cadre du CAO (ndlr: centre d’accueil et d’orientation). Nous avons pu rediriger 2500 personnes (ndlr: le taux de retour sur la zone serait de 10%). Jules Ferry est aussi un point d’information qui s’adresse à la jungle. Tous les jours, nous expliquons aux migrants avec lesquels nous sommes en contact leur intérêt à accepter cette démarche. D’une part pour les sortir des conditions épouvantables dans lesquelles ils vivent. Et ensuite pour les inciter à s’inscrire dans une demande d’asile légale en France.

Le CAP est aussi accusé de ressembler à camp de concentration?

C’est doublement une insulte et c’est faux! Pour les migrants que nous accueillons et pour la mémoire de ceux qui ont connu, il y a plus de 70 ans, les camps de concentration. Faire le lien entre les deux parce qu’il y a un grillage, un contrôle à l’entrée et des chiens, c’est faux.

En quoi est-ce faux?

Les gars de la jungle sautent toutes les nuits des grillages de 3 mètres de haut avec des barbelés. Ce n’est pas notre grille de jardin à 1,8 mètre qui va empêcher quelqu’un de motivé d’entrer ou de sortir. A l’entrée, nous avons mis en place un système de contrôle avec une empreinte morphologique et non digitale. Les migrants nous donnent l’identité qu’ils veulent. Si le gars me dit Guillaume Tell, on l’enregistre Guillaume Tell même si on aura du mal à le croire. On ne lui demande pas de papiers. Nous devons juste nous assurer, lors des mouvements, que celui qui sort et la même personne que celle qui entre.

Certains parlent des chiens...

Non, il n’y a pas de maître-chien qui circulent… La société de surveillance qui assure le campement la nuit – parce que c’est un métier et ce n’est pas le nôtre – travaille avec seul chien la nuit. Tout comme il y a en permanence trois agents défense incendie SSIAP.

Créé: 12.02.2016, 16h39

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Stéphane DUVAL (Image: DR)

«Ici on gère une situation humaine compliquée»

Qu’est-ce qui a changé depuis 1 an à Calais?

Stéphane Duval: Le développement exponentiel du dispositif mis en place depuis un an. Le 15 janvier 2015, nous distribuions ici sur le petit parking 350 repas par jour. Nous étions 16 salariés. Pour 2016, nous prévoyons entre 2500 à 2800 repas quotidiens et sommes désormais 160 salariés. Nous avons aussi ouvert un hébergement pour les femmes et les enfants, dont la capacité d’accueil a été multipliée par quatre en 6 mois de temps. Et nous sommes en train d’ouvrir progressivement le CAP (ndlr: centre d’accueil provisoire). A terme, nous aurons un dispositif en dur pour 1500 personnes.

Vous recevez beaucoup de visites de politiques, Juppé notamment. Sarkozy est attendu… Et si demain, c’était David Cameron qui était là. Que lui diriez-vous?

Je ne suis pas un politique. Je gère un établissement qui doit faire face à une situation. Je n’ai rien à dire à M. Cameron.

Ces gens qui vous «mettez à l’abri», selon votre vocabulaire, veulent tout de même passer en Grande-Bretagne?

Non le directeur du centre, mais le simple citoyen dirait que mes équipes, comme les associations, présentes sur ce site ont beaucoup de mérite. La question migratoire est une question européenne. Elle n’est pas un problème franco-français. Pas plus que le problème est italien ou grec ou de Calais… La solution est forcément européenne, voire même internationale. C’est trop facile pour certains pays de se mettre la tête dans le sable. Nous ici on reste humbles et on essaie de gérer une situation humaine compliquée.

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