Les citoyens s’emparent de la crise des migrants

Solidarité en EuropeDes initiatives solidaires voient le jour partout en Europe. La photo du petit Aylan a dopé encore cet élan.

A la gare de Munich, terminus pour beaucoup de réfugiés arrivant de Hongrie, des citoyens allemands viennent les accueillir à bras ouverts, en brandissant des panneaux de bienvenue, leur apportant des bouteilles d’eau, de la nourriture, des langes pour bébé et des jouets pour les enfants.

A la gare de Munich, terminus pour beaucoup de réfugiés arrivant de Hongrie, des citoyens allemands viennent les accueillir à bras ouverts, en brandissant des panneaux de bienvenue, leur apportant des bouteilles d’eau, de la nourriture, des langes pour bébé et des jouets pour les enfants. Image: NICOLAS ARMER/EPA

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La société civile est-elle en train de s’approprier la politique qu’il faut mener à l’égard des milliers de migrants qui arrivent en Europe? Devant l’incurie des gouvernements, incapables de s’accorder, très forts en revanche dans le chipotage, des citoyens de toute l’Europe sont en train de se lever pour offrir aux réfugiés de la guerre et de la misère un accueil digne de ce nom. Et depuis le choc planétaire causé par la diffusion de la photo du corps du petit garçon syrien Aylan, échoué sur une plage turque, ces initiatives solidaires et les promesses de dons explosent.

Afflux de dons

Partout en Europe, les organisations d’aide aux migrants ont soudainement vu les dons grimper vertigineusement depuis la parution de la photo de la tragédie de Bodrum. L’ONG maltaise Migrant Offshore Aid Station (MOAS), qui œuvre au sauvetage en mer Méditerranée avec l’aide de Médecins sans frontières, a par exemple reçu 650 000 francs depuis la parution de la photo. Particuliers, mais aussi entreprises ou encore clubs sportifs, et pas n’importe lesquels, se mobilisent. Le Comité olympique a créé un fonds d’urgence de plus de deux millions de francs. En Allemagne, le Bayern Munich a annoncé jeudi un don d’un million d’euros et une action symbolique. Lors du prochain match contre Augsbourg, les joueurs tiendront un enfant allemand dans une main, et un enfant réfugié dans l’autre.

Faire le taxi en Hongrie

En Autriche, où le réveil citoyen s’était déjà manifesté après la découverte d’un camion avec à son bord les corps de 71 migrants morts par asphyxie – comme cela a été confirmé hier – la mobilisation redouble d’ardeur depuis jeudi. En l’espace de quelques heures, 2000 personnes avaient souscrit à l’idée, lancée sur Facebook, d’aller chercher en voiture, à partir de dimanche, des milliers de migrants bloqués en Hongrie.

«Le temps des appels à l’Union européenne et aux responsables politiques est révolu, nous devons désormais agir», soulignent les animateurs de la page «Convoi Budapest-Vienne». Qu’importe si une telle entreprise, s’apparentant à une aide gratuite à l’immigration illégale, peut valoir 5000 euros d’amende. Les organisateurs assurent qu’ils ont prévu une assurance juridique pour les participants.

Les champions de l’accueil

Chez les voisins allemands, cela fait des semaines qu’on se mobilise. A Munich, gare terminus pour beaucoup de migrants arrivant de Hongrie, on a vu ces derniers jours des citoyens venir littéralement les accueillir à bras ouverts, en brandissant des panneaux de bienvenue, leur apportant bouteilles d’eau, nourriture, langes pour bébé. Même solidarité en Macédoine et en Serbie, où les populations ont connu la guerre il n’y a pas si longtemps, et où l’aide spontanée est très marquée, à en croire des récits de migrants.

