En France, la fracture numérique s'invite au grand débat

DéconnexionLe gouvernement a lancé cette semaine le «grand débat» sur internet. Or, et c’est un autre symbole des fractures, tout le monde n’y aura pas accès.

Depuis 2003, l’État français a relancé à quatre reprises un plan pour en finir avec les zones blanches et installer le haut débit - en rouge - sur l’ensemble du territoire.

Depuis 2003, l’État français a relancé à quatre reprises un plan pour en finir avec les zones blanches et installer le haut débit - en rouge - sur l’ensemble du territoire. Image: monreseaumobile.fr

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C’est un symptôme de plus d’une France à plusieurs vitesses. Cette semaine, le gouvernement a étendu sur internet le grand débat national lancé pour répondre à la crise des «gilets jaunes». En marge des discussions qui se font depuis quelques jours dans les villes et les villages de l’Hexagone, les Français peuvent s’exprimer sur la plate-forme «granddebat.fr». Or dans les faits, tous les Français sont encore loin d’être égaux devant cette opportunité.

En 2019, un tiers des communes françaises de moins de 1000 habitants, lesquelles représentent 75% des communes ou 15% de la population, n’a pas accès à un internet de qualité. Et quelque 541 communes (500'000 personnes) sont encore en zones dites «blanches», soit sans aucune connexion mobile pour téléphoner ou accéder à internet. Même les installations fixes y sont parfois défaillantes. Les communes qui se situent en zone grise bénéficient d’un débit si faible que toute démarche numérique reste très aléatoire ou très longue.

C’est le constat dressé la semaine dernière dans un rapport des services du Défenseur des droits, Jacques Toubon. Une réalité qui tranche avec la volonté affichée du pouvoir, à Paris, de dialoguer avec le peuple, lequel n’arrive même pas, en certains endroits, à effectuer des démarches administratives en ligne, faute d’une connexion de qualité.

Promesses à gogo

Jean-Luc Vallet, maire de Brengues, une commune de 210 habitants dans le Lot, en sait quelque chose. Brengues, sis au fond d’une vallée touristique, fait partie des 541 communes sans couverture mobile adéquate. La moitié des habitants en sont privés. Même le téléphone fixe y est défaillant, il a été d’ailleurs extrêmement compliqué de joindre le maire au bout du fil pour recueillir son témoignage: «Cela fait des années que l’on se bagarre à cause de ce problème, raconte le maire. Sous Sarkozy, en 2012, on nous avait promis la fin de la zone blanche dans les deux ans. En 2014, ce fut l’épisode Valls, qui s’était engagé pour fin 2016. Ensuite l’échéance est passée à 2018, et maintenant 2020 avec Macron. Les habitants s’impatientent, car cela entrave les activités économiques, cela pose des problèmes de sécurité, c’est un frein à l’attractivité de la commune. C’est dur de convaincre un jeune de s’installer ici sans réseau mobile!» C’est une évidence: la marginalisation numérique s’associe le plus souvent à bien d’autres composantes de la fracture sociale, comme le dépeuplement et la désertification médicale.

Depuis 2003, l’État français a relancé à quatre reprises un plan pour en finir avec les zones blanches et installer le haut débit sur l’ensemble du territoire. Emmanuel Macron est le dernier à en avoir fait une priorité, avec même un plan pour l’installation du très haut débit également dans les campagnes d’ici à 2020. Au terme d’un accord passé avec les opérateurs, qui se sont engagés à investir pour les dernières zones non couvertes contre quelques avantages, les travaux s’opèrent peu à peu. À Brengues, où un terrain n’attend plus que la construction d’une antenne, on espère que cette fois, la promesse sera la bonne. «Il y a encore la méfiance, car il y a eu tant de mépris, dit Jean-Luc Vallet. Les politiques d’aménagement du territoire sont conçues à Paris, par des gens qui n’ont aucune idée du quotidien des zones rurales.»

Dématérialisation

Outre les problèmes d’aménagement numérique du territoire, retard que la France s’emploie peu à peu à combler, la fracture est aussi sociale. Quelque 13 millions des habitants du pays ne sont pas à l’aise avec le numérique, et même la moitié de ces récalcitrants ne vont jamais sur internet. Un Français sur cinq (19%) n’a pas d’ordinateur à la maison et plus d’un sur quatre (27%) n’a pas de smartphone. Les personnes âgées, les chômeurs, les pauvres représentent le gros de ce contingent des «non connectés».

Or en Macronie, le rêve est aussi de mettre en place des services publics 100% digitaux, et pour cela, le gouvernement vise à former 1,5 million de personnes par an aux outils digitaux. Mais cette dématérialisation des services, déjà en marche, rebute 36% des Français, selon le dernier Baromètre du numérique, un outil qui mesure l’équipement et les usages numériques des citoyens. Et elle représente le principal motif de saisine du Défenseur des droits. Des milliers d’usagers se plaignent devant l’impossibilité, désormais, d’accéder à certains services publics autrement qu’en ligne, y compris pour obtenir des papiers officiels. Le rapport pointe le fait que la dématérialisation, qui certes présente des avantages, sert à pallier le manque de services publics dans certains territoires et relève d’une approche purement «budgétaire et comptable».

Créé: 24.01.2019, 18h32

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