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Les eurodéputés clouent la Hongrie d’Orbán au pilori

C’est grâce aux votes dispersés du Parti populaire européen (PPE) et de son chef, Manfred Weber, que ce vote historique a été possible.

Rapporteuse sur la question hongroise, la Verte néerlandaise Judith Sargentini a été applaudie.
Rapporteuse sur la question hongroise, la Verte néerlandaise Judith Sargentini a été applaudie.
Reuters

Un séisme vient de frapper l’Union européenne, à 250 jours des élections de mai 2019. Mercredi, le parlement de l’Union réuni à Strasbourg a demandé que la Hongrie autoritaire de Viktor Orbán soit mise au ban, lors d’un vote sans appel (448 voix pour, 197 contre). Cela a été rendu possible par la décision du leader du premier parti politique du bloc, le Parti populaire européen (PPE), dont est membre le Fidesz du premier ministre hongrois. Mercredi matin, Manfred Weber, député européen bavarois (CSU) et président de ce groupe au parlement, avait indiqué via Twitter sa préférence: «Je voterai en faveur de l’activation de l’article 7 pour la Hongrie. J’ai toujours été favorable au dialogue et je continue à l’être, mais hier je n’ai constaté aucune volonté du PM hongrois de faire un pas vers nous.»

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Edito: Europe, le temps de la grande clarification

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C’est la première fois que le pouvoir parlementaire européen demande une telle mesure, considérée à Bruxelles comme une «arme atomique». Le déclenchement de l’«article 7» du Traité européen (sur lequel le vote portait) permet de retirer le bénéfice des subventions européennes et de priver de ses droits de vote un État qui risque de violer les valeurs démocratiques de l’Union. C’est une expulsion qui ne dit pas son nom. Il fait d’un pays une sorte de mineur irresponsable.

Certes, la Pologne du PiS est actuellement sous la surveillance de ses pairs au titre de l’article 7. Mais cela avait été décidé sur une recommandation de l’Exécutif européen (la Commission), à l’encontre d’un gouvernement et d’un parti qui n’a jamais été membre du PPE. À présent, ce sont les partis qui, à l’initiative d’une députée écologiste néerlandaise, Judith Sargentini, ont parlé.

En se dressant contre Viktor Orbán, le PPE rompt avec une stratégie qui avait été la sienne depuis que son «enfant terrible», comme l’appelle son président Joseph Daul, avait commencé à modifier la Constitution hongroise, en 2011, pour s’installer dans un rôle d’autocrate. Face aux critiques virulentes de l’ancien dissident anticommuniste contre les défaillances de l’Union dans la crise migratoire, aux mesures unilatérales, comme le rétablissement des frontières intérieures, à la stigmatisation des minorités, des migrants, des organisations de la société civile, à la concentration de tous les pouvoirs entre les mains du parti Fidesz, le PPE avait jugé qu’il valait mieux tenter de garder ce mouton noir dans l’enclos. C’en est fini.

L’ambition bavaroise

Ce changement intervient sous l’impulsion d’un homme, Manfred Weber, qui brigue depuis peu la présidence de la Commission européenne après les élections de 2019, et est membre de la CSU, l’allié bavarois incommode d’Angela Merkel au gouvernement fédéral allemand. «La semaine dernière, la quasi-nomination de Manfred Weber (comme tête de liste du PPE aux élections européennes de 2019) semblait une vraie tentative de garder unies les deux âmes de la démocratie chrétienne. D’un côté la ligne Merkel, la samaritaine, de l’autre la ligne Orbán, le croisé, le défenseur de l’Occident contre les dangers qui viennent de l’Orient», explique l’historien et philosophe Luuk van Middelaar, qui a longtemps conseillé le premier président du Conseil européen, Herman van Rompuy.

Le déclenchement de la procédure reste dans les mains du Conseil des ministres des Vingt-Huit, lequel statue en l’espèce à la majorité des 4/5e. La Pologne soutiendra la Hongrie. Mais les autres? Si la gauche a largement voté contre Orbán, les députés PPE étaient divisés mercredi. Il faudra compter les voix. Une certitude, cependant, la démocratie chrétienne européenne a clairement indiqué à Orbán qu’il devait renoncer pour l’instant à son rêve, formulé dans un fameux discours en hommage à Helmut Kohl cette année, de la transformer de l’intérieur pour en faire la défenseure d’une Europe souverainiste et chrétienne. La ligne Merkel doit donc prévaloir.

Le PPE semble décidé à faire du Parti socialiste son principal concurrent, tout en se positionnant en concurrence avec les «européanistes» du groupe libéral ALDE, auquel le président français Emmanuel Macron fait les yeux doux. Il court donc le risque de voir émerger sur sa droite les défenseurs de cette Europe identitaire qui a désigné la chancelière allemande comme son ennemi numéro 1.

Césure profonde

Présent à Strasbourg mardi, Viktor Orbán a dit toute son admiration pour Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur italien, membre de la Ligue, qui n’a adhéré à aucun parti européen. La figure de proue du Rassemblement national (ex-FN) français, Nicolas Bay, n’a eu pour lui que des éloges. La césure entre une Europe identitaire et hostile aux transferts de souveraineté à Bruxelles et une autre fidèle au projet fédéraliste n’a jamais été aussi évidente.

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