Le FN fait congrès en attendant Marion

ReportagePeut-être pour la dernière fois, le FN s’assemble sous ce nom. La nièce de Marine Le Pen, l’espoir des frontistes. Steve Bannon en vedette américaine des frontistes.

Photo d'illustration: Marine Le Pen.

Photo d'illustration: Marine Le Pen. Image: DR

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Un crachin persistant brumise Lille, la capitale des Hauts-de-France qui accueille le seizième Congrès du Front national, peut-être le dernier sous ce nom puisque demain Marine Le Pen en proposera un autre, tout neuf, pour symboliser le caractère «parti de gouvernement» qu’elle veut imprimer à sa formation. D’ailleurs, le badge délivré aux journalistes ne mentionne plus le Front national; seule la flamme de l’insigne frontiste y figure avec la mention «XVIe Congrès pour un nouveau Front».

Le moral des militants frontistes semble à l’unisson de cette météo très nordiste. Il faut dire que les effectifs de leur parti ont fondu passant de 100 000 en octobre 2017 (selon Marine Le Pen), à 81 000 en novembre (d’après la direction du FN), puis à 51.487 en décembre (même source). De plus, depuis 2014, 25% des conseillers municipaux élus sur une liste FN ont démissionné de cette formation.

Les querelles internes, les affrontements au sommet du Front et la piètre prestation de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle l’an passé ont affaibli le Front national qui jusqu’à un passé récent avait le vent en poupe. Dans les couloirs de Lille-Grand-Palais, les fidèles de Marine Le Pen s’efforcent de faire bonne figure devant les journalistes en défendant la patronne du FN, telle cette congressiste qui se revendique «militante de base» : «Si le Front national est parvenu à progresser comme ça depuis des années, c’est à Marine qu’on le doit. Et pas même à son père qui est devenu un peu trop «people» à mon goût.» En effet, Jean-Marie Le Pen – qui a boudé Lille – ne sera plus président d’honneur puisque cette charge honorifique sera supprimée par les nouveaux statuts.

Et l’effondrement de la candidate frontiste face à Emmanuel Macron entre les deux tours de la présidentielle? La congressiste rétorque : «Macron a réussi à mieux se préparer parce qu’il a plus d’argent. Et puis, il peut compter sur vous autres les journalistes qui soutenez à fond Macron. Elle a eu bien du courage, Marine pour affronter tout ça!»

En surprenant les conversations entre militants, les opinions sont plus contrastées. «Dans ma commune, j’ai un notable centriste qui vote Front national au premier tour des élections, mais jamais au second. Et il n’est pas le seul. Ce second tour, c’est un vrai boulet». Allusion est ainsi faite à ce phénomène qui s’est confirmé aux élections municipales, départementales, régionales et nationales : les candidats FN font de brillants résultats au premier tour et s’effondrent très souvent au second. A commencer par la présidente frontiste elle-même. Ce qui fait murmurer un autre congressiste : «Marine, quand même, elle n’a pas été bonne. Vivement que Marion reprenne la politique».

L’Arlésienne du Congrès

L’ex-députée du Vaucluse est l’Arlésienne de ce Congrès. Elle en est absente. Mais ô combien présente dans les conversations. Officiellement, Marion Maréchal-Le Pen s’est retirée de la politique active pour faire ses expériences dans le monde de l’entreprise.

Toutefois, personne n’est dupe. Toute sa stratégie démontre qu’elle prépare son retour dans l’arène et tisse sa toile avec un savoir-faire de vieux briscard, sans doute son grand-père Jean-Marie n’est-il pas bien loin. Le 22 février dernier, Marion Maréchal-Le Pen fait sensation en participant au grand congrès des conservateurs américains, le CPAC, et en lançant, façon Trump son slogan «France d’abord». Depuis des années, sa tante Marine avait tenté en vain de participer au CPAC. Sa nièce a donc réussi là où la cheffe frontiste avait échoué. Il faut dire que cette dernière ne sait pas un mot d’anglais, contrairement à la benjamine du clan Le Pen.

