«Les Français sont moins conservateurs que leur classe politique»

InterviewXavier Bertrand joue son va-tout en se présentant à la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Un tremplin pour la primaire de l'UMP.

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Premier candidat à avoir annoncé sa candidature pour la présidentielle 2017, Xavier Bertrand joue la carte du provincial bien «réseauté» et de la droite humaniste version Philippe Séguin.

Politicien attachant qui se réclame proche du terrain, ex-secrétaire de l’UMP (2008 - 2010), il vient de se déclarer candidat à la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, en décembre 2015. Une victoire dans la troisième région de France, face à Marine le Pen qu’on présume candidate, serait un formidable tremplin en vue de l’Elysée pour l’ex-ministre sous Jacques Chirac puis sous Nicolas Sarkozy.

L’interview a été réalisée avant les attentats de Paris.

– Le discours politique dominant en France est celui de l’homme providentiel, de la force, de l’homme qui sait?
– Il n’y aura pas un second général de Gaulle. Le concept du président normal a été une folie, mais celui de l’homme providentiel en est une également. La France a besoin d’élire des hommes et des femmes politiques qui ont conscience que ce mandat n’est pas normal, mais qui sont à même de rétablir la confiance: promettre beaucoup moins et accomplir davantage. Les Français attendent qu’on leur propose une vision forte, mais il faut aussi des respirations: c’est à cela que sert la consultation référendaire.

– Le FN semble justement être le parti le plus en phase avec la population?
– Mme le Pen met en avant tous les problèmes, les amplifie mais n’apporte aucune réponse. En clair, elle dit: «ça va mal, vous allez mal. Je suis là!» Ce n’est pas un projet. Si Mme le Pen arrivait au pouvoir ce serait un vrai drame pour le pays. Mais nous ne pouvons pas nous contenter de dire ça. Pour être crédibles, nous avons le devoir de redevenir les premiers opposants. C’est l’enjeu pour l’UMP de tenir un langage de vérité. De dire pourquoi nous en sommes arrivés là: à ce taux de chômage hallucinant, à cette insécurité croissante, et à cette dette abyssale. Le sentiment de déclassement des Français doit être combattu non dans les discours mais dans les actes.

– Ne craignez-vous pas que dans la logique gaullienne - tous derrière le chef - Nicolas Sarkozy ait pris une longueur d’avance sur tous ceux qui, comme vous, êtes candidat à la primaire?
– Il y a d’une part l’UMP qui a besoin d’être reconstruite pour être en mesure de jouer son rôle d’opposant à la politique désastreuse de François Hollande. C’est la responsabilité de l’UMP de ne pas laisser cette place-là au Front national. Ensuite, viendra le temps de la campagne pour l’élection présidentielle qui s’inscrit désormais dans la logique des primaires afin de désigner le meilleur candidat, le plus à même de l’emporter. Et les primaires sont à la fois une révolution et une bonne chose pour la droite française.

– Pourquoi une révolution?
– La primaire signifie que le candidat de la droite et du centre ne sera plus désigné par les états-majors ni même les seuls militants mais par tous les électeurs de la droite et du centre. Ce sont deux logiques différentes : d’un côté un parti restreint à ses seuls adhérents ; de l’autre, la rencontre du ou de la candidate, de ses idées, avec l’ensemble des électeurs de la droite et du centre. Voilà pourquoi l’élection à la tête du seul parti ne désigne plus automatiquement le candidat à la fonction présidentielle.

– Le nouveau président de l’UMP le pense aussi?
– Nicolas Sarkozy n’est pas revenu pour la seule présidence de l’UMP, mais parce qu’il a envie d’être à nouveau candidat à la présidentielle. Il sera donc candidat à la primaire, évidemment.

– Mais Nicolas Sarkozy président de l’UMP, la primaire à laquelle vous êtes candidat est-elle toujours aussi ouverte?
– Je suis sûr que oui.

– Ceux qui ont fait campagne pour la présidence de l’UMP ne disposent-ils désormais de davantage de visibilité médiatique pour porter leurs idées auprès des militants?
– L’automne 2016 est encore loin ! Et je le redis, ce sont deux choses bien différentes. Pour ma part, j’ai fait un choix de cohérence. Je n’ai pas voulu être candidat à la présidence de l’UMP parce que j’ai fait le choix de poursuivre mon travail de réflexion afin de construire un véritable projet pour mon pays. Et ne pas être candidat à l’UMP ne m’a pas empêché de continuer à porter mes idées, telles que le septennat non renouvelable pour le Président de la République, la suppression du statut à vie pour une partie des nouveaux fonctionnaires ou encore une véritable réforme des retraites incluant une part de capitalisation en plus du système par répartition.

– L’UMP doit-il changer de nom? Que faut-il refonder à l’UMP?
– L’UMP doit être totalement refondée. Les seuls éléments à conserver, ce sont les militants, les élus - connectés au terrain - et bien sûr les valeurs. Tout le fonctionnement doit changer. Au final, le changement de nom peut aller de soi. Je pense que la société politique française est aujourd’hui trop parisienne, trop centralisée, trop verticale. Il en est de même pour les partis politiques. Je voudrais une UMP qui débatte sur le fond, avec des conventions thématiques où les militants se prononcent. Je veux une UMP véritablement démocratique, avec des primaires partout et pour tous. Du délégué cantonal jusqu’au candidat à la présidentielle.

