«Le FN n’aura pas l’Alsace et la Lorraine»

Elections en FranceDans le Grand-Est français, Florian Philippot est arrivé en tête au premier tour. L’union de la droite se motive pour rattraper le FN. Reportage.

Le vice-président du FN, Florian Philippot (à g.), et le centriste Philippe Richert s’installent pour un débat télévisé.?
AFP

Le vice-président du FN, Florian Philippot (à g.), et le centriste Philippe Richert s’installent pour un débat télévisé.? AFP

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«Honte à Jean-Pierre Masseret de se maintenir. Honte à lui si nous étions la seule région à basculer!» Benoist Apparu, maire de Châlons-en-Champagne, est remonté comme une pendule à la tribune du dernier meeting du centriste Philippe Richert, dans cette région du Grand-Est. «C’est le combat de notre vie!» s’époumone ce dernier, ex-ministre du Logement sous François Fillon. Du nerf, il en faut pour électriser l’ambiance feutrée de la salle des syndicats dont l’affluence se compose avant tout de militants. Et pourtant, l’enjeu est important: reprendre 11 points au FN Florian Philippot lors du 2e tour des régionales de dimanche.

Avec 36% des suffrages, le vice-président du FN a créé la surprise. Personne ne l’imaginait si haut. Le scrutin dans ce Grand-Est qui rassemble l’Alsace, la Champagne-Ardenne et la Lorraine (trois anciennes régions) est particulier à plus d’un titre. D’abord, Florian Philippot a toutes les chances de l’emporter. Car c’est en triangulaire que se joue le dernier acte. Crédité de 16%, Jean-Pierre Masseret, le candidat socialiste, a refusé les consignes de retrait données par le PS. Arrivée en deuxième position avec 25%, l’union de la droite (UDI, MoDem et Les Républicains) a déçu. Pour le coup, le centriste Philippe Richert a reçu le soutien à la fois de Manuel Valls et de Nicolas Sarkozy.

«Je ne prendrai aucun autre mandat. Etre président d’une région plus grande que la Belgique et au carrefour de l’Europe est un travail à plein-temps», explique Philippe Richert, en une claire allusion aux multiples casquettes de son adversaire frontiste. «L’ambition de cette nouvelle région est un développement économique à la hauteur de nos voisins: la Belgique, le Luxembourg, la Suisse, les Lands allemands du Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat. Nous pourrions devenir la Bavière», répète Philippe Richert. On l’interviewe à même l’estrade. Pas de service d’ordre. Pas de filtrage dans la Marne. On est très loin de la distance des politiciens parisiens et de leurs mesures de sécurité. On s’en étonne.

«Vous êtes, comme Florian Philippot, venu faire campagne en prenant le TGV?» plaisante Philippe Richert, 62 ans, la voix cassée. Développement économique et parachutage du Parisien Florian Philippot, chantre de «l’économie administrée à la cubaine», sont ses deux axes d’attaque contre le vice-président du FN, qui restait sur deux échecs locaux.

La fusion…

Alors, pourquoi ce revers de la droite? La mauvaise gestion de la fusion des trois régions serait l’un des ferments du vote FN, en plus du chômage en Lorraine et en Champagne-Ardenne. La colère et l’incompréhension face à la décision du gouvernement ont été les sentiments qui ont dominé parmi les 5,5 millions d’habitants d’une entité qui va des portes de Paris jusqu’à Bâle. Le FN en aurait beaucoup joué lors de sa campagne. C’est du moins ce que racontent devant la salle Michel, Marc et Guy. Ces trois sexagénaires, cravate au cou et cigarette à la main, figurent sur les listes de l’union de la droite.

