La flambée du chômage, poison du candidat Sarkozy

FrancePas encore déclaré, le président doit faire face à l’une des plus mauvaises nouvelles de son quinquennat finissant: le plus fort recul de l’emploi depuis douze ans.

Infographie: GL

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

A aboyer trop fort, le chien se prend l’os en pleine truffe. Et cet os, pour Nicolas Sarkozy, c’est l’emploi. A peine élu, le nouveau président promettait haut et fort, en juillet 2007, un taux de chômage à 5% d’ici «la fin du quinquennat». Résultat: à cinq mois des prochaines élections, jamais depuis douze ans le chômage n’a été aussi élevé en France.

Les chiffres tout juste publiés pour le mois de novembre confirment l’aggravation de la rentrée. Rien qu’en métropole, le nombre de chômeurs sans aucune activité a crû de 1,1% par rapport à octobre, et de 5,2% sur l’année, pour s’établir à 2'844'800 personnes touchées fin novembre. A rapprocher des 2'849'000 recensés en novembre 1999.

Et si on leur ajoute les demandeurs d’emploi qui ont une activité réduite, le chômage atteint désormais plus de 4,2 millions de Français. Soit 9,6% de la population active. Parmi lesquels on retrouve une plus grande proportion de jeunes de 15 à 24?ans, d’hommes, plus sacrifiés dans l’industrie et le bâtiment que les femmes dans le tertiaire, et de nouveaux inscrits à Pôle Emploi, pas seulement intérimaires ou en fin de CDD (contrat à durée déterminée), mais aussi salariés en CDI (contrat à durée indéterminée) contraints au licenciement économique.

Certes, la crise est passée et passe encore par là. Pour la première fois depuis dix-huit mois, l’économie française a détruit plus d’emplois qu’elle n’en a créés. Mi-novembre, devant Philippe Varin, PDG de PSA Peugeot-Citroën, Nicolas Sarkozy intimait que les emplois ne soient pas considérés comme «une variable d’ajustement». Peine perdue, le groupe automobile supprime 4200 postes outre-Jura, plus de 6000 en Europe, imité par les banques, principalement les branches investissement et financement du Crédit agricole, de BNP-Paribas et de la Société générale, par les laboratoires pharmaceutiques, Air France, Veolia, voire Areva.

Et même l’Etat: avec le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, plus de 31?000 postes ont disparu dans la fonction publique, dont plus de la moitié dans la seule Education nationale.

Réformes en question

Mais la conjoncture n’est pas seule responsable. Pour Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), les réformes du gouvernement comme le report du départ à la retraite et la défiscalisation des heures supplémentaires sont sujettes à caution, et «il faudrait naturellement un certain changement de politique économique». Qui n’est jamais intervenu.

Au contraire. Devant les artisans et commerçants de Rungis, Nicolas Sarkozy l’expliquait en mai 2008: «Mon objectif, c’est le plein-emploi, pas de gérer le chômage.» La fusion précipitée entre l’ANPE (l’Agence nationale pour l’emploi) et l’Assedic (l’équivalent de la caisse chômage), qui donne naissance au Pôle Emploi et désorganise l’assistance aux chômeurs, est là pour le prouver. Le pseudo-succès du «traitement très individualisé du chômage» déclamé par Christine Lagarde, alors ministre de l’Economie, ne résiste pas quelques semaines plus tard à la crise des subprimes et au retournement de conjoncture. Au deuxième semestre 2008, le chômage augmente brusquement, de 10,2%, par rapport à 2007, tandis qu’un plan de relance de 2,6 milliards d’euros, financé par la dette, plombe le déficit comme rarement.

Plans de rigueur

Au début de l’année, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, décrète la «mobilisation générale». Aussitôt grevée par les trois plans de rigueur décidés depuis l’été. Alors, les chiffres de novembre à peine annoncés, Xavier Bertrand lance d’autres sondes, pour limiter la casse – un décret pour simplifier le chômage partiel, la mise en place d’un CDI pour les intérimaires, ou la négociation d’accords emploi-compétitivité comme en Allemagne. Et attend surtout la tenue, en janvier, du sommet social à l’Elysée, qui doit réunir le chef de l’Etat et les syndicats.

La dernière chance pour Nicolas Sarkozy de provoquer un «choc de confiance», avant de déclarer une candidature à sa propre succession, bien compromise.

Créé: 27.12.2011, 22h03

Dans l’arc lémanique
Les emplois augmentent, tout comme le nombre de frontaliers

Si le chômage a cessé de baisser dans le canton de Vaud depuis quelques mois, l’heure n’est pour autant pas au catastrophisme dans les milieux politiques et économiques. La courbe oscille désormais autour de la barre des 5% d’actifs, un chiffre identique chez les Genevois. Ces pourcentages sont cependant un brin surestimés, contrairement à celui de la France, où ses gouvernements successifs sont passés maîtres dans l’art de baisser les statistiques. En Suisse, le taux de chômage se calcule, en effet, par rapport au recensement de la population de 2000, même si depuis dix ans la population de l’arc lémanique a fortement augmenté.

Avec la crise européenne, la courbe du chômage va-t-elle repartir à la hausse ces prochains mois? Directeur du Centre patronal, Christophe Reymond ne croit pas à un tel scénario. «A moins d’une catastrophe économique majeure au niveau mondial, comme la fin de l’euro, j’ai le sentiment que le chômage va rester stable. Il faut le répéter, Vaud n’est pas aujourd’hui en crise économique.» Le patron des patrons met en lumière une autre statistique. Le taux de chômage partiel, utilisé par les entreprises en difficulté, n’a pas fortement augmenté. «Sa hausse est nettement plus faible que lors de la crise de 2008, qui avait très faiblement touché la région.» Autre source d’optimisme, l’économie vaudoise continue de créer de nouveaux emplois. «Lorsque je rencontre des patrons, ils me parlent souvent de leurs difficultés à recruter», constate Christophe Reymond.

Un marché du travail vaudois en forme qui n’a pas échappé aux voisins français. Le nombre de frontaliers a pour la première fois franchi la barre des 20 000 dans le canton, cependant encore loin des 77 000 se rendant chaque jour à Genève.

La Haute-Savoie connaît d’ailleurs un taux de chômage plus faible que la moyenne française, avec seulement 7,1%. La prospérité de l’arc lémanique ferait-elle diminuer aussi le chômage de l’autre côté du lac? Peut-être, mais l’ensemble de la région Rhône-Alpes est aussi l’une des plus prospères de l’Hexagone. Les Haut-Savoyards sont cependant les premiers à se plaindre de l’arrivée massive, ces derniers mois, de compatriotes d’autres régions, et notamment du nord de la France, attirés par l’eldorado suisse. Un phénomène qui provoque désormais une flambée des loyers du côté d’Evian et de Thonon.

Mehdi-Stéphane Prin

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.