Cinq ans après les massacres de Maïdan, le sentiment d’injustice perdure

UkraineIl y a cinq ans, l'Ukraine basculait dans les violences. Alors que le pays se reconstruit, les responsabilités de ces tragiques événements restent difficiles à établir. Reportage.

<b>Il y a cinq ans. Ukraine. Kiev</b>. Un manifestant brandissant un drapeau ukrainien fait face aux policiers dans la rue Khroushevskoho. Accroché derrière son dos, le portrait d'un manifestant tombé là, quarante huit heures plus tôt

Il y a cinq ans. Ukraine. Kiev. Un manifestant brandissant un drapeau ukrainien fait face aux policiers dans la rue Khroushevskoho. Accroché derrière son dos, le portrait d'un manifestant tombé là, quarante huit heures plus tôt Image: Pierre Abensur/Tamedia

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Comme chaque année, les pèlerins déambulent sur la rue Institoutska en ordre dispersé, une bougie à la main et la larme à l’œil. Ces 18-20 février 2014, la révolution de l’Euromaïdan parvenait à son dénouement sanglant. Des tireurs d’élite avaient tué 48 personnes en quelques heures, le 20 février. En tout, 123 personnes, dont 17 représentants des forces de l’ordre, avaient perdu la vie avant que le président autoritaire Viktor Ianoukovitch prenne la fuite.

5 ans après, les commémorations se teintent de frustration. «Les enquêtes sur les tueries de Maïdan devaient symboliser la réforme du système judiciaire», assène la militante des droits de l’homme Oleksandra Matviytchouk. «Non seulement elles n’ont pas produit de résultats tangibles. Mais en plus elles sont récupérées politiquement.»

Dans le cadre des élections présidentielles du 31 mars, beaucoup soupçonnent le procureur général Iouriy Loutsenko de vouloir marquer un succès politique en faveur de son parrain, le président Petro Porochenko. Celui-ci mise sa réélection, bien qu’il ne soit pas le favori des sondages.

En tout, 442 personnes ont été mises en examen pour violence pendant la révolution. 279 cas ont été portés aux tribunaux. Il y a eu 52 condamnations, dont 9 cas de prison ferme. Le procès de 5 anciens Berkout, unité anti-émeute aujourd’hui dissoute, est devenu emblématique de cette lenteur de la justice.

Après 5 ans, il reste encore au jury à interroger témoins et accusés. La journaliste Angelina Kariakina, spécialiste de l’affaire, estime qu’il faudra encore un an avant d’annoncer un verdict. Mais pour Serhiy Baliouk, il n’y a déjà plus rien à attendre. Il a perdu son frère Oleksandr dans les tueries du 20 février, et se désole aujourd’hui que «les accusés rigolent sur leur banc pendant les audiences. Ils ne s’inquiètent pas le moins du monde».

La sécurité nationale bloque les enquêtes

Pour le procureur spécial dédié aux investigations de Maïdan Serhiy Horbatiouk, ces résultats sont déjà conséquents compte tenu de l’ampleur de la tâche. Si l’on considère les crimes commis pendant Maïdan dans l’ensemble du pays, il s’agit de plus de 4700 cas. Plus de 4100 enquêtes ont été confiées au département de Serhiy Horbatiouk, en charge de 46 enquêteurs, et de 33 procureurs. 15000 personnes sont concernées par ces enquêtes, dont beaucoup de représentants des forces de l’ordre.

Son département ne compte que 46 enquêteurs et 33 procureurs, et des ressources réduites. Il se trouve aussi dans l’impossibilité d’interroger ou d’inculper la centaine de suspects réfugiés en Russie, dont Viktor Ianoukovitch. Dans le contexte de guerre entre Kiev et Moscou, les autorités fédérales ont adressé une fin de non-recevoir à chacune de ses 106 demandes, au titre de la «sécurité nationale».

Surtout, Serhiy Horbatiouk déplore la «résistance systématique» des institutions d’État, qui cherchent à protéger les leurs. «Nous nous confrontons à de nombreux juges qui ne veulent vraiment pas faire avancer ces enquêtes», déplore-t-il. 30% des anciens policiers de Maïdan travaillent encore dans la police nationale, certains à des postes à responsabilité.

Les faillites de l'après-Maïdan

«Le message que le Ministère de l’intérieur envoie, c’est que la loyauté à un chef prime sur le respect du droit. Si les policiers sont loyaux, le ministère les protègera des enquêtes. C’est l’une des plus grandes faillites de l’après-Maïdan, en ce qui concerne la transformation des institutions d’État», critique la journaliste Angelina Kariakina.

Ils sont en cela aidés par l’instrumentalisation politique des enquêtes par le Procureur général Iouriy Loutsenko. Lui a orchestré la condamnation de Viktor Ianoukovitch à 13 ans de prison par contumace pour «haute trahison». Le procès a été entaché de vices de procédure, et a été critiqué de part et d’autre comme une farce. Qu’à cela ne tienne, Iouriy Loutsenko en a fait une victoire personnelle. Il a déjà annoncé qu’il s’en ferait valoir lors des prochaines échéances électorales.

Créé: 21.02.2019, 18h09

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