– Est-ce que les affaires en lien avec M. Sarkozy peuvent menacer l’UMP?
– Je ne retire rien de mes déclarations du mois de juin dernier. (ndlr: Pour Xavier Bertrand, l’affaire Bygmalion jette un doute sur la campagne de 2012. Et tous les protagonistes d’alors devraient se tenir à l’écart en attendant la fin de l’enquête).

– L’UMP ne rebondira pas en élisant quelqu’un qui a déjà pu mettre en œuvre son programme?
– C’est pour cela que je suis candidat. Parce que personne d’autre que moi ne porte les idées auxquelles je crois.

– Vous êtes des rares qui fustigez l'obsession de la présidentielle. Proposez autre chose?
– Je suis, en matière institutionnelle, pour un changement radical : revenir à l’esprit de la Ve République. C’est-à-dire à un septennat, mais non renouvelable. Le président élu ne peut se représenter et, dans ce cas-là, il n’a en tête que l’accomplissement des réformes structurelles dont a besoin le pays pour se moderniser. Quant au mandat de cinq ans, ça a été une fausse bonne idée, il faut revenir à un temps long.

– Vous donnez des points à M. Juppé qui dit se présenter à la présidentielle pour un unique mandat?
– Il y a mieux que les grandes déclarations, il y a les changements de constitution.

– Qu’est-ce qui vous différencie des autres candidats UMP?
– Mon parcours. Je suis provincial. Je ne suis pas Parisien. Je ne dis pas que j’aime l’entreprise! Moi, je la connais, je viens de ce monde de l’entreprise. Cela fait de moi quelqu’un qui a parfois été regardé avec beaucoup de mépris et de condescendance . Cela ne me dérange pas. Par ailleurs, je n’ai pas une vision technocratique. Je suis pour une politique qui apporte des réponses concrètes aux vrais problèmes des Français. Je suis candidat à une élection, parce que j’ai la conviction que mes idées mises en œuvre permettront le redressement du pays. Et je dois porter ces idées que personne ne reprend. Si Philippe Séguin était encore là, je ne serais pas candidat, je le soutiendrais. Mais ce n’est pas le cas.

– Et qu’est-ce le Séguinisme…
– C’est l’idée d’une droite juste, ambitieuse, qui croit en la puissance de la France. Cette droite-là n’est pas représentée. C’est aussi un rapport au pouvoir très différent. En France, on a l’habitude de mettre tout son talent dans la conquête du pouvoir. Moi, je crois en l’exercice du pouvoir. Et je pense les Français beaucoup moins conservateurs que leur classe politique. Il ne faut pas avoir peur de leur dire la vérité, d’utiliser son courage pour réformer, ne pas avoir peur de les interroger. Je crois en un référendum en début de mandat.

– Provincial et Séguiniste, Xavier Bertrand vous voulez ainsi réconcilier les Français avec la politique?
– En France, les décisions sont prises de haut en bas : ce système ne permet pas aux initiatives d’éclore. La politique doit renouer avec un triptyque: vision, exemplarité, résultat. Les Français aiment «la» politique. Sauf qu’aujourd’hui, ils sont déçus par «les» politiques.

– Peut-on être élu avec un programme fort?
– Je le crois, s’il est juste. S’il n’est pas caricatural. La France n’est pas faite pour l’hyper-libéralisme. Cela tombe bien, je ne suis pas hyper-libéral. La France n’a pas envie de l’hyper-assistanat. Elle n’en a plus les moyens. Entre les deux, il existe une 3e voie.

– Au-delà des idéologies, il y a des réformes à mener. Réformable la France?
– Le problème est qu’on a plus parlé de réformes qu’on ne les a véritablement menées. Mais les Français ne sont pas conservateurs. C’est pour cela que, dans certains domaines, le référendum est la bonne clé pour lever les blocages.

Créé: 05.02.2015, 11h59

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Pour Xavier Bertrand, Marine le Pen n'est pas une fatalité

Croyez-vous au scénario de la présidentielle à un tour. Car bouclée au 1er tour avec une Marine le Pen inéluctablement en tête, et la constitution d’un front républicain au 2e tour?

La présidentielle se jouera pour beaucoup avec la primaire de la droite et du centre. Les jeux ne sont jamais faits d’avance, mais la gauche est en train de se retrouver dans une situation semblable à celle qu’elle a connue entre 1993 et 1995. (Ndlr: aux législatives de 1993, avec François Mitterrand au pouvoir, le PS sombra à 9,9% de l’Assemblée nationale. RPR et UDF additionnés obtinrent le 81% des sièges).

Il y aura donc duel avec Marine le Pen pour la présidentielle?

Ce n’est pas une fatalité ! Mais il faut être lucide et reconnaître qu’aujourd’hui, elle arrive en tête dans les intentions de vote de beaucoup de Français. Je n’oublie pas non plus que les révélations sur l’affaire Bygmalion sont intervenues au lendemain, et non la veille, des élections européennes, autrement le FN aurait sans doute été plus haut et l’UMP plus bas. Dans deux ans et demi, j’espère que ce sera différent. Et pour cela, je m’attache à montrer et démontrer ce qu’ est vraiment le Front national : comment il se comporte et l’absence de propositions sérieuses qu’il émet. C’est aussi un travail que doit aujourd’hui conduire l’UMP, en parallèle de sa reconstruction et des propositions.

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