La France décore la Genevoise d'adoption Noëlla Rouget

GenèveÀ 100 ans, la résistante et rescapée des camps a reçu la distinction la plus haute dans l’Ordre national du Mérite.

Résidente d'un EMS à Champel, Noëlla Rouget a contribué à faire gracier son bourreau, Jacques Vasseur, en 1964

Résidente d'un EMS à Champel, Noëlla Rouget a contribué à faire gracier son bourreau, Jacques Vasseur, en 1964 Image: Lucien Fortunati

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Il y avait de la gratitude et du respect, vendredi matin, dans la résidence du consul général de France. Beaucoup de respect pour «une héroïne au sens propre du terme». Après avoir fêté ses 100 ans le 25 décembre, la Genevoise d’adoption Noëlla Rouget a été élevée à la dignité de grand-croix dans l’Ordre national du Mérite (deuxième ordre national de France après la Légion d’honneur).


Lire aussi: Comment la résistante Noëlla Rouget a obtenu la grâce de son bourreau


En réalité, la résistante et rescapée du camp de concentration de Ravensbrück, résidente d’un EMS à Champel, était attendue à Paris par le président Emmanuel Macron. Mais en raison de son âge avancé, la cérémonie de décoration a été déplacée entre les murs de la belle demeure accrochée à la colline de Cologny, devant un aréopage d’officiels, de diplomates et de proches de la centenaire.

Grand chancelier de la Légion d’honneur, le général Benoît Puga a fait le déplacement de Paris pour passer à Noëlla Rouget l’écharpe bleu vif ornée de l’étoile vermeille à six branches. Avant qu’il n’exprime son émotion de décorer «une très grande femme qui a œuvré toute sa vie avec courage, intelligence et simplicité», le consul général de France à Genève, Patrick Lachaussée, s’est adressé directement à Noëlla Rouget, pour dire «sa profonde et respectueuse gratitude à une grande dame, très grande dame».

Et elle, simple, discrète et modeste, comme toujours. Si son «bel âge» ne lui permet plus de faire de longs discours «comme naguère», elle dédie cette distinction à ses camarades du camp de concentration de Ravensbrück. «Je pense à celles qui ne sont pas revenues et à celles, comme moi, qui sont revenues en piteux état.»

L’histoire de Noëlla Rouget ne s’arrête pas à la barbarie du camp de Ravensbrück (près 90'000 morts parmi les 150'000 détenus, en grande majorité des femmes et leurs enfants).

Mis au jour par les deux historiens genevois Eric Monnier et Brigitte Exchaquet-Monnier, son destin révèle comment la native d’Angers a trouvé refuge en Suisse, où elle a rencontré son mari, André Rouget. Mais surtout comment elle a convaincu le général de Gaulle de gracier son bourreau, le collabo Jacques Vasseur.

Vingt ans plus tôt, alors qu’elle s’était engagée dans la Résistance, c’est cet auxiliaire de la Gestapo qui l’a fait arrêter. Son fiancé de l’époque, Adrien Tigeot, sera également emmené puis fusillé en 1943. Noëlla Rouget, elle, sera déportée au camp de Ravensbrück, où elle passera plus d’un an, échappant à la mort à plusieurs reprises.

La cérémonie de vendredi a été l’occasion de relire des passages de la lettre écrite par la résistante en 1964 au général de Gaulle. Les historiens ne doutent pas qu’elle a eu son influence sur le président français (que Noëlla Rouget connaissait puisqu’elle s’était liée d’amitié avec sa nièce Geneviève, comme elle résistante) au moment de gracier Jacques Vasseur, tout juste condamné à mort.

Dans un pays qui a aboli la peine de mort en 1981, le geste de Noëlla Rouget porte en lui toute la force du pardon. «Vous faites partie de ceux qui n’ont pas succombé à la haine et la vengeance après la victoire, a rappelé le général Benoît Puga. En pardonnant, vous nous avez grandis.»

Créé: 07.02.2020, 17h53

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