L’Espagne était la cible d’une opération d’envergure

Terrorisme L’enquête suite aux deux attentats qui ont frappé la Catalogne progresse rapidement. Elle met en lumière l’action planifiée d’une cellule djihadiste composée d’une douzaine de personnes.

L'attentat a fait 13 morts et 120 blessés. Selon Lluis Trapero, le porte-parole de la police catalane, les terroristes préparaient une «attaque de plus grande envergure».

L'attentat a fait 13 morts et 120 blessés. Selon Lluis Trapero, le porte-parole de la police catalane, les terroristes préparaient une «attaque de plus grande envergure». Image: AP Photo/Francisco Seco

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Les attentats étaient coordonnés. Quelques heures après l’attaque à la camionnette-bélier revendiquée par Daech, qui a fait 13 morts et 120 blessés sur l’emblématique avenue de La Rambla à Barcelone, le scénario cauchemardesque se répétait à 120 kilomètres de la capitale catalane, dans la ville balnéaire de Cambrils. Une femme a été tuée et six autres personnes ont été blessées par une berline qui les a pris pour cible en bordure de bord de mer, peu après minuit jeudi soir. Les cinq assaillants, munis de fausses ceintures explosives, dont le chauffeur du van qui a semé la mort sur les Ramblas, ont été abattus dans les minutes qui ont suivi le drame par une patrouille des Mossos d’Esquadra, des agents de la police autonome. Selon Lluis Trapero, le porte-parole de la police catalane, les terroristes préparaient une «attaque de plus grande envergure».

Cellule djihadiste

Parmi les victimes de ce double attentat, une majorité de touristes en provenance d’au moins 34 pays, ont annoncé les autorités espagnoles vendredi. Vingt-huit blessés sont de nationalité française, dont huit sont dans un état grave, mais aucune victime suisse n’est à déplorer, a précisé le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), qui procédait encore à des vérifications.

L’enquête, elle, progresse très rapidement. Selon le quotidien El País, qui cite des sources de la lutte antiterroriste, les auteurs des deux attaques feraient partie d’une cellule djihadiste composée de douze personnes. En plus des cinq terroristes présumés abattus à Cambrils, un Espagnol et un Marocain ont été arrêtés jeudi soir à Ripoll et à Alcanar, deux localités éloignées respectivement de 100 et 200 km de Barcelone. Deux autres suspects de nationalité marocaine ont également été arrêtés vendredi à Ripoll. Le chef de la police régionale a précisé qu’aucune des personnes interpellées n’avait d’antécédent judiciaire lié à une activité terroriste et qu’il s’agissait d’individus âgés de 21 à 34 ans. Trois mandats ont par ailleurs été émis par les autorités.

Le scénario se précise

Le conducteur du véhicule-bélier de Barcelone est présenté par l’agence de presse espagnole EFE comme le frère cadet de Driss O., arrêté jeudi soir. Les documents de ce Marocain de 28 ans avaient été trouvés dans la camionnette mais d’après des médias espagnols, il se serait rendu de lui-même à la police pour signaler le vol de ses papiers. Moussa O., âgé de 17 ans, serait arrivé en Espagne le 13 août depuis le Maroc.

D’après La Vanguardia, qui cite les enquêteurs, la police a désormais établi une connexion «claire» entre ce double attentat et l’explosion de bouteilles de gaz survenue dans la nuit de mercredi à jeudi dans une maison à Alcanar, au sud de Barcelone, désormais soupçonnée d’être la base arrière des djihadistes. Un homme a été retrouvé mort dans les décombres, un second gravement blessé. Cinq voisins ont également été touchés.

La violence du souffle de la déflagration a été «entendue à des kilomètres à la ronde», selon plusieurs témoins cités par la presse espagnole. Jeudi après-midi, une seconde explosion s’est produite au passage d’une pelleteuse, dans les décombres de la maison, blessant des policiers et des pompiers, explique El Periódico. L’hypothèse d’une poche de gaz explosant au contact d’une étincelle est balayée. L’homme retrouvé la veille dans les gravats de la maison refusant de répondre aux questions, la piste d’une cache d’explosifs est alors privilégiée. Pour les enquêteurs, les terroristes «préparaient un attentat ou plusieurs. L’explosion d’Alcanar a permis d’éviter […] des attentats de plus grande envergure», a déclaré Josep Lluis Trapero, indiquant que les occupants préparaient un engin explosif. Cet «accident» aurait donc précipité le passage à l’acte.

«Pas l’amplitude espérée»

Les attentats de Barcelone et Cambrils auraient donc été commis de «manière plus rudimentaire, dans le sillage des autres attentats perpétrés dans les villes européennes, ils n’étaient pas de l’amplitude espérée» par les djihadistes, a ajouté le porte-parole de la police catalane. Citant des sources proches de l’enquête, La Vanguardia affirme que la vingtaine de bonbonnes de butane et de propane retrouvées à Alcanar aurait pu être destinée à commettre un attentat dans le centre-ville de Barcelone. La police soupçonne donc l’existence de deux cellules, l’une logistique et l’autre opérationnelle.


Une attaque au couteau suspecte en Finlande

Deux personnes sont mortes et six autres ont été blessées vendredi après avoir été poignardées dans le centre de Turku (sud-ouest de la Finlande).

Les événements se sont déroulés en plein milieu d’après-midi. Interrogée par un média finlandais, Cecilia Lundström, qui se trouvait sur la place du marché Puutori vers 15 heures, a rapporté qu’elle achetait des fleurs lorsqu’elle a entendu des cris. «On a d’abord plaisanté en pensant que c’était le week-end qui commençait. Mais après un moment, les gens ont commencé à crier en paniquant. J’ai alors vu deux personnes courir vers la place. L’un d’entre eux a couru vers une femme avec un landau. […] J’ai vu qu’il l’a poignardée dans le dos ou dans la nuque et a ensuite continué son chemin.» L’auteur présumé des agressions a été arrêté par les forces de l’ordre vingt minutes plus tard.

