Florian Philippot parti, le FN va-t-il se recroqueviller à 16%?

FranceLe «gaucho-lepénisme» porté par l’ex-numéro 2 du FN a vécu. En abandonnant la ligne sociale, Marine Le Pen peut se relancer sur l’identité mais elle prend le risque de voir son parti se rétracter. Analyse.

Pour Pascal Perrineau, «au FN, on gère l’échec avec une autocritique proche de zéro: il fallait un bouc émissaire.» Marine Le Pen a poussé Florian Philippot

Pour Pascal Perrineau, «au FN, on gère l’échec avec une autocritique proche de zéro: il fallait un bouc émissaire.» Marine Le Pen a poussé Florian Philippot Image: AFP

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«La départ de Florian Philippot, c’est la victoire de l’appareil du FN. Il éjecte celui qui n’avait jamais réellement trouvé sa place au FN, malgré son influence auprès de Marine Le Pen!» Pour Pascal Perrineau, directeur du Centre de recherche de Sciences-Po Paris, ce départ est la «queue de comète d’un mouvement qui avait commencé dès le lendemain du débat raté!» Toute la journée en effet, et notamment sur les réseaux sociaux, on a pu constater le contentement de nombreux militants du FN suite au départ de Florian Philippot.

Le désormais ex-numéro 2 du FN a claqué la porte du FN sur un plateau matinal d’une émission de TV. Presque normal, pour ce jeune politicien très présent dans les médias. Florian Phillipot, avec son sens de la formule qui lui vaut tant d’invitations médias, a encore une trouvé la bonne formule: il dit ne pas vouloir être «président à rien». Car la veille, Marine Le Pen lui retirait toutes les compétences, sauf le titre, qui faisaient de lui un rouage essentiel du FN.

«Je n’ai pas le goût du ridicule et je n’ai jamais eu le goût de ne rien faire. Donc je quitte le Front national.» Et Florian Philippot de dénoncer le «prétexte» de la création de sa propre association «les Patriotes». Une double casquette insupportable pour Marine Le Pen qui dirige désormais un «FN nouveau en voie de radicalisation». Soit un «retour en arrière vers ses vieux démons», aurait confié à ses proches Florian Philippot qui était le principal acteur de la «dédiabolisation» du FN.

«Comme toujours au FN, on gère l’échec avec une autocritique proche de zéro: il fallait un bouc émissaire»

«La ligne gaucho-lepéniste du FN s’efface», analyse Dominique Reynié, directeur de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol - un think tank ancré à droite). En effet, la tension au sein du FN entre les différents courants n’a cessé de monter depuis le naufrage de Marine Le Pen lors du débat de l’entre-deux tours de la présidentielle face à Emmanuel Macron.

«Mais comme toujours au FN, on gère l’échec avec une autocritique proche de zéro: il fallait un bouc émissaire. Florian Philippot était protégé tant que les résultats étaient là. Mais la déconvenue a été grande», met en évidence Pascal Perrineau. Qui rappelle par ailleurs que la ligne sociale du FN avait été amorcée par Marine Le Pen elle-même alors qu’elle était directrice de campagne de Jean-Marie Le Pen en 2007. Le talent de Florian Philippot est d’avoir réussi à mettre en musique cette ligne politique. Et d’insister que la complicité entre les deux était bien réelle.

La tendance de fond
«Et il ne faut pas oublier que Marine Le Pen a gagné 3 millions d’électeurs lors de l’entre-deux tours. En 2012, elle avait déjà fait un score supérieur à celui de son père et de Bruno Mégret en 2002 réunis. Il y a une tendance de fond du renforcement du FN, malgré les accidents de parcours. Comme le débat», insiste Dominique Reynié.

Le professeur de sciences politiques à Sciences Po insiste d’abord sur le rôle joué par la peur de la sortie de l’euro. Pour lui, cette crainte pèse davantage que l’autoritarisme ou les thèses antimigratoires du FN. «Les Français préfèrent l’euro à l’Europe. L’euro, c’est la valeur de ses biens même si on n’a pas grand-chose. L’erreur de fond de Marine Le Pen est d’avoir voulu miser sur l’identité – le patrimoine immatériel – et sur le patrimoine matériel, l’économie. Or jouer avec l’euro, c’est le menacer. Et les Français savent qu’un euro vaudra toujours plus qu’un franc. On n’est pas économistes mais on le sait.»

Relancer la ligne identitaire
Tous les observateurs rappellent que Jean-Marie Le Pen, en 2011, avait rendu attentive sa fille au fait que la sortie de l’euro constituerait une barrière infranchissable. Le prochain congrès du FN aura lieu en 2018, entre «janvier et mars», avertit Marine Le Pen qui dit vouloir «tout changer» et «clarifier la ligne».

La clarification réalisée, Florian Philippot peut-il devenir le champion d’un nouveau parti «patriote et anti-euro»? Dans les instances du parti, les «philippostistes» sont rares. Au contraire des conseils régionaux. Mais on est sans doute plus proche d’une aventure personnelle que d’une réelle scission comme en 1998 avec Bruno Mégret. Pour Pascal Perrineau, Florian Philippot est sans avenir politique.

Un parti en manque de cadres
Le politologue Dominique Reynié assure, lui, que Marine Le Pen peut aisément relancer le parti en s’appuyant sur la ligne contestataire et identitaire. «Immigration, insécurité, islam restent les trois principes de base des populismes européens. Et aucun gouvernement n’est arrivé pour l’instant à donner une réponse satisfaisante pour les gouvernés!» fait-il remarquer.

Pascal Perrineau n’y croit pas vraiment et voit le FN se rétracter sur ses 16 à 18% historiques de 2012. «Florian Philippot et les siens étaient le cache-misère d’un parti qui manque de cadres et de personnalités», fait remarquer le chercheur à Sciences-Po. Pour ce dernier, l’échec du débat illustre non pas une crispation sur la question de l’euro, mais une demande de compétence de la part des Français, inclus les électeurs du FN, à laquelle Marine Le Pen n’a pas répondu.

Créé: 21.09.2017, 21h29

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