«Moment de vérité» pour la réunification de Chypre

GenèveLes dirigeants des entités grecque et turque tentent depuis lundi de trouver un accord de réunification à Genève. L'émissaire de l'ONU se veut optimiste.

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L'avenir de la réunification de Chypre se discute depuis lundi matin à Genève. Les dirigeants des entités grecque et turque ont entamé leur «moment de vérité» pour mettre fin à une division de plus de 40 ans, avant une conférence avec les Etats garants de l'île dès jeudi.

Après deux vagues de pourparlers non concluants en novembre au Mont-Pèlerin (VD), le président chypriote grec Nicos Anastasiades et le dirigeant chypriote turc Mustafa Akinci se sont retrouvés peu après 09h00 au Palais des Nations à Genève. Ils n'ont fait aucune déclaration et ne se sont pas serré la main devant les caméras.

A son arrivée dimanche à Genève, M. Anastasiades, cité par l'AFP, s'était déclaré «confiant», tandis que M. Akinci a assuré être venu «dans un esprit positif». Ils s'étaient rencontrés dès dimanche de manière informelle.

Les deux parties sont à un «moment de vérité», a estimé dans l'après-midi devant la presse l'émissaire de l'ONU Espen Barth Eide. Il estime qu'un accord sera «difficile», «mais c'est possible».

Pas arbitrées par l'ONU

Dans chacun des cinq chapitres en discussion, il reste au moins une question à résoudre. Contrairement aux négociations de 2004 qui avaient abouti à un accord rejeté par les électeurs chypriotes grecs, l'ONU ne joue pas le rôle d'arbitre, mais de simple facilitateur.

MM. Anastiasiades et Akinci discutent des chapitres liés à la sécurité et aux garanties. Lundi matin, ils ont abordé la question du nombre de Chypriotes qui peuvent réclamer une propriété après l'invasion turque en 1974.

M. Anastasiades souhaite le retour d'au moins 100'000 Chypriotes grecs dans les propriétés qu'ils avaient dû quitter dans le nord de l'île lors de la partition en 1974. Les Chypriotes turcs de leur côté veulent voir le moins possible de personnes évacuer leur foyer actuel.

Un groupe de travail a été établi. La partition a provoqué le déplacement d'environ 162'000 Chypriotes grecs et de 48'000 Chypriotes turcs, selon des estimations. «Nous avons eu une bonne conversation», a dit M. Eide. La gouvernance a aussi été évoquée.

Etats garants résolus

Il estime que la volonté politique des Etats garants de l'ordre constitutionnel à Chypre - la Turquie, la Grèce et la Grande-Bretagne - n'a jamais été aussi importante. Mais encore faut-il qu'elles soient d'accord sur le contenu d'un arrangement.

Selon elles, «un accord améliorerait d'autres dynamiques» dans la région, notamment en Syrie, dit M. Eide. Il a déjeuné avec son homologue sur la Syrie Staffan de Mistura qui a partagé également cette analyse. Les observateurs restent prudents sur une résolution cette semaine des principaux points de divergence.

Les dirigeants ont prévu de présenter mercredi les cartes des deux parties d'une future fédération. Totalisant environ 22% de la population, les Chypriotes turcs contrôlent toutefois plus d'un tiers de son territoire. Les deux dirigeants seraient proches de s'entendre sur un peu moins de 30% de l'île pour les habitants de la partie nord (chypriote turque).

Dès jeudi, une conférence doit réunir les parties, les Etats garants et l'UE. Le président turc Recep Tayyip Erdogan devrait participer en cas d'avancée d'ici mercredi. La Grande-Bretagne pourrait envoyer son chef de la diplomatie Boris Johnson en cas de percée.

Plusieurs votes attendus

Selon le traité d'indépendance de 1960, les trois pays garants peuvent en cas de besoin intervenir militairement pour rétablir l'ordre constitutionnel. Cette mesure avait été utilisée par la Turquie en 1974, dont l'armée avait envahi la partie nord de l'île en réaction à un coup d'Etat visant à rattacher le pays à la Grèce.

Les Chypriotes grecs souhaitent un retrait des militaires turcs positionnés dans le nord. Leurs homologues turcs préféreraient le maintien d'une présence réduite.

Depuis l'invasion turque, la République de Chypre, membre de l'UE depuis 2004, n'exerce son autorité que sur la partie sud, où vivent les Chypriotes grecs. La République turque de Chypre du Nord (RTCN) n'est elle reconnue que par la Turquie.

Tout compromis serait soumis au vote par référendum dans chacune des deux parties de l'île, où ces pourparlers de paix ne font pas l'unanimité. Selon M. Barth Eide, ces scrutins pourraient avoir lieu mi-2017.

(ats/nxp)

Créé: 09.01.2017, 11h11

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