La fiancée de Khashoggi veut une enquête internationale

GenèveHatice Cengiz est ce mercredi à l’ONU alors que les membres du Conseil des Droits de l'Homme examinent un rapport sur la mort du journaliste saoudien.

La journaliste turque Hatice Cengiz.

La journaliste turque Hatice Cengiz. Image: Keystone

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Son nom ne vous dit probablement rien. Celui de son compagnon, en revanche, est associé à l’un des crimes les plus sordides perpétrés sur un représentant de la presse ces dernières années. C’est pour épouser Hatice Cengiz, une journaliste turque, que Jamal Khashoggi est entré au consulat saoudien d’Istanbul le 2 octobre 2018. Il lui manquait une attestation de divorce de sa première épouse. «Attends-moi, ce ne sera pas long», lui a-t-il dit en pénétrant dans le bâtiment. Ne voyant pas son compagnon ressortir, elle a été la première à donner l’alerte.

Les révélations sur les circonstances de ce meurtre ont causé un scandale planétaire et une mise en accusation sans précédent du régime saoudien. Après plusieurs mois d’enquête, la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, a rendu public, la semaine dernière, un rapport qui implique le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, dans la mort du journaliste. Ce document de plus de 100 pages est présenté ce mercredi à la Commission des droits de l’homme à Genève, en présence de Hatice Cengiz.

Il ne se sentait pas menacé

La femme de 39 ans, originaire du nord de la Turquie, a rencontré Jamal Khashoggi en mai 2018, lors d’une conférence à Istanbul. Ils avaient projeté de se marier à la fin de l’année. Après des études de journalisme, Hatice a travaillé pour des organisations humanitaires engagées auprès des réfugiés syriens, puis elle s’est consacrée à une thèse de doctorat sur Daech, qui l’a fait beaucoup voyager dans les pays du Golfe. «Je lisais ses articles et le suivais sur les réseaux sociaux. Saoudien avec des origines turques, son profil, sa notoriété étaient inhabituels au Moyen-Orient», expliquait-elle dans une interview accordée à «Paris Match» ce printemps. «Nous avions une réelle convergence de vues sur beaucoup de sujets. Mais il était désespéré de ce qui se passait dans son pays», l’Arabie saoudite, qu’il a été obligé de quitter.

Jamal ne se sentait pas menacé, explique-t-elle, «ce qu’il craignait, en revanche, c’est que s’il allait au consulat, on lui confisque son passeport». Le 28 septembre, ils décident de s’y rendre ensemble, tout se passe bien, mais l’attestation n’est pas prête. Il va falloir repasser. Rendez-vous est pris pour le 2 octobre. Ce jour-là, «je ne voulais pas le laisser retourner seul au consulat. Je n’étais pas tranquille. Lui était de bonne humeur. Dans le taxi, nous avons parlé du réfrigérateur qu’on devait nous livrer», poursuit Hatice. La suite, on la connaît. Jamal Khashoggi, 59 ans, n’est jamais réapparu, son corps non plus.

Washington n’a rien fait

«Quand Jamal est mort, ils ont en même temps tué ma propre vie, mes propres plans, mes propres rêves, ils ont tué tout ce que j’avais», confiait la femme à la chaîne France 24 au début d’avril. «J’étais en train de penser à une nouvelle vie, au mariage, et je me suis retrouvée au sein d’une crise internationale. Celui que j’aimais le plus a été massacré, tué sauvagement.»

Dans une tribune publiée dans le «New York Times» le 19 juin, Hatice Cengiz écrit que «Washington n’a pas fait assez pour traduire en justice les assassins de Jamal. Washington a choisi de ne pas utiliser ses liens étroits avec Riyad pour amener les Saoudiens à révéler la vérité sur ce meurtre et à veiller à ce que les responsables soient punis.» Elle estime aussi que la mort de son compagnon doit servir à sauver d’autres vies. Notamment celles de «Salman al-Awda, Awad al-Qarni et Ali al-Omri, trois érudits réformistes emprisonnés» qui risquent d’être exécutés et pour lesquels Jamal Khashoggi s’est battu. Enfin, elle exhorte les Nations Unies à répondre à l’appel d’Agnès Callamard, qui réclame une enquête internationale sur la responsabilité de MBS et des sanctions à son encontre. «Si Jamal et ses principes ont une valeur humanitaire et morale, le moment est venu de prendre la parole», conclut-elle. C’est bien ce qu’elle a l’intention de faire ce mercredi matin à Genève.

Créé: 26.06.2019, 11h50

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