Cinq Suisses évacués de Chine resteront en quarantaine

CoronavirusDeux cent cinquante personnes, dont cinq Suisses, ont atterri dimanche sur la base militaire d’Istres (F) et sont à l’isolement.

Image: AFP

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L’Airbus A 380 s’est posé en douceur sur la base militaire d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône, en France, dimanche vers 14h30. À son bord, 250 personnes, dont 70 Français et 180 passagers de nationalités étrangères. Parmi eux se trouvaient cinq citoyens suisses et leurs trois plus proches parents chinois, qui ont donc pu quitter Wuhan sur un vol opéré par le gouvernement français, comme l’a annoncé le Département fédéral des affaires étrangères dans un communiqué. En principe, ils devraient effectuer leur quarantaine, pendant quatorze jours, dans le sud de la France.

À l’instar des 180 Français arrivés vendredi 31 janvier de Wuhan, ils ont d’ailleurs «donné leur accord par écrit aux conditions formulées par les autorités françaises [...] auxquelles les personnes rapatriées devront s’astreindre». Quelles conditions? Pendant quatorze jours, «ne pas sortir du centre, sous aucun prétexte», précise l’un des gendarmes postés vingt-quatre heures sur vingt-quatre devant les grilles du centre de vacances de Carry-le-Rouet, situé à 30 km de Marseille. C’est l’un des deux endroits réquisitionnés pour l’heure par les autorités françaises pour y placer ces rapatriés à l’isolement, l’autre étant l’École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers d’Aix-en-Provence.

«Superbe vue sur la mer!»

Deux endroits, deux ambiances bien différentes: d’un côté, une caserne située au milieu d’une zone industrielle et dotée de 500 studios. De l’autre, un centre de vacances, donc, situé au creux d’une superbe calanque. «Le centre a été rénové entièrement l’an dernier, la vue sur la mer y est superbe!» témoigne Régine, venue d’une commune voisine à l’occasion de la fête des Oursinades, qui a démarré dimanche sur le charmant petit port de pêche de Carry-le-Rouet, à 3 km seulement du centre. «Mais ils y sont un peu comme en prison», estime Denis, lui aussi attablé sur le port. De fait, les rapatriés sont libres d’aller et venir dans l’enceinte du centre, y compris dans les jardins et les espaces communs. Mais pas question d’en sortir. Et les gendarmes ont ordre de les intercepter manu militari le cas échéant. «On est équipés de gants, de maques et de lunettes, au cas où», précise l’un des officiers présents.

Eux-mêmes n’ont aucun contact avec les occupants du centre. La cinquantaine de bénévoles et de salariés de la Croix-Rouge qui s’occupent des rapatriés prennent leur température quotidiennement, jouent avec les enfants, etc., sont eux aussi de facto à l’isolement et ne rentrent pas chez eux le soir.

Fini, l’angoisse!

Au village, la sérénité l’emporte désormais sur la psychose. «Vous venez pour le chikungunya?!» plaisante même le serveur de la brasserie Le Saint Trop. Fini l’angoisse des premiers jours, lorsque les riverains ont appris à la télévision que 180 Français allaient débarquer de Wuhan dans leur commune. «On a reçu 70 appels en quarante-huit heures, raconte Mandine Domingez-Loza, à l’Office du tourisme. Les gens nous demandaient, inquiets: «Mais pourquoi on accueille ces Chinois?» «Et si le virus se répand dans l’air?» «J’ai réservé une semaine en mars, le centre sera-t-il décontaminé?» L’inquiétude est montée très vite…» Certains ont même annulé leur venue.

Mais depuis ce dimanche matin, «la tension retombe», confirme la conseillère. Les autorités ont organisé une réunion publique à la hâte à Carry-le-Rouet pour répondre aux inquiétudes, et le maire, Jean Montagnac, a tenu des propos rassurants. «Plutôt que d’apprendre la réquisition du centre dans les médias, j’aurais tout de même préféré qu’on me demande d’accueillir ces gens. Je l’aurais fait avec plaisir, évidemment», nous glisse-t-il. Plusieurs badauds rencontrés évoquent cette solidarité, nécessaire à leurs yeux. «On n’allait quand même pas les mettre sur une île, au large!» reprend le serveur du Saint Trop. «Si c’était nous, on serait bien contents que l’État nous rapatrie en avion et nous loge dans un bel endroit», estime Régine.

Un restaurateur est venu spontanément déposer un gros plateau d’oursins devant les grilles, et des bénévoles du village amènent les affaires manquantes aux familles. À l’hôtel Villa Arena, le responsable s’est vu confier la mission de livrer 300 plateaux-repas midi et soir au centre. Sur le plan financier, il fait une bonne affaire, bien sûr, mais il y voit aussi un geste de soutien. «Ça ne me fait pas peur», affirme-t-il.


Plus de 300 morts et un premier hors de Chine

L’annonce dimanche du premier décès hors de Chine d’une personne atteinte du nouveau coronavirus, survenu aux Philippines, relance les inquiétudes sur la propagation de l’épidémie qui a fait plus de 300 morts en Chine, où la métropole de Wenzhou, à 800 km de Wuhan, a rejoint la liste des villes confinées.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les Philippines ont signalé dimanche la mort à Manille d’un Chinois de 44 ans, originaire de la ville de Wuhan, où l’épidémie de pneumonie virale a démarré en décembre. «Il s’agit du premier décès signalé en dehors de la Chine», a déclaré le représentant de l’OMS aux Philippines, Rabindra Abeyasinghe.

Cette annonce survient alors qu’un nombre croissant de pays ferment leurs frontières aux personnes venant de Chine. C’est le cas notamment des États-Unis, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de l’Irak et d’Israël. La Mongolie, la Russie et le Népal ont fermé leurs frontières terrestres avec la Chine et la Papouasie-Nouvelle Guinée a fermé ses ports et ses aéroports à tous les voyageurs en provenance d’Asie. Le décès aux Philippines a été annoncé juste après que Manille eut décrété l’arrêt immédiat des arrivées de tous les voyageurs étrangers depuis la Chine.

Le coronavirus, transmissible d’humain à humain, a contaminé plus de 14'000 personnes en Chine et s’est propagé dans 24 pays. La Grande-Bretagne, la Russie et la Suède ont annoncé leurs premiers cas confirmés durant le week-end. Le nombre d’infections confirmées dépasse largement celui atteint durant l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère). Ce coronavirus avait tué 774 personnes, majoritairement en Chine continentale et à Hong Kong, en 2002-2003.

La Chine, qui souffrait déjà d’un ralentissement de sa croissance avant l’épidémie, a annoncé dimanche l’injection de 1200 milliards de yuans (156 milliards d’euros) pour soutenir son économie. La Banque centrale effectuera l’opération ce lundi à la réouverture des marchés financiers après le long congé du Nouvel-An lunaire, prolongé en raison du virus.

Après s’être rendus pour beaucoup dans leurs familles durant ce congé, les Chinois ont commencé durant le week-end à rentrer chez eux, en avion et en train. Quant à ceux présents actuellement en Suisse, ils ne présentent aucun danger, a fait savoir dimanche l’ambassadeur de Chine en poste à Berne, Geng Wenbing. Personne n’est contaminé.

Helen Roxburgh avec les agences

Créé: 02.02.2020, 22h36

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