Des Britanniques à Calais

Dans la «jungle» de Calais, où s’entassent près de 3000 personnes espérant traverser la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni, des citoyens britanniques redoublent d’initiatives depuis plusieurs semaines pour venir en aide aux migrants bloqués. Envois de vivres, de plats cuisinés, de vélos, d’argent liquide ou opération de nettoyage du camp effectué par des bénévoles: les actions de solidarité se multiplient. Au point que les associations françaises présentes sur place s’avouent dépassées par cette aide, ne sachant plus où stocker les dons, affirme le quotidien Libération. Le mouvement de solidarité britannique a commencé il y a plus d’un mois déjà, en réaction à la campagne antimigrants orchestrée par les tabloïdes anglais à la fin de juillet, explique le journal fondé par Jean-Paul Sartre.

Le défi des villes espagnoles

En Espagne, où le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy rechigne à accueillir des réfugiés, ce sont les municipalités, notamment celles remportées au printemps par la gauche alternative, qui s’organisent. Au cri de «ouvrons les yeux, les murs et les barbelés n’arrêteront pas cela», la maire «indignée» de Barcelone Ada Colau a proposé la semaine dernière la création d’un «réseau de villes refuges», s’appuyant sur des ONG et des citoyens solidaires.

Mardi, Madrid a rejoint le mouvement. D’autres villes ont rapidement suivi, comme Oviedo, La Corogne, Málaga ou Alicante. Ces municipalités vont ainsi débloquer des crédits pour permettre d’offrir aux réfugiés venus d’Irak et de Syrie un accueil «intégral», comprenant des logements, des soins, un soutien psychologique, une assistance administrative et un accès à l’éducation. Mais les villes ne réclament pas moins au Gouvernement central d’assumer ses responsabilités et d’être «à la hauteur des circonstances».

«Vendez-moi une île!»

Plus loufoque enfin, le milliardaire égyptien Naguib Sawiris propose d’acheter une île au large de l’Italie ou de la Grèce pour y installer des centaines de milliers de migrants. «La Grèce ou l’Italie, vendez-moi une île, je déclarerai son indépendance, accueillerai les migrants, et leur fournirai des emplois grâce à la construction de leur nouveau pays», a-t-il lancé sur Twitter.


Mobilisation en Suisse

Comment aider les réfugiés? Beaucoup de Suisses se posent cette question, même si l’afflux de requérants d’asile reste bien inférieur à celui que connaît l’Union européenne. Dans tout le pays, des élans de solidarité se manifestent. A Saint-Gall, les autorités croulent sous les appels de citoyens désirant offrir leur aide. En ville de Saint-Gall, où un centre d’accueil provisoire vient d’ouvrir, une enseignante retraitée a proposé de donner des cours d’allemand aux nouveaux arrivants. Et une collecte d’habits a été lancée sur Facebook.

A Zurich, une manifestation de soutien aux réfugiés est prévue aujourd’hui. Un groupe baptisé «Aider au lieu d’être seulement touché» a réuni plus de 600 membres en quatre jours. Un autre réseau, qui suggère aux habitants de partager un repas avec des migrants, a reçu en deux semaines trois fois plus d’offres que depuis le lancement du projet, il y a un an. Tandis qu’à Genève et à Lausanne, des collectifs poursuivent les bras de fer avec les autorités pour exiger l’hébergement des candidats à l’asile dans des conditions décentes.

D’autres citoyens, toujours plus nombreux, affirment vouloir accueillir des migrants chez eux. La plate-forme alémanique Wegeleben propose aux étudiants et jeunes employés qui vivent en colocation de franchir le pas. L’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR), qui a lancé un projet dans ce sens au début de 2014 déjà, reçoit chaque jour jusqu’à quinze propositions. Plus de 500 familles sont désormais inscrites. Mais cette démarche vise l’intégration à long terme et n’est pas une réponse à l’urgence actuelle, nuance l’OSAR.

Reste l’option des dons en espèces. La Chaîne du Bonheur a lancé cette semaine un appel pour les réfugiés sur la route de l’Europe: l’organisation d’entraide a déjà recueilli plus de 1,8 million de francs. Selon Caritas, un don de 65 francs permet d’offrir de la nourriture à une famille de réfugiés syriens durant un mois. P.M.


