Emmanuel Macron lance un débat sur l’immigration pour conforter sa stature

FranceLe gouvernement français durcit le ton sur l’asile, déclenchant la fureur de Marine Le Pen, dépossédée de son thème favori.

Image: Keystone

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Cela fait maintenant trois semaines, depuis que le président Macron a évoqué la question de l’immigration, que la France est violemment divisée. Débat scandaleux ou légitime? Manœuvre politique pour chasser sur les terres du Rassemblement national ou lucidité d’un dirigeant qui aborde les problèmes «en face»?

Avec habileté, Emmanuel Macron a lancé le thème par petites touches, d’abord devant ses propres députés, en les mettant au défi de ne pas être «un parti bourgeois». Car, leur a-t-il expliqué, «les bourgeois n’ont pas de problème avec (l’immigration): ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec…» Puis il a relancé le thème dans une interview accordée à Europe 1, où il affirmait que «pour pouvoir accueillir tout le monde dignement, on ne doit pas être trop attractif», laissant entendre que la France l’était trop.

Ces paroles présidentielles un peu énigmatiques servaient de bande-annonce publicitaire au débat qui s’est tenu lundi devant l’Assemblée nationale. Un débat inhabituel, sans projet de loi ni vote, mais qui se voulait l’occasion pour le gouvernement de faire une déclaration d’intentions. Le premier ministre, puis les ministres des Affaires étrangères, de l’Intérieur et de la Santé se sont succédé à la tribune.

Un tel déploiement gouvernemental, c’est chose rare. Édouard Philippe a dressé le diagnostic d’un système «saturé», avec 123'000 demandes d’asile en 2018, en augmentation de 22% contre une baisse de 10% en Europe. Ce qu’il oublie de dire, c’est que la France partait de très bas: en regard de sa population, ces 123'000 demandeurs ne la classent qu’au 11e rang de l’UE. La Suisse s’est félicitée en 2018 d’un chiffre très bas, mais ses 15'255 requérants représenteraient, en proportion de la population française, 120'000 personnes…

En dehors de ce constat alarmiste, Édouard Philippe s’attache surtout à faire la liste des mesures qu’il ne veut pas: il n’y aura pas d’«immigration zéro», il ne craint pas le «grand remplacement» et condamne ceux qui l’annoncent (allusion à Éric Zemmour et applaudissements dans la salle) et enfin il est hors de question de supprimer le droit du sol.

Alors, que propose son gouvernement? Jean-Yves Le Drian explique que l’aide au développement doit être conditionnée au rapatriement des requérants déboutés; Christophe Castaner assure qu’il faut appliquer avec rigueur la loi révisée l’an dernier; Agnès Buzyn annonce que l’aide médicale d’État (soins garantis gratuitement) doit être maintenue, mais que les conditions d’octroi seront révisées pour éviter les abus de ceux qui viennent uniquement pour se faire soigner.

À part ce dernier point, qui est nouveau, l’essentiel des mesures annoncées est en réalité déjà appliqué. Qu’importe, en se profilant sur le thème, Emmanuel Macron s’est donné un profil «régalien», provoquant la fureur de Marine Le Pen, qui dénonce «un débat sans vote et sans décision, comme s’il s’agissait d’un théâtre de lycée».

À l’opposé, Jean-Luc Mélenchon accuse le gouvernement «d’injecter le poison et la défiance dans les veines du pays». Un débat, au fond, où chacun a tenu son rôle…

Créé: 07.10.2019, 22h33

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