Dix ans d’Angela Merkel l’indéboulonnable

AllemagneDix ans après son élection le 22 novembre 2005, la chancelière n’a plus aucun rival, ni à gauche ni dans son propre parti.

Angela Merkel, la chancelière allemande, en 2005, peu après son élection.

Angela Merkel, la chancelière allemande, en 2005, peu après son élection.

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L’Allemagne sans Merkel? Personne n’ose l’imaginer. Malgré la crise des migrants qui égratigne sa popularité, les Allemands continuent de lui faire confiance. Selon les sondages, deux tiers estiment qu’aucun autre responsable politique ne ferait mieux qu’elle. A 61 ans, Angela Merkel est indéboulonnable. «Pour la faire chuter, il faudrait un putsch. Il n’y aucun candidat qui fasse le poids», constate Herfried Münkler, politologue à l’université Humboldt de Berlin.

Porte-parole du dernier gouvernement est-allemand démocratiquement élu, ministre de la Femme et de l’Environnement, secrétaire générale puis présidente de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et enfin première chancelière d’Allemagne… Personne n’imaginait en 1990 que cette fille de pasteur est-allemand serait un jour aussi populaire que le chancelier Adenauer et qu’on la citerait pour le Nobel de la paix.

«La plus puissante du monde»

Merkel est devenue la femme «la plus puissante du monde», assure le magazine américain Forbes. «Elle a été la chancelière dont les Allemands avaient besoin pour engager sereinement le retour du pays sur la scène politique internationale», estime Herfried Münkler. «Gerhard Schröder, avec son style viril, voire machiste, n’aurait jamais réussi à mener les négociations avec autant patience.»

Où puise-t-elle autant d’autorité? «Son charisme, c’est de ne pas en avoir», juge Heribert Prantl, éditorialiste du journal de gauche Süddeutsche Zeitung.

A la chasse aux papillons

Merkel fait de la politique comme on va à la chasse aux papillons. Sa capacité à changer de cap en fonction des situations lui permet de s’adapter à l’air du temps. «Elle peut ainsi corriger les erreurs. Mais elle n’a pas de stratégie sur le long terme», tempère Herfried Münkler.

En 2005, elle défendait un programme néolibéral pendant la campagne électorale. Surnommée à l’époque la «dame de fer», la voilà aujourd’hui considérée comme «la plus brillante social-démocrate» de la République. Avant l’accident de Fukushima en 2011, elle défendait la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires. C’est elle qui a donné le coup de grâce à l’atome en décidant de fermer toutes les centrales d’ici 2022.

La vraie menace s'appelle AfD

Bien sûr, la crise des migrants a mis à mal sa popularité. En décidant d’ouvrir les portes aux réfugiés syriens, début septembre, Angela Merkel a mis en jeu son poste de chancelière. Elle a perdu beaucoup de crédit auprès des militants de la CDU en acceptant d’accueillir un million de demandeurs d’asile cette année.

Malgré la baisse des intentions de vote dans les sondages, la CDU reste néanmoins à plus de 37% des voix, avec plus de 15 points d’avance sur le Parti social-démocrate (SPD)! «Merkel n’a pas encore perdu le pouvoir, loin de là», juge l’éditorialiste Heribert Prantl.

La vraie menace, c’est la résurgence du parti populiste AfD (Alternative pour l’Allemagne) qui fait l’amalgame entre terrorisme et réfugiés. Selon certains sondages, ce parti islamophobe obtiendrait 10% des voix et se placerait comme la troisième force politique en Allemagne. «C’est toute l’Europe qui en souffrirait», prévient Herfried Münkler.

Créé: 21.11.2015, 09h50

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