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Présidentielle françaiseComment se fabrique et se propage une «fake news»

Ces rumeurs, qui infestent actuellement la campagne présidentielle, sont largement relayées sur les réseaux sociaux.

Twitter est le réseau social privilégié des propagateurs de «fake news». (Photo d'archives)
Twitter est le réseau social privilégié des propagateurs de «fake news». (Photo d'archives)
AFP

Comment sont fabriquées et propagées les fausses informations qui infestent la campagne présidentielle? Comme pour les virus, les experts savent désormais traquer les origines de ces rumeurs, relayées par des activistes sur les réseaux afin d'influencer l'opinion.

La technique est devenue standard: des attaques coordonnées lancées sur certains forums désormais connus, puis relayées par des activistes assez nombreux pour toucher une bonne partie des internautes. Un millier de relais suffisent pour qu'une rumeur monte en «trending topic» - les sujets les plus commentés - sur Twitter, jugent les experts.

Grâce à cela, un sujet au départ cantonné à des cercles militants devient visible par tous les internautes, car son hashtag apparaît sur la liste des sujets populaires en première page de Twitter.

«Pendant la campagne, la principale cible de ces 'fake news' a été Emmanuel Macron, et un peu aussi Jean-Luc Mélenchon avant le premier tour», souligne Gaël Favennec, chargé à l'AFP du site de vérification CrossCheck, réalisé en partenariat avec une trentaine de rédactions.

Extrême droite

«Ces rumeurs viennent souvent de sites proches de l'extrême droite, et les thématiques tournent beaucoup autour de l'immigration», souligne-t-il, comme dans l'exemple des accusations contre Alain Juppé sur une supposée grande mosquée de Bordeaux.

«Sur M. Macron, on a eu droit à tout. C'est sidérant», remarque-t-il. «Ce serait le candidat de la CIA; il serait financé par l'Arabie saoudite, voudrait rétablir la charia à Mayotte, supprimer les allocations familiales, taxer les propriétaires, se lave les mains après avoir serré celles des ouvriers...» Autant d'allégations fausses démontées par CrossCheck.

Nicolas Vanderbiest, de l'université de Louvain, spécialiste des rumeurs sur Internet, a analysé mercredi soir, en temps réel, la diffusion de la rumeur sur le supposé compte aux Bahamas d'Emmanuel Macron, citée pendant le débat par Marine Le Pen. Le candidat d'En Marche! a déposé plainte jeudi contre X pour «faux, usage de faux et propagation de fausse nouvelle».

4Chan

Tout démarre vers 19h00 sur le forum américain 4Chan, très fréquenté par des militants d'extrême droite ou soutenant le président américain Donald Trump. C'est aussi sur ce forum qu'au lendemain du premier tour, des activistes organisaient des calomnies contre Emmanuel Macron, par exemple pour «persuader les gens qu'il est d'accord avec le terrorisme islamiste».

Mercredi sur 4Chan, deux heures avant le débat, un internaute anonyme proposait, en anglais, de faire émerger un hashtag évoquant une fraude fiscale du candidat, et a joint à l'appui de ses dires un document attribué à une banque des Caraïbes.

L'assertion est reprise par un site américain de soutien de Marine Le Pen, «Anime Right», puis dans un tweet en anglais publié à 20h37 par le site conspirationniste Disobedient Media de William Craddick, qui appartient au courant de l'«alt-right», l'extrême droite américaine.

Le tweet de Disobedient a aussitôt été relayé en boule de neige par d'autres comptes de la même tendance, comme le montre une cartographie de Nicolas Vanderbiest, puis sur des comptes américains très influents, comme celui de Jack Posobiec, un site conspirationniste, où le message est retweeté 4000 fois.

Comptes pro-russes

A 21h07 apparaissent les premiers tweets en français, rediffusés par des milliers de comptes, explique Nicolas Vanderbiest, largement par des comptes pro-Trump et pro-russes, ou par des comptes créés le soir même.

«Sur cette rumeur, j'ai identifié, aux alentours de minuit, 213 comptes francophones qui avaient partagé l'information. Dans ces comptes, 88 font partie des internautes régulièrement actifs» pour relayer des médias comme Russia Today (RT) ou Sputnik, a expliqué le chercheur à France24.

Sputnik a pour sa part précisé à l'AFP qu'il n'avait pas relayé la rumeur mercredi mais avait fait état jeudi de la plainte d'Emmanuel Macron. Les sites sous influence russe se sont fait largement entendre pendant la campagne, indique une étude de la société Bakamo Social.

Sur 10 millions de liens concernant la campagne électorale française provenant des 800 sites les plus partagés, 20% sont des sites qui contestent les médias traditionnels et 7% proviennent de sites qui republient la version française de RT ou de Sputnik News ainsi que bon nombre d'autres blogs russes écrits en français.

ats

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