«El Khomri,t’es foutue, la jeunesse est dans la rue!»

FrancePremière journée de mobilisation contre la loi sur le travail. Les durs demandent le retrait. Reportage.

Des centaines de lycéens ont défilé, hier en fin de matinée à Paris, contre la «Loi Travail».

Des centaines de lycéens ont défilé, hier en fin de matinée à Paris, contre la «Loi Travail». Image: AFP

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Le projet de loi sur le travail, dit loi El Khomri, du nom de la ministre du Travail, vit l’épreuve de la rue. «El Khomri, t’es foutue, la jeunesse est dans la rue!» Le slogan est cinglant. D’autres sont moins acerbes: «El Khomri, nous, on pleure!» ou «El Khomri, ta loi, c’est de la connerie». Les quelques centaines de lycéens qui défilent, mercredi en fin de matinée à Paris, de la place de la Nation à celle de République sont remontés comme des pendules. «On est un pays, on doit se sortir de la crise tous ensemble. Cette loi ne fait que diviser le pays entre patrons et ouvriers!» Hugo, et ses 16 ans, veut croire que pour sa première mobilisation sociale, il va changer le cours de l’histoire de cette fin de quinquennat de François Hollande.

Le front dur de la contestation

Quelques jets de pétards et devantures de banques taguées et vandalisées à coups de marteau plus tard – «On n’a pas de vrai service d’ordre!» explique toujours Hugo – le cortège rejoint République pour le grand rassemblement de 14 heures. Un autre cortège d’étudiants, cette fois, arrive depuis le siège du Medef, l’organisation faîtière des patrons français. Là, à République, les attendent les militants des syndicats CGT, Force ouvrière (FO), FSU et Solidaires. Le front dur de la contestation. Ici, le discours se calque sur celui du numéro un de la CGT, Philippe Martinez: «On demande le retrait (du projet). Plus que jamais, il faut remettre les compteurs à zéro pour un Code du travail qui protège vraiment les salariés.» Dans ce cœur de Paris, où la police a protégé par des barrières ce qui sert de Mémorial aux attentats de 2015 – la statue de Marianne, ses couronnes de fleurs et ses bougies – règne une ambiance de ker messe et de militantisme déterminé. Les syndicalistes distribuent tracts, drapeaux et pancartes. Les baffles installés sur une camionnette des Jeunes communistes envoient des refrains alternatifs: «Les patrons, c’est des tocards en costard!»

«Recul historique!»

Les militants sont ici plusieurs milliers qui incarnent la mobilisation contre le projet de loi du gouvernement socialiste de François Hollande et de son premier ministre Manuel Valls qui a grossi d’abord à travers la pétition en ligne «Loi travail: non merci!» Elle a recueilli plus d’un million de signatures.

«Contrairement au dire de Valls, on ne fabrique pas une société moderne en opérant des reculs historiques de deux siècles», explique Jean-Claude. Ce quinqua qui arbore moustache et auto­collants Force ouvrière parle comme le tract qu’il nous tend. Le cortège s’ébranle dans une certaine confusion. D’autres rassemblements ont eu lieu en France. Mais la mobilisation n’est pas unanime…

Modifications exigées

Ainsi les syndicats réformistes appellent, eux, à une mobilisation samedi 12 mars. La CFDT, la CFE-CGC, le CFTC, l’Unsa et la Fage (étudiants) n’exigent pas le retrait du texte, mais exigent de «profondes modifications». Mais, par ailleurs, le patron de la CFDT se fait menaçant et n’écarte pas la possibilité d’un «conflit social» si le gouvernement ne bouge pas.

Au même moment, à l’Assemblée nationale lors de l’heure des questions, Myriam El Khomri défendait son projet de loi. «Il a été conçu comme un acte de confiance dans la négociation. Ainsi, décentraliser la négociation collective dans les entreprises permettra de développer de nouvelles formes de dialogue», a-t-elle expliqué tout en estimant que les «dérogations successives» avaient causé l’indigestion du Code du travail.

«Aujourd’hui, le pays est mûr pour avancer. Nous écoutons le peuple», a-t-elle conclu.

Créé: 10.03.2016, 09h03

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Le projet de loi

Quatre mesures phares de la loi sur le travail et leur appréciation.

1. Assouplir les règles de licenciement économique lorsque l’entreprise rencontre des difficultés ou lorsqu’elle fait face à une mutation technologique. Très contesté.


2. Organiser des référendums d’entreprise auprès de l’ensemble des salariés lorsque la négociation syndicat direction est bloquée. Plutôt soutenue.


3. Moduler temps de travail et salaires selon les besoins des entreprises qui demandent cette souplesse. Les 35?heures
restent la règle mais les heures supplémentaires seront moins rémunérées. Les sondages donnent 50/50.


4. Plafonner les indemnités prud’homales à 15?mois de salaire en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Forte opposition.
X.A.






























































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