La candidate à la mairie de Cherbourg reçoit insultes et excréments

FranceSonia Krimi est candidate de La République en marche! (LREM). Reportage.

Sonia KrimiRésolument à l’aile gauche de La République en marche!

Sonia KrimiRésolument à l’aile gauche de La République en marche! Image: Mustafa Ciftci / Anadolu Agency

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Ça s’est produit par paliers, l’un après l’autre, toujours plus fort et toujours plus violent… D’abord, en janvier, ce sont des mots qu’on lui rapporte: un adversaire des Républicains aurait lâché «racaille» comme épithète. «Se faire traiter de folle, d’hystérique ou d’incompétente, ça passe encore, c’est le jeu électoral, sourit Sonia Krimi, mais racaille…» La jeune femme, 37 ans, Tunisienne d’origine et naturalisée Française en 2012, vous regarde dans les yeux sans terminer la phrase. Elle est candidate de La République en marche! (LREM) pour la Mairie de Cherbourg.

Pourtant ce n’était qu’un début. Ensuite, sur les affiches électorales, son visage a été systématiquement sprayé de noir. Puis on s’est mis à lui crever les yeux, à la déchirer. Systématiquement. «Il y a 138 panneaux dans la ville. On devait passer matin et soir, et chaque fois il fallait pratiquement tous les remplacer», ajoute Vincent Yvon, un retraité colistier et «marcheur» de la première heure. «Depuis trois jours, ça a cessé, c’est à se demander si le gars est tombé malade ou est en vacances», intervient Sonia Krimi en rigolant.

«LREM = NSDAP»

Pas de quoi rire pourtant, car début février, ce sont des excréments qui tartinent la porte de sa permanence, avant que n’apparaisse quelques jours plus tard un slogan sur la baie vitrée: «LREM = NSDAP». Et enfin une croix gammée sur une des affiches… «Là, j’ai publié un communiqué et déposé une plainte, explique Sonia Krimi. C’était à la fois du racisme et comme si on me disait: «Vous avez créé une dictature de droite, nous ne sommes plus en démocratie.»

Pour la candidate macronienne, la couleuvre est difficile à avaler. Non pas qu’elle ignore l’âpreté du combat électoral: en 2017, totalement novice en politique et très peu connue dans la région où elle s’était établie comme cadre dans une entreprise liée au nucléaire, elle avait été élue députée à la surprise générale. À l’époque non plus, les attaques n’avaient pas manqué: «On se moquait de mon bégaiement, on mettait en doute la validité de mes titres universitaires», mais rien qui n’atteigne la violence de la campagne actuelle.

«Le dossier des retraites, pas facile à gérer»

Autant l’étiquette Emmanuel Macron était porteuse au lendemain de la présidentielle, autant aujourd’hui elle est lourde à porter. «Le dossier des retraites, ce n’est pas facile à gérer. C’est là qu’on se fait plumer!» avoue avec une franchise déconcertante Vincent Yvon. «Les gens nous en parlent, et ils nous parlent aussi des hôpitaux, avec les restructurations qui ont entraîné des pertes d’emplois. Même si Sonia n’y peut rien.» Peut-être n’y peut-elle rien, mais comme députée, c’est la figure locale du parti au pouvoir, et sa permanence en fait les frais: «Les syndicats sont venus à plusieurs reprises manifester, déversant des poubelles, ou des livres, ou des chaussures. À chaque fois, c’était lié aux retraites», explique le candidat colistier.

Cela n’empêche pas Sonia Krimi d’aller au contact. Depuis la mi-janvier, à part les deux jours qu’elle assure à Paris à l’Assemblée nationale, elle passe tout son temps en campagne: «Je ne fais que ça! Les marchés, le porte-à-porte, les appels téléphoniques aux inscrits du mouvement, les réunions d’appartement chez des sympathisants… Le contact physique, c’est très important, surtout pour ceux qui ne sont pas politisés. C’est là qu’ils se souviennent de vous.»

Ce matin-là, on la suit dans la commune d’Equeurdreville, désormais rattachée à Cherbourg. «Ici, ils votent à gauche depuis plus de cent ans, et côômuniste», s’exclame Sonia Krimi en accentuant le o, comme pour en souligner l’incongruité. «Dans ce quartier, beaucoup de gens ne me saluent pas dans la rue, mais si on se croise ailleurs, certains viennent et me disent: «On va voter pour vous!» Il faut les comprendre, les postes sont donnés à ceux qui votent à gauche…»

Soit Onfray, soit Zemmour

Le boucher, lui, n’a pas ces craintes. Il interpelle Sonia Krimi sur les attaques dont elle a fait l’objet et s’en indigne: «La politique, c’est comme la société, ça devient de plus en plus violent.» Et tout en dégageant un morceau de bœuf à coups de couteau, il précise son point de vue: «On est en train de perdre nos intellectuels. Il ne reste que des gens comme Onfray et Zemmour, autant dire Mélenchon ou Le Pen. Et entre deux, plus personne. Autant dire que cela ne nous rend pas plus intelligents!»

Sonia Krimi boit du petit-lait, elle abonde dans le même sens, celui de la nuance et de la complexité. Elle n’est pas du genre à récuser la gauche ou la droite, son discours serait plutôt de les additionner: «On a tous en nous quelque chose qui nous porte soit vers Jaurès, soit vers Clemenceau, mais de là à prétendre que la vérité serait uniquement dans un des camps…»

Toujours fidèle à Macron

Ce rêve macronien du «en même temps», c’est ce qui l’a conduite à la politique. «Sans Emmanuel Macron, jamais je n’en aurais fait!» Et elle lui reste fidèle, malgré les avanies. Car Sonia Krimi, résolument à l’aile gauche de La République en marche!, a souffert au sein de son groupe parlementaire: «Pendant longtemps, j’arrivais le matin avec la boule au ventre, il y a des gens avec lesquels je ne parlais pas, je ne comprenais pas cet affolement autour de mes prises de position.» Puis elle a appris à exprimer ses désaccords sans couper les ponts avec le parti. Ce qui ne l’empêche pas d’être tranchante: «Tant qu’Édouard Philippe dirigera le gouvernement, ce sera la même méthode: beaucoup de mépris envers les députés et une tendance à ne travailler qu’avec un petit nombre de 10 ou 20% des députés, ceux qui ont fait l’ENA, ceux qui ont travaillé dans un ministère…»

Sonia Krimi n’est pas du nombre, et c’est sans doute pour cela que la charge de maire l’attire autant. Avec l’engagement concret qu’elle permet. Et quelle que soit la violence de la campagne, son enthousiasme et ses rires disent avec éloquence le bonheur qu’elle vit dans ce corps à corps passionné avec les électeurs.

Créé: 20.02.2020, 10h59

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