L'enfer des migrantes sur la longue route de l’Europe

Agressions sexuellesL’affaire de Cologne a ébranlé les pays européens. En silence, les femmes migrantes aussi endurent le pire dans leur périple.

Des migrants qui attendent à un point d'enregistrement à Presevo, en Serbie, juste après passé la frontière avec la Macédoine.

Des migrants qui attendent à un point d'enregistrement à Presevo, en Serbie, juste après passé la frontière avec la Macédoine. Image: AP

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«A l’hôtel en Turquie, un des types qui travaillaient avec le passeur, un Syrien, m’a dit que si je couchais avec lui, je paierais moins ou même rien du tout. Evidemment, j’ai refusé, c’était dégoûtant», raconte Hala, 23 ans, une Syrienne d’Alep. «Une amie, qui n’avait plus d’argent, s’est aussi vu proposer une place dans un bateau en échange de sexe. Elle a dit non bien entendu, et elle n’a pas pu quitter la Turquie. Elle est toujours là-bas», poursuit Hala. «Le passeur me harcelait, il a essayé de me toucher des tonnes de fois. Le seul moment où j’avais la paix, c’est quand mon cousin était proche de moi. J’étais terrifiée, car on entendait des histoires sur des passeurs qui offraient des discounts aux femmes contre des rapports sexuels», raconte une autre Syrienne, âgée de 20 ans.

Ces témoignages figurent parmi des dizaines de récits recueillis par Amnesty International auprès de Syriennes et d’Irakiennes ayant choisi de quitter leur pays en guerre via les routes transitant par la Grèce et les pays des Balkans. Agressions sexuelles, chantage financier, mixité forcée dans des camps, mauvais traitements ont bien souvent émaillé leur parcours. Un itinéraire en tous les cas traumatisant, même quand elles ont échappé au pire.

Vêtements contre sexe

Tout au long de ce périple, les passeurs ne sont de loin pas les seuls à s’adonner à un odieux chantage sexuel. Une Irakienne de 22 ans a raconté comment un homme en uniforme, en Allemagne, lui a offert quelques habits en échange d’«un peu de temps passé avec lui». D’autres ont rapporté les mauvais traitements infligés par des policiers hongrois. «J’ai vu une femme d’Alep se faire battre par des policiers parce qu’elle les a un peu trop suppliés de la laisser partir. Et il est arrivé la même chose à une Iranienne qui demandait de la nourriture supplémentaire pour ses deux enfants», raconte Rania, 19 ans. Enceinte, elle aussi est passée par l’enfer des camps hongrois, où les migrants étaient enfermés dans de grandes cages, manquant de nourriture et de conditions sanitaires décentes. De tels abus policiers ont aussi été constatés en Grèce et en Slovénie.

Ne dormir que dans le bus

Pour survivre à ce parcours truffé de menaces pour leur intégrité physique, les femmes voyageant seules ou avec leurs seuls enfants ont mis en place des stratégies d’évitement. En Grèce, en Croatie, beaucoup ont ainsi préféré aller dormir sur la plage plutôt que de se retrouver enfermées dans des structures avec des centaines d’hommes.

«Je n’ai jamais dormi dans ces camps. Les tentes étaient mixtes et j’ai assisté à des scènes de violence. Je me sentais bien plus en sécurité dans le mouvement, surtout dans le bus, le seul endroit où je fermais les yeux et dormais. Dans les camps, on a bien trop peur de se faire toucher. On ne peut pas se plaindre par peur que cela n’interrompe notre voyage», explique Reem, une Syrienne de 20 ans qui a parcouru ces milliers de kilomètres avec son cousin de 15 ans. Pour d’autres, de simples toilettes mixtes dans les centres d’accueil, notamment en Allemagne, présentaient un grand danger. Elles évitaient de se nourrir des jours durant pour ne pas avoir à les utiliser.

Sur la base de ces témoignages, Amnesty International demande davantage d’efforts aux pays européens pour sécuriser les conditions d’accueil des femmes migrantes. «Si cette crise humanitaire se déroulait n’importe où d’autre dans le monde, on s’attendrait à ce que des mesures immédiates soient prises pour protéger les groupes d’individus les plus exposés», souligne au sein de l’ONG la responsable de programme Tirana Hassan. Mais surtout, pour Amnesty, «personne ne devrait avoir à emprunter ces routes dangereuses. Seule l’ouverture de voies légales pour rejoindre l’Europe peut mettre fin à l’exploitation de ces femmes.»

Créé: 19.01.2016, 17h41

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