Régulièrement, Marion Maréchal-Le Pen intervient dans des « tribunes libres », notamment à Valeurs Actuelles. Elle peut disposer de réseaux discrets influents au sein de la droite radicale française, notamment ceux activés par le groupe Audace qui réunit des entrepreneurs proches du Front national ainsi que par le mensuel L’Incorrect qui se veut passerelle entre Les Républicains et le Front national. Décidément fort active, la nièce vient de lancer une «académie de sciences-politiques» destinée à détecter les futurs dirigeants des droites dures françaises et à les former.

C’est d’ailleurs la tactique que défend Marion Maréchal Le Pen : s’unir avec les autres formations de la droite radicale, même avec le parti Les Républicains dirigé par Laurent Wauquiez dont le discours se «frontise» de plus en plus. Cela dit, le but de Wauquiez n’est pas de s’unir avec un FN nouvelle manière mais d’en siphonner l’électorat, comme l’avait fait Nicolas Sarkozy en 2007.

La ligne Marion contre la ligne Marine

La ligne politique de la nièce de Marine Le Pen est partagée par un grand nombre de dirigeants locaux et nationaux du FN : libéralisme sur le plan économique et conservatisme rigoriste sur le plan des mœurs. En cela, elle se sépare de sa tante, toujours partisane du ni gauche ni droite, plus interventionniste sur le plan économique et plus libérale sur le plan des mœurs.

Signe qui ne trompe pas : l’un des hommes-clé du Front, Nicolas Bay (chef de file des eurodéputés frontistes) se rapproche de plus en plus de Marion Maréchal Le Pen. Cela dit, la nièce n’a pas du tout l’intention de s’opposer, si l’on ose dire, frontalement avec sa tante. Lors de la prochaine élection présidentielle, elle n’aura que 32 ans. Marine Le Pen, elle, a grillé ses cartouches en affrontant Emmanuel Macron et a démontré une incompétence que même les frontistes semblent avoir actée, sans le dire ouvertement. De plus, une batterie de «casseroles» judiciaires tintinnabule sur son passage. Marion Maréchal-Le Pen a donc tout intérêt à laisser sa tante se débattre dans les querelles internes du parti, en attendant le moment idoine pour prendre la tête de l’extrême-droite sans coup férir.

Steve Bannon fait son show

Invité-surprise de ce XVIe Congrès, l’ancien conseiller stratégique de Donald Trump Steve Bannon a réveillé ce Congrès un brin soporifique. Cela dit, la présence de l’ancien animateur du site d’extrême-droite américain Breitbart, n’a pas fait que des heureux au sein du FN. Ainsi, le député Gilbert Collard, proche de Marion Maréchal-Le Pen a-t-il désapprouvé l’invitation de cet agitateur de la sphère raciste américaine. Néanmoins, le show offert pendant quarante minutes par Steve Bannon a été fort apprécié par les congressistes. Il a dessiné un vaste tableau complotiste où les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) s’interpénètrent avec les banques centrales et les gouvernements pour voler les données personnelles, détruire le pouvoir d’achat des travailleurs et des classes moyennes, sous l’œil complaisant des médias que Bannon s’est empressé de faire siffler par l’assistance, fort habituée à ce genre de réflexe. Il s’est attaché – en soulignant son propre rôle – à retracer la campagne électorale de Trump, victime selon lui de campagnes de dénigrement systématique : «Vous vous battez pour votre pays et on vous traite de raciste. Ce genre de propos dégueulasses, c’est terminé!», s’exclame-t-il, après avoir salué Marine Le Pen et le Front national, de même que la Ligue italienne, les partis nationalistes de Pologne et de Hongrie. Il termine par cette formule fort applaudie : «L’Histoire est avec nous».

Créé: 10.03.2018, 18h57

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