La CGT met en place sa stratégie de «l’asphyxie»

France Le conflit autour des sites pétroliers s’est durci mardi, alors que la contestation contre la loi travail s’intensifie. Reportage.

Dans la matinée d’hier, les matraques et les Flash-Ball des gendarmes mobiles ont eu raison du barrage qui bloquait l’accès à la raffinerie ExxonMobil et au terminal pétrolier de Fos.

Dans la matinée d’hier, les matraques et les Flash-Ball des gendarmes mobiles ont eu raison du barrage qui bloquait l’accès à la raffinerie ExxonMobil et au terminal pétrolier de Fos. Image: Reuters

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Un parfum de révolution plane dans la salle un peu austère de la maison des syndicats de Martigues, l’un des rares fiefs communistes à encore tenir le coup dans les Bouches-du-Rhône, avec sa voisine Port-de-Bouc. Pour Olivier Matteu, voir les huit raffineries de France bloquées – dont les trois de Fos-sur-Mer – marque la puissance de la CGT, dont il est ici le leader emblématique, et de cette intersyndicale unie qui regroupe quatre autres organisations: Force Ouvrière, la FSU, Sud solidaire et les étudiants de l’UNEF.

A en croire le responsable syndical, les trois raffineries du secteur de Fos-sur-Mer sont désormais en grève. On parle de 95% de «postés», terme qui désigne les salariés sur le site. Certes, dans la matinée, les matraques et les Flash-Ball des gendarmes mobiles ont eu raison du barrage qui bloquait l’accès à la raffinerie ExxonMobil et au terminal pétrolier de Fos. Mais les syndicats l’affirment, ils ne cessent de monter en puissance. On se croirait revenu au Front populaire, avec ses drapeaux rouges flottant sur la marmite, si la CFDT et l’UNSA, deux puissantes centrales syndicales, n’étaient venues gâcher la fête en refusant de se joindre au mouvement.

Mais qu’importe, la stratégie de montée en puissance contre la loi El Khomri se poursuivra ce matin avec l’entrée en scène de la SNCF. Elle est clairement l’affirmation d’une tentative de reprise en main de la CGT sur la vie syndicale française. On le sentait bien hier dans cette communion intersyndicale. L’organisation donne le «la», les autres suivent. «L’important est de se rendre visible», affirme encore Olivier Matteu, les traits encore marqués par cette nuit sauvage.

Il a peu parlé à la conférence de presse, mais l’homme le plus entouré par les journalistes est le secrétaire général de Sud Chimie, Gaétan Basset, qui décode pour le profane les dessous d’un blocage. Pour ce technicien de la raffinerie Petroineos de Lavera, «il ne s’agit pas d’arrêter brusquement la production, mais de contraindre la direction de le faire après avoir bloqué tout ce qui alimente les pipelines, les bateaux, les camions». En clair, l’homme à la boucle d’oreille décrit la lente asphyxie programmée d’un site destiné à être paralysé par une surproduction qui ne peut plus s’écouler.

On ne sait si l’arrêt annoncé est effectif. Mais sur le terrain, la terrible odeur de flatulence et de soufre ne parvient pas à se détacher de l’air irrémédiablement pourri du plus grand complexe pétrochimique d’Europe. Au carrefour de Port-de-Bouc, une scène digne de Bagdad Café: mistral balayant chaises vides et tables où trônent encore quelques verres en plastiques, et larges traces noires de pneus brûlés témoignent de la mobilisation de ces dernières heures. Quelques centaines de mètres et voilà une longue file de camions citernes qui fait le plein comme si de rien n’était au terminal pétrolier de Fos… Pour les syndicats, il s’agit de fioul lourd et d’autres produits dérivés, mais le robinet d’essence, lui, est bien fermé. Faux! répond la direction d’ExxonMobil, qui évoque simplement «des chargements bloqués».

Alors qui croire? Peut-être l’automobiliste faisant la queue sur les aires de stations-service qui, elles, commencent à manquer de carburant. Mais est-ce le résultat d’une panique ou d’une réelle pénurie? En ce moment la guerre des mots et de la communication est tout aussi importante que la réalité sur le terrain.

Créé: 25.05.2016, 08h19

La pénurie effleure la France voisine

«Les approvisionnements sont suffisants, inutile de constituer des réserves.» Tel est le message délivré, hier, par la Préfecture frontalière de l’Ain, lançant un appel à la «responsabilité» afin d’éviter un afflux «pas nécessaire». Dans ce contexte d’incertitude, quelques rares stations ont tout de même rencontré des difficultés, avant que les réapprovisionnements ne soient renforcés. «Le déblocage du dépôt de Cournon permet de faciliter les livraisons dans les stations du département», informe la Préfecture, ajoutant que les volumes des stocks sont suffisants pour couvrir les besoins durant quatre mois. En Haute-Savoie, quelques points n’étaient pas en mesure de remplir les réservoirs, hier.
C’est le cas du Leclerc de Ville-la-Grand, à sec depuis lundi. Dans les environs d’Annecy, Thonon et la Roche-sur-Foron, des stations manquaient de carburants. Si les régions frontalières paraissent relativement épargnées, elles le doivent aussi à leur proximité avec la Suisse, où les automobilistes ont pour habitude de faire le plein. De ce côté-ci de la frontière, l’Union pétrolière a affirmé, dès lundi, ne subir aucune conséquence des blocages français. L.D.S.

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