L’exode en bref

Aylan enterré

Le petit garçon syrien de trois ans découvert mort sur une plage turque a été enterré hier avec son frère et sa mère dans une atmosphère de grande émotion dans leur ville de Kobané, dans le nord de la Syrie.

Exode à pied

Plus d’un millier de migrants bloqués à Budapest ont entrepris hier de rejoindre à pied l’Autriche, distante de 175 km, une scène d’exode inédite. Les autorités hongroises ont en effet interdit tout départ de train vers l’Autriche et l’Allemagne.

Evasion

Toujours en Hongrie, où le parlement a renforcé la législation antimigrants, 300 de ces derniers se sont évadés d’un camp de premier accueil situé près de la frontière serbe à Röszke, poussant Budapest à fermer provisoirement et partiellement le poste frontière. Couloir ferroviaire La République tchèque et la Slovaquie proposent d’ouvrir un couloir ferroviaire pour les réfugiés syriens entre la Hongrie et l’Allemagne, si Budapest et Berlin sont d’accord.

Etats-Unis sous pression

La crise des migrants en Europe met Washington sous pression pour accueillir bien plus que les 1500 Syriens ayant trouvé refuge aux Etats-Unis en quatre ans de guerre. Statistiques Plus de 350 000 migrants ont traversé la Méditerranée à destination des côtes européennes depuis le début de l’année, selon les statistiques de l’Organisation internationale des migrations (OIM) publiées mardi. Au moins 2600 d’entre eux y ont perdu la vie, a précisé l’OIM.

B.BR./AFP

Créé: 04.09.2015, 20h53

«L’UE a 200 000 réfugiés à se répartir»

A l’issue d’une rencontre avec Thorbjørn Jagland, le secrétaire général du Conseil de l’Europe, le haut-commissaire aux réfugiés Antonio Guterres, a exhorté, hier après-midi à Genève, les pays de l’UE à mettre en place une «stratégie commune basée sur la responsabilité, la solidarité et la confiance», pour faire face à la crise des migrants. Et de prévenir: «La situation exige un effort commun massif qui est impossible avec l’approche fragmentée actuelle.»
Tôt dans la matinée, le patron du HCR avait publié un communiqué appelant à la répartition «d’au moins 200 000 réfugiés» au sein des pays européens. «Les personnes qui ont une demande de protection valable doivent bénéficier d’un programme de réinstallation de masse, avec la participation obligatoire de tous les Etats membres de l’Union européenne (UE)», a écrit le haut-commissaire. Antonio Guterres, qui avait alerté la communauté internationale dès le début de la crise syrienne qu’il risquait d’y avoir une vague massive de migrants, met la pression sur les gouvernements alors que les opinions publiques européennes se mobilisent, choquées par les images des dernières tragédies.
«Les circonstances sont exceptionnelles, elles appellent des réponses exceptionnelles», a répété le haut-commissaire aux réfugiés, qui achève son mandat à la fin de l’année.
Pour Antonio Guterres, la situation, comparable à ce que l’Europe a connu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, appelle un vrai sursaut. Plus un jour à perdre, suggère en outre le chef de l’agence onusienne pour les réfugiés, qui invite les dirigeants européens à mettre en place des centres de réception et d’enregistrement des migrants et réfugiés en Grèce, en Italie et en Hongrie, pour aider ces pays et éviter une «situation chaotique». Antonio Guterres a insisté sur l’importance qu’il y a d’ouvrir des voies «légales» pour l’accueil des réfugiés afin de stopper le trafic qui conduit à la mort des centaines de candidats à l’exil.
«La famille du jeune garçon mort sur une plage turque a payé 4000 euros par passagers aux passeurs pour pouvoir entrer illégalement en Europe. S’ils étaient entrés de manière légale avec un billet low cost elle aurait payé moins de 400 euros par personne», relève le haut-commissaire. «Nous avons une responsabilité collective», a souligné Thorbjørn Jagland à l’issue d’un point presse conjoint.
Alain Jourdan

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