Cette attaque au couteau, commise quelques heures seulement après le raid sanglant d’une camionnette sur les Ramblas, a frappé les esprits. Impossible de ne pas faire le lien, plusieurs témoignages relayés sur les réseaux sociaux faisant état d’un agresseur courant après ses victimes en criant «Allahu akbar». Ce qui n’a pas été confirmé ce vendredi soir par la police finlandaise, qui refuse de parler d’acte terroriste pour l’instant. ¨

Lors d’une conférence de presse, elle a précisé que l’une des victimes avait été attaquée alors qu’elle portait secours à une autre sur la place du Marché, au centre de la ville de près de 200'000 habitants. «L’assaillant a ensuite quitté la place vers une rue très fréquentée et poignardé plus de gens», a ajouté un porte-parole de la police. Selon un représentant de l’hôpital de Turku, toutes les victimes étaient adultes. Une personne est morte sur place et l’autre à l’hôpital.

La police nationale a annoncé un renforcement des mesures de sécurité à l’aéroport d’Helsinki et dans les gares de chemins de fer de la capitale ainsi qu’ailleurs dans le pays à la suite de cette agression. «Le gouvernement suit de près la situation à Turku et l’opération de police en cours», a écrit sur Twitter le chef du gouvernement finlandais, Juha Sipilä. Le cabinet devait encore se réunir dans la soirée.

En juin dernier, les services de sécurité finlandais (Supo) avaient relevé d’un cran leur évaluation du risque d’attaque terroriste, annonçant avoir repéré une activité du groupe Etat islamique (Daech) qui pourrait viser la Finlande. En 2012, le premier ministre de l’époque avait été approché à Turku dans la rue par un homme qui tenait un couteau. N’ayant pas manifesté d’agressivité et visiblement perturbé psychologiquement, cet homme n’avait pas été poursuivi. A la fin de 2016, une élue municipale et deux journalistes avaient été tuées par balles dans une ville proche de la frontière russe, un drame illustrant le problème des armes à feu dans le pays, très répandues. Les forces de l’ordre avaient alors rapidement interpellé un homme désigné par plusieurs témoins comme le tueur.

Turku est la sixième plus grande ville de Finlande et est située dans le sud-ouest du pays, près de la côte. Une fois capitale de la Finlande et sa ville la plus peuplée, elle s’est effacée au profit d’Helsinki.

Créé: 18.08.2017, 22h26

L’essentiel

Attentat

Après Barcelone qui a fait 13 morts et 120 blessés, l’Espagne a été frappée par
une deuxième attaque sur la Costa dorada. Les terroristes préparaient une opération
de grande ampleur.

L’expert

Pour Jean-Charles Brisard, le président du Centre d’analyse du terrorisme,
la menace reste très forte
sur l’ensemble des grandes démocraties européennes.

Témoignage

D’origine catalane, la présidente du Conseil d’Etat vaudois, Nuria Gorrite, a exprimé sa sympathie aux familles des victimes.

Les touristes ont déjà oublié

«Nous avons déjà eu de nouvelles réservations pour Barcelone, pour des vacances d’automne. Et nous n’avons enregistré qu’une annulation de voyage. Quatorze clients partiront pour Barcelone ce week-end et sept pour la Costa dorada.» Michèle Hungerbuehler, porte-parole d’Hotelplan, ne note aucune panique chez ses clients qui ont réservé de prochaines vacances en Espagne. Et elle ne croit pas que les Suisses vont bouder longtemps ce pays, une des destinations phares de l’été pour les Helvètes.

Selon les statistiques du voyagiste, Barcelone est dans le top 3 des villes préférées en Europe, et la Costa dorada occupe le 9e rang des destinations balnéaires. «On ne peut pas écarter une possible stagnation des réservations à plus long terme, mais s’il n’y a pas d’autres attentats ces prochains jours, il y aura sans doute peu d’impact, assure Michèle Hungerbuehler. Les clients sont bien sûr désécurisés après chaque attentat, mais cela les rassure de savoir qu’ils peuvent bénéficier de notre expertise sur place.»

Le risque terroriste semble en effet presque entré dans les mœurs des touristes. Selon le voyagiste TUI, seuls quelques clients ont annulé leur voyage ou changé de destination suite à des différents attentats en Europe. Même constat du côté de Kuoni. «L’expérience montre que les gens ne sont plus impressionnés par ces attaques», confirme son porte-parole, Marcel Schlatter. Les voyagistes assurent faire preuve de souplesse face aux clients qui choisissent malgré tout d’annuler leurs vacances.

L’Espagne doit-elle maintenant être considérée comme une destination à risque? Dans ses conseils aux voyageurs actualisés ce matin, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) relaie les mises en garde des autorités espagnoles contre les risques d’attentats terroristes. Mais c’est principalement sur la situation tendue dans les enclaves de Ceuta et Melilla, en Afrique du Nord, que le DFAE met l’accent. En raison des flux migratoires, il arrive que les passages aux frontières soient temporairement fermés sans préavis.

Les touristes suisses, dont beaucoup voyagent par leurs propres moyens, ont heureusement été épargnés en Catalogne. Les voyagistes ont contacté tous leurs clients dans la région. Et Berne a pris contact avec les autorités locales pour s’assurer qu’aucun Helvète ne faisait partie des victimes.

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