La chute de Heinz-Christian Strache met fin au «modèle» autrichien

PopulismeLe scandale de la star de l’extrême droite autrichienne est un revers pour les populistes d’Europe.

Heinz-Christian Strache et Marine Le Pen lors d’un meeting du FPÖ en 2016.

Heinz-Christian Strache et Marine Le Pen lors d’un meeting du FPÖ en 2016. Image: APA

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Le rendez-vous dans la villa d’Ibiza était un piège. On ne sait toujours pas qui a organisé ce guet-apens visant le chef de l’extrême droite autrichienne (FPÖ) le 24 juillet 2017, juste avant les élections. Mais la vidéo a permis de démasquer le projet de Heinz-Christian Strache, vice-chancelier: mettre au pas les médias autrichiens selon les méthodes du premier ministre hongrois, Viktor Orbán.

En démissionnant de toutes ses fonctions, il a fait tomber le gouvernement à Vienne, une alliance entre les conservateurs (ÖVP) et l’extrême droite qui n’aura duré que dix-huit mois, et provoqué de nouvelles élections.

Dans les extraits de cette rencontre filmée à son insu et publiés par «Der Spiegel» et la «Süddeutsche Zeitung», on voit Heinz-Christian Strache proposer des contrats publics à la prétendue nièce d’un oligarque russe en échange du financement occulte de sa campagne. Alors qu’il s’est toujours présenté comme un patriote incorruptible, Heinz-Christian Strache y parle comme un politicien mafieux dans une république bananière.

Journalistes «prostitués»

Il promet notamment de ne plus attribuer aucun contrat public à Strabag, le premier constructeur autrichien et l’un des plus grands groupes européens du secteur bâtiment et travaux publics (BTP). Le «plan» de Heinz-Christian Strache prévoit également la privatisation d’une chaîne de télévision publique et la prise de contrôle des médias. Il est prévu de laisser les Russes entrer au capital du tabloïd «Kronen Zeitung», le premier quotidien du pays, pour «recadrer» le journal. Strache souhaite limoger les «prostitués» (journalistes critiques) et les remplacer par des rédacteurs «fidèles».

«Nous voulons un paysage médiatique qui ressemble à celui d’Orbán», déclare-t-il sans détour dans la vidéo. «Il va encore plus loin qu’Orbán. Il se prend pour un dictateur», commentait ce week-end l’éditorialiste du quotidien autrichien visé. Après avoir présenté ses excuses au chef du gouvernement et à sa femme, Heinz-Christian Strache s’est présenté comme la victime d’une campagne «venue de l’étranger» et d’un «attentat politique ciblé».

À quelques jours du scrutin européen, l’affaire est un revers pour tous les mouvements d’extrême droite en Europe, qui présentaient la coalition à Vienne comme un modèle. Heinz-Christian Strache est un allié de Marine Le Pen et il entretient des relations étroites avec le mouvement de Matteo Salvini en Italie, dont la «grand-messe» organisée ce samedi à Milan a été gâchée par ce scandale en Autriche.

Plusieurs responsables européens ont saisi l’occasion pour appeler les électeurs à se détourner des mouvements d’extrême droite. «L’affaire Strache montre que les populistes sont prêts à piétiner les valeurs nationales et européennes pour défendre leurs intérêts personnels», a critiqué Annegret Kramp-Karrenbauer, la présidente du Parti chrétien-démocrate allemand (CDU).

Retour aux urnes

La chute du gouvernement à Vienne est surtout un désastre pour le jeune chancelier, Sebastian Kurz, âgé de seulement 32 ans, dont l’image d’étoile montante des conservateurs européens est sérieusement égratignée. C’est lui, le chef du Parti populaire autrichien (ÖVP), qui avait décidé de nouer une alliance avec l’extrême droite après sa victoire aux législatives d’octobre 2017. Ce choix – celui d’une politique répressive contre les réfugiés – avait été critiqué dans toute l’Europe. Il devra trouver une autre ligne politique et surtout d’autres alliés après les élections de septembre.

(24 heures)

Créé: 19.05.2019, 19h37

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