«Notre programme? La sécurité économique. Nous avons 60 000 frontaliers. Strasbourg a une université qui travaille davantage avec celle de Karlsruhe qu’avec celle de Metz. On doit rester grands. Et Florian Philippot veut boucler les frontières», dit l’un. «Les jeunes ont oublié la violence de Jean-Marie Le Pen et se laissent charmer par le côté lisse de Philippot et de Marine. On commence comme ça et on finit par Struthof», expose l’autre. L’évocation du camp de concentration nazi paraît embarrassante… Et de désamorcer en plaisantant: «Le FN n’aura pas l’Alsace, ni la Lorraine, ni la Champagne-Ardenne.»

Le troisième est, lui, résolument conquérant: «On joue notre avenir! Les voix, on va aller les chercher partout. Les socialistes vont nous aider un peu. Et aussi les écologistes et le Front de Gauche qui ne veulent pas du FN. Et surtout les régionalistes, qui sont tout sauf des extrémistes de droite», nous explique l’optimiste. Avec 4,73%, la liste régionaliste devrait en effet venir soutenir Philippe Richert.

Richert, vrai rassembleur

L’homme est réputé modéré, respectueux des autres familles politiques. Un atout pour ce président sortant de l’ex-Conseil régional d’Alsace à la très longue carrière politique. Philippe Richert avoue ainsi que cette campagne est la plus difficile et curieuse de sa vie politique. Le matin même, il tractait sur un marché avec Jacques Fernique, le leader des écologistes en Alsace. Les maires socialistes des villes de Metz, Strasbourg et Verdun ont tenu une conférence de presse pour appeler à le soutenir lui plutôt que le socialiste rebelle Jean-Pierre Masseret.

Le scrutin est très incertain. «On y arrivera, j’ai marché dans un Scheisse Track (ndlr: tas de merde en alsacien) pour nous porter bonheur», raconte le plus bavard des trois colistiers. Vendredi encore, un sondage donnait Philippe Richert à 43%, devant Florian Phi lippot à 41% et Jean-Pierre Masseret stable, à 16%.


Derniers sondages et ultimes échos de campagne

En tête dans six régions sur treize lors du 1er tour, le FN a électrisé les régionales. La France sous tension a connu une véritable escalade verbale le dernier jour de campagne.

Valls et la guerre civile Si le FN l’emporte dimanche, ce sera «la guerre civile», rien de moins. Manuel Valls a tiré la sonnette d’alarme vendredi sur les ondes de France Inter.

Bartolone-Pécresse: les plaintes En Ile-de-France, le socialiste Claude Bartolone accuse Valérie Pécresse (Les Républicains) de défendre «la race blanche». La droite a porté plainte. Mais la gauche le fait aussi, car Claude Bartolone a été qualifié «d’élu mafieux» par un colistier de Valérie Pécresse.

Insultes en PACA Marion Maréchal-Le Pen (FN) et Christian Estrosi, lors d’un débat, se sont tous deux traités de menteurs en public. L’ambiance est tendue en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Marine Le Pen battue Selon un sondage publié hier par La Voix du Nord, la liste conduite par le candidat des Républicains Xavier Bertrand passerait en tête avec 53% des voix contre 47% pour la présidente du FN dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

Marion Maréchal-Le Pen battue d’un rien… Selon plusieurs sondages, en PACA, Christian Estrosi (avec 51%) doublerait d’un cheveu la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, qui pointe à 49%. On reste dans la marge d’erreur.

En Auvergne-Rhône-Alpes, c’est plus que serré Le dernier sondage donne une très légère avance au candidat de la droite, Laurent Wauquiez, sur son adversaire socialiste, Jean-Jack Queyranne, avec 38% et 37% d’intentions de vote.

Le PS haut la main en Midi-Pyrénées La liste Delga (PS-PRG-EELV-FG) recueille 43% d’intentions de vote, devant celle emmenée par le FN Louis Aliot (35%) et celle de Dominique Reynié (LR, UDI, MoDem, CPNT), à 22%.

A Paris et région, c’est Valérie Pécresse Elle l’emporterait de justesse (42%) devant son rival socialiste Claude Bartolone (40%). Normal donc qu’ils soient tendus.

Créé: 11.12.2015, 21h58

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