Comment Emmanuel Macron a perdu son pouvoir d’attraction

ANALYSELa démission de Gérard Collomb traduit un reflux plus profond. Des ministres qui partent ou envisagent de le faire.

Emmanuel Macron a fini par accepter la démission de Gérard Collomb. La Macronie entre dans une zone de fortes turbulances...

Emmanuel Macron a fini par accepter la démission de Gérard Collomb. La Macronie entre dans une zone de fortes turbulances...

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La scène aurait été inimaginable il y a quelques mois à peine. Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur et premier des «marcheurs», remettant lundi sa démission à Emmanuel Macron, qui la refuse. Avant d’insister ce mardi pour partir! Qu’il est loin le temps – il remonte aux législatives de juin 2017- où tout le monde voulait sa photo à côté de celle du président sur les affiches. C’était alors le gage d’un succès politique. Un an et demi après la présidentielle, ce sont les forces centrifuges qui sont désormais à l’œuvre. «Tant que le macronisme était signe de victoire, on venait vers lui. Ce n’est plus le cas», analyse Jean-Daniel Levy, directeur du département politique et opinion de l’institut Harris Interactive. «Un des éléments qui faisaient la force d’Emmanuel Macron, c’était le sentiment qu’il maîtrisait les choses. Or les Français ont maintenant le sentiment qu’il ne maîtrise plus ni son gouvernement, ni l’efficacité de son action.»

Avant Gérard Collomb, Nicolas Hulot avait quitté le gouvernement avec le fracas que l’on sait. L’hémorragie n’est peut-être pas près de s’arrêter. Alors que les élections municipales de 2020 sont déjà dans les têtes, plusieurs ministres songent à prendre le large. Même le Premier ministre n’a pas exclu dès 2020 un retour au Havre. «Je me pose parfois la question», a admis Edouard Philippe dans l’Emission politique, la semaine dernière, sur France 2. Le signe d’une démonétisation du macronisme? Personne sur le banc de touche

Si Emmanuel Macron a retenu (un instant) Gérard Collomb, c’est dit-on parce que la démission du ministre de l’Intérieur ne correspondait pas à un moment politique. Mais c’est aussi parce que le banc de touche est très dégarni. Qui pour le remplacer? Le casting avait déjà été difficile pour trouver un successeur à Nicolas Hulot.

En 2017, le candidat avait réussi à aimanter les plus coriaces. Même le centriste François Bayrou, qui brûlait encore de partir à la conquête de l’Elysée, avait renoncé à son ambition présidentielle. «C’est qu’il sentait qu’il se passait quelque chose d’inédit et que ce jeune candidat pouvait dynamiter les vieilles structures politiques», dit Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop. Mais un an et demi plus tard? «Bayrou et son Modem se sentent insuffisamment pris en compte et le font savoir», poursuit le politologue. «Il m’arrive d’avoir des impatiences», a confessé récemment François Bayrou.

Les Européennes...

Les juppéistes, après avoir placé l’un des leurs à Matignon, devaient poursuivre leur lune de miel aux Européennes, pensait-on. Mais à huit mois de l’échéance, le centre droit n’est plus sûr du tout d’offrir au président la grande liste dont il rêve, qui irait de «Daniel Cohn-Bendit à Alain Juppé». Il envisage de présenter une liste en solo, voire de revenir au bercail de la droite LR.

Pour les municipales de 2020, les maires des grandes villes qui envisageaient de s’allier avec le parti présidentiel, se mettent aussi à douter, à l’instar du maire de Nice, Christian Estrosi. «Les attentes et les doutes n’ont fait que s’amplifier», reproche-t-il au président.

Des mots qui font mal

A sein de la République en marche l’effet d’attraction aussi s’est grippé. «Il y a plus de gens qui adhèrent que de gens qui partent», mettait récemment en avant le délégué général du parti, Christophe Castaner. Il n’empêche. Que Manuel Valls qualifie son départ à Barcelone de «choix personnel», passe encore. Mais quand une députée LREM, Frédérique Dumas, claque récemment la porte, cela fait des dégâts. Elle dénonce «un oubli des fondamentaux du macronisme, et la mainmise de technocrates hors sol, voire cyniques, sur les réformes.» Des mots qui font mal.

«Le lien avec le pays s’est délité», analyse Stéphane Rozès, président de Cap (conseils, analyses et perspectives). «Or c’est ce lien qui fait que les gens se regroupent autour du président ou pas.» Mais pour le politologue, la démission refusée de Gérard Collomb, comme celle de Nicolas Hulot ou même l’affaire Benalla ne sont que l’expression de ce délitement et non la cause de celui-ci.

Rebondir?

«Il faut revenir aux origines du lien entre Emmanuel Macron et le pays. Le mandat que lui ont confié les Français, c’était de restaurer la souveraineté de la nation en transformant le pays, glisse Stéphane Rozès avant de poursuivre: Pour cela, il fallait dans un premier temps des réformes structurelles. Dans un deuxième temps, il fallait que ce travail soit relayé par une relance politique et économique de l’Europe. Mais à partir du moment où Angela Merkel a dit non, la mécanique macroniste s’est délitée. Emmanuel Macron n’a plus été capable de dire aux Français pour quoi il exigeait d’eux des efforts, de définir son cap.»

Comment rebondir, s’il en est encore temps ? Les résultats ne sont pas seuls attendus. «Emmanuel Macron est critiqué pour ce qu’il est (ndlr: on lui reproche de l’arrogance) et pour ce qu’il fait (ndlr: sa politique est perçue comme tournée vers les riches), estime Jean-Daniel Lévy. «Il doit donner des éléments de clarification». JOËLLE MESKENS

Créé: 02.10.2018, 18h16

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