Face aux abus, l’Église rend un rapport lacunaire

AllemagnePrès de 3700 cas de sévices sexuels ont été répertoriés entre 1946 et 2014. Pour les victimes, ce ne serait que la pointe de l’iceberg.

Le scandale des Petits chanteurs de la cathédrale de Ratisbonne (photo) révélé l’an dernier a montré le mutisme de la hiérarchie.

Le scandale des Petits chanteurs de la cathédrale de Ratisbonne (photo) révélé l’an dernier a montré le mutisme de la hiérarchie. Image: Reuters

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Le collège catholique Aloisius à Bonn a dû fermer en mai, faute d’inscriptions. Huit ans après le scandale des abus sexuels qui a fini par ruiner la réputation de l’établissement, les inscriptions ne suffisent plus à financer le collège. Alors qu’elles dépassaient les 140 dans les années 1990, elles n’étaient plus que 25 en 2018. Malgré tous les efforts de la direction, la confiance n’a jamais pu être rétablie.

Depuis dix ans, les affaires d’abus sexuels se succèdent dans les établissements catholiques allemands. Mais la hiérarchie reste muette. «Les victimes ont abandonné l’espoir que l’Église se tourne vers eux», constate Erika Kerstner, professeure d’instruction religieuse à la retraite et présidente d’une association de victimes.

La première tentative de faire la lumière sur les abus sexuels des prêtres allemands avait échoué en 2011. Les responsables de l’Église catholique allemande voulaient garder le contrôle sur les recherches et avaient stoppé des enquêteurs trop ambitieux. Sept ans plus tard, ils publient enfin leur rapport interne, qui sera présenté ce mardi lors de la rencontre annuelle des évêques à Fulda en Hesse.

Selon les hebdomadaires «Die Zeit» et «Der Spiegel», qui ont obtenu des extraits de ce rapport, le bilan serait de 3677 enfants et adolescents abusés sexuellement par 1670 prêtres au sein d’établissements catholiques de 26 diocèses entre 1946 à 2014. Une victime sur deux n’avait pas plus de 13 ans et une sur six a été victime d’un viol. Plus grave: les auteurs reconnaissent que les abus n’ont pas cessé pendant l’enquête.

Ampleur «accablante»

L’ampleur des révélations est «accablante et honteuse», a reconnu l’évêque de Trèves, Stephan Ackermann, chargé de cette enquête pour la conférence épiscopale allemande (DBK). «Je n’imaginais pas que tout cela soit possible», a-t-il déclaré après avoir entendu personnellement des dizaines de victimes.

Mutés plutôt que poursuivis

Mais ce rapport ne fait pas toute la lumière sur le scandale, reconnaissent les auteurs. «Dans certains cas, les dossiers ont été apparemment manipulés, d’autres détruits», disent-ils, cités par «Die Zeit». La complicité de la hiérarchie est avérée. L’Église a privilégié les mutations aux poursuites judiciaires. Seulement une agression sur trois a fait l’objet de plaintes, souvent effectuées par les victimes, rarement par les représentants de l’Église. «Quand on sait que 40% des auteurs sont des récidivistes qui ont abusé de 2 à 100 enfants, il est évident que ceux qui les ont mutés sont complices de ces crimes», accuse Erika Kerstner.

Les enquêteurs n’ont pas eu accès aux dossiers et ont travaillé sur la base des réponses aux questionnaires envoyés aux ecclésiastiques. Par ailleurs, le rapport ne comprend pas certains internats ou des institutions comme la chorale des Petits chanteurs de Ratisbonne. Le scandale du célèbre chœur d’enfants, il y a un an, avait fait prendre conscience à l’opinion que la hiérarchie catholique avait bien fermé les yeux. «Ces pratiques étaient connues. Mais il n’y a jamais eu de conséquences», avait résumé l’avocat Ulrich Weber, chargé par le clergé de faire la lumière sur l’un des plus grands scandales de pédophilie de l’Église catholique allemande. Il avait dénoncé notamment le silence complice de Georg Ratzinger, frère de l’ancien pape Benoît XVI, qui avait dirigé le chœur pendant trente ans.

«Comment voulez-vous qu’une association de coupables fasse une enquête sur elle-même?», a dénoncé Matthias Katsch, représentant d’une association des victimes d’abus sexuels. «Les évêques qui ont couvert toutes ces agressions pendant des dizaines d’années ne seront jamais nommés. C’est triste de voir que nous n’avons toujours pas avancé. Derrière tous ces chiffres se cache un abîme d’irresponsabilités», résume-t-il. Matthias Katsch, lui-même victime d’agressions sexuelles, réclame une commission d’enquête indépendante de l’État et un changement de structures dans l’Église, comme en Irlande ou en Australie.

Créé: 25.09.2018, 07h27

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