«Il faut que l’Europe se montre protectrice»

FranceL’ex-premier ministre français Jean-Marc Ayrault était à Genève pour parler de l’avenir de l’UE. Entretien.

L’ex-premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, était hier à Genève pour donner une conférence à l’UNIGE.

L’ex-premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, était hier à Genève pour donner une conférence à l’UNIGE. Image: EPA

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Jean-Marc Ayrault, le plus germanophile des premiers ministres français, était à Genève mercredi pour donner une conférence sur «l’Europe après les élections allemandes» à l’UNIGE, à l’invitation du Centre de compétences Dusan Sidjanski. Aujourd’hui administrateur de la Fondation Jean Jaurès, think tank socialiste, et président de la Fondation pour la mémoire des traites, de l’esclavage et de leurs abolitions, le Nantais nous a accordé un entretien au Global Studies Institute.

Quelle est la plus mauvaise nouvelle pour l’Europe après les législatives allemandes: le score de l’AfD ou la future coalition avec le FDP très frileux sur l’UE?

D’abord, il ne faut pas que la situation intérieure allemande conduise à éloigner la chancelière des décisions qui sont nécessaires à l’avenir de l’Europe. Avant les législatives, Angela Merkel se disait prête à relancer l’UE, Macron parle de refondation. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Mais l’initiative franco-allemande – qui avait pris un tour routinier – reprend du sens dans un monde bouleversé. Il faut que les dirigeants européens admettent que la crise de confiance de leurs peuples est réelle. Il faut que l’Europe se montre protectrice, qu’elle s’occupe de ses frontières, des migrants, du développement de l’Afrique. Il faut donner aux Français et aux Européens des classes populaires des perspectives de formation, d’emploi, d’aide à la mobilité, de justice sociale. En Allemagne, les minijobs ont donné des voix à l’AfD. En France, les précaires, les chômeurs, les ouvriers, les jeunes ont apporté la moitié des voix de Marine Le Pen. Quant au FDP, qui était sorti du Bundestag alors qu’il a toujours été au cœur des gouvernements allemands, il a voulu se refaire une santé en tenant un discours populiste. Il faudrait que son leader, Christian Lindner, n’oublie pas les fondamentaux de son parti, qui sont européens.

Qu’est-ce qui a le plus de mal à passer à Berlin parmi les projets exposés par le président français, mardi?

Sans nul doute, le budget européen et un ministre des Finances pour la zone euro. Mais Emmanuel Macron a ajouté qu’il n’y avait pas de ligne rouge, que c’était un horizon. C’est une réponse à Christian Lindner et au FDP. Les relations politiques et humaines entre Merkel et Macron sont bonnes. Angela Merkel attaque son quatrième et dernier mandat. Elle a su faire preuve de courage sur la sortie du nucléaire ou l’accueil des réfugiés. Elle peut prendre des risques en faisant avancer l’Europe. Face au désenchantement des Européens, leurs dirigeants n’ont pas le droit à l’échec. Il faut apporter des solutions aux gens. Lors de la présidentielle française, il s’est passé quelque chose d’intéressant: un candidat a très clairement affiché son ambition européenne et a gagné. Les Français ont eu peur de la sortie de l’euro proposée par Marine Le Pen et de la sortie des traités avancée par Jean-Luc Mélenchon. Les primaires ont eu un effet délétère en désignant, à gauche comme à droite, un candidat qui ne correspondait pas au cœur de l’électorat de LR et du PS. Et puis, la social-démocratie est en crise en France comme ailleurs en Europe, sauf peut-être au Portugal.

Vous parlez de la crise de la social-démocratie en Europe, mais n’est-ce pas aussi l’échec de Hollande et de ses gouvernements qui explique le score historiquement bas du candidat PS?

Sans doute un peu des deux. Redresser un pays, c’est coûteux électoralement. Ce quinquennat a un bilan, mais le simple fait que le président Hollande ne se représente pas a été un aveu d’impuissance. Pour remonter le PS, il faudra du temps. Emmanuel Macron a profité de l’espace ouvert par le système des primaires et des clivages transcendés sur les questions nationales et européennes. Mais le clivage droite-gauche va revenir sur la question sociale. Les électeurs de gauche ont une double exigence de justice sociale et de capacité à gouverner. L’offre de Jean-Luc Mélenchon est trop étroite. En Allemagne, le SPD, qui a fait les grandes réformes de la grande coalition de Merkel, a payé cette alliance. Il a décidé de retourner dans l’opposition.

Etes-vous devenu macroniste?

Mon engagement est socialiste et européen depuis toujours. Ce qu’il dit sur l’Europe me convient. Sur beaucoup d’autres sujets, je suis en désaccord avec lui. Sur sa politique intérieure, budgétaire ou fiscale, par exemple.

Que pensez-vous de la fusion de Siemens et d’Alstom au profit du premier?

Face au géant chinois du ferroviaire, il fallait un champion européen de cette taille. Ce qui se passe dans la construction navale, ou mieux, l’exemple d’Airbus, montre que l’on peut innover et gagner ensemble. Mais il faut aussi des mécanismes européens pour protéger nos intérêts. La France le dit. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en a parlé dans son discours sur l’état de l’Union.

(24 heures)

Créé: 27.09.2017, 21h11

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