Pour la France, la Belgique n'est pas à la hauteur de la menace de Molenbeek

Attentats du 13 novembreSébastien Pietrasanta est le rapporteur de la commission d’enquête parlementaire française mise en place après les attentats. Le député socialiste salue les services belges mais juge que la législation belge n’est pas à la hauteur.

Sébastien Pietrasanta: «Selon Europol, il y a trois mille djihadistes sur le sol européen. Il faut renforcer les contrôles aux frontières avec de la biométrie. Fabriquer de vrais faux passeports est aujourd’hui trop facile.»

Sébastien Pietrasanta: «Selon Europol, il y a trois mille djihadistes sur le sol européen. Il faut renforcer les contrôles aux frontières avec de la biométrie. Fabriquer de vrais faux passeports est aujourd’hui trop facile.» Image: AFP

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Qu’est-ce qui domine, après l’arrestation de Salah Abdeslam? La satisfaction ou l’étonnement devant les quatre mois qui ont été nécessaires?

D’abord la satisfaction. Salah Abdeslam a été arrêté vivant. Pour les rescapés et les familles des victimes du 13 novembre, c’est important. Il y aura quelqu’un qui devra rendre des comptes lors d’un procès. Mais cette arrestation est aussi importante pour les services d’enquête. Ils vont pouvoir avancer sur la manière dont les choses se sont passées le 13 novembre et progresser sur les réseaux, même si ce n’est qu’une étape. Sur les quatre mois de cavale, je ne veux pas porter de jugement. Les enquêteurs ont fait un travail minutieux. Le temps de l’émotion et le temps médiatique n’est pas celui de l’enquête. L’essentiel, c’est que Salah Abdeslam ait pu être neutralisé.

Comment évaluez-vous la coopération franco-belge? Des reproches ont été adressés aux Belges: l’ancien magistrat Alain Marsaud a même estimé que la naïveté des Belges avait fait 130 morts!

La coopération a été exemplaire. Pas plus tard que vendredi, quelques heures avant l’arrestation de Salah Abdeslam, je m’en entretenais d’ailleurs avec le procureur de la République. Il m’a parlé de contacts pluri-quotidiens excellents avec les Belges. La coopération est excellente aussi avec les services de renseignements. C’était une obligation. Personne n’aurait pu comprendre qu’il n’en soit pas ainsi après ce qui s’est passé.

Vous estimez malgré tout que le système belge souffre de faiblesse ?

Globalement, je pense qu’il y a des progrès à faire à l’échelle européenne. L’Europe n’est pas suffisamment armée contre le terrorisme. La mise en place du PNR (ndlr : le fichier des passagers du transport aérien) n’est toujours pas effective. L’inscription au PE est retardée. Or on est dans une course contre la montre et on ne peut pas se permettre de perdre un mois. Daesh a par ailleurs récupéré des passeports vierges en Syrie et en Irak et utilise la route des migrants. Selon Europol, il y a trois mille djihadistes sur le sol européen. Il faut renforcer les contrôles aux frontières avec de la biométrie. Fabriquer de vrais faux passeports est aujourd’hui trop facile.

Pourquoi cette réticence européenne?

C’est une question de souveraineté nationale. Je peux comprendre qu’on ne veuille pas adopter le PNR avant que soit mis en place un texte sur la protection des données personnelles. Mais je trouve que le Parlement européen est parfois déconnecté. L’Europe a été touchée dans sa chair! On ne peut pas se permettre de perdre du temps à tergiverser avec du chantage.

Et concernant la Belgique ? Manuel Valls était venu voir le premier ministre Charles Michel début février pour renforcer la coopération. Ont-ils été suffisamment loin? On sent une volonté très forte de la Belgique de lutter contre le terrorisme. Aucune ambiguïté la dessus. Je salue la police, le renseignement belge et la justice. La détermination est totale. Je n’ai pas de conseils à donner aux Belges. La seule chose que je veux dire, c’est que la législation belge n’est pas à la hauteur de l’enjeu. En Belgique, la garde à vue en matière de terrorisme, c’est 24 heures. C’est très peu pour récolter des informations! En France, cette garde à vue peut aller jusqu’à six jours. On pourrait aussi parler des effectifs, des moyens mis sur le terrain. Les perquisitions de nuit seraient aussi utiles.

Créé: 21.03.2016, 10h23

Comment le communautarisme fait prospérer le djihadisme

En France, les perquisitions de nuit ont été rendues possibles par l’Etat d’urgence. Était-ce la bonne réponse? Le débat sur la déchéance de nationalité, qui n’aboutira finalement pas, n'a-t-il pas fait perdre du temps et détourné des priorités?

Sébastien Pietrasanta: L’instauration de l’Etat d’urgence était indispensable. Lorsqu’il a été mis en place, dans la nuit du 13 au 14 novembre, on ne savait pas s’il restait des terroristes dans la nature. Cela a permis l’assaut de Saint-Denis. Des attentats ont été déjoués depuis. C’était une mesure à la fois nécessaire et symbolique. Des effectifs ont été recrutés pour le renseignement ainsi qu’au parquet antiterroriste. On n’a pas tergiversé. Quant à la déchéance de nationalité, j’ai toujours soutenu que ce n’était qu’une mesure symbolique et que ce n’était pas efficace. J’ai voté contre. Ce texte créerait en outre des apatrides. Ce n’est pas l’image que je souhaite qu’on donne de la France.

La commission d’enquête dont vous êtes le rapporteur va se rendre en Belgique?

Oui, il y aura un transport début avril. Nous resterons sans doute deux jours. Nous voulons voir tous les services concernés. Et nous irons aussi à Molenbeek, où nous voulons avoir un échange avec les autorités locales, au-delà des préjugés des uns et des autres. Cette commission n’a pas vocation à rester sur les bancs de l’Assemblée. C’est pour cela que nous sommes allés aussi au Bataclan et que nous irons en Turquie et en Grèce pour nous rendre compte du fonctionnement des hotspots.

Vous parlez des préjugés concernant Molenbeek. Les caricatures n’ont pas manqué. Jusqu’à Donald Trump qui a parlé de «trou à rats» et Eric Zemmour, qui disait vouloir «bombarder» la commune, disant ensuite que c’était du «second degré»…

C’était totalement ridicule. Ce qui est excessif est insignifiant. Au-delà des caricatures, on cherche à comprendre comment le communautarisme a fait prospérer les djihadistes. La question des ghettos se pose en France comme en Belgique. Nous sommes face à un double défi. Le premier, c’est de lutter contre le terrorisme. Mais le second, tout aussi important, c’est de combattre tout ce qui gangrène nos valeurs démocratiques. Tous les islamistes ne sont pas des terroristes en puissance. Il faut éviter l’amalgame. Mais quand on abîme le socle républicain en remettant en cause l’école, l’égalité homme femmes ou la laïcité, c’est ravageur.

C’est ce qui s’est passé à Molenbeek?

Je ne cherche pas stigmatiser Molenbeek. La question se pose de façon plus large dans nos deux pays où, malgré une histoire de l’immigration différente, on a laissé s’instaurer des mêmes logiques de ghettos.

J.M.

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