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«La France n'est pas aussi performante que la Suisse, mais elle s’améliore»

L’économiste Nicolas Bouzou a effectué un tour d’Europe de l’économie pour comprendre les blocages français. Il décortique les enjeux de la visite de François Hollande en Suisse.

Nicolas Bouzou.
Nicolas Bouzou.
DR

François Hollande a-t-il lu le livre de Nicolas Bouzou? «Pourquoi la lucidité habite à l’étranger?» est un essai économique, frotté de sociologie et d’histoire, qui fait le tour d’Europe de ce qui fonctionne. Une expérience d’un Français de se décentraliser et d’aller voir ailleurs...

Un peu ce que se propose de faire le président de la république au vu de son programme de visite de deux jours (mercredi 15 et jeudi 16 avril). Innovation, recherche et investissement sont les trois thèmes centraux qui rythmeront le chemin de la délégation française de Berne à Zurich pour finir, évidemment, à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Interview de Nicolas Bouzou.

Pourquoi François Hollande a-t-il besoin de venir en Suisse puiser des idées pour l’innovation?

La croissance économique des pays développés comme la France ou la Suisse est égale à la croissance du progrès technique. En d'autres termes elle dépend directement de l'innovation. On sait aujourd'hui d'où vient la capacité d'innovation d'un pays: présence d'universités internationales de haut niveau et capacité à faire naître et grandir des start-up. En pratique les choses sont plus compliquées. La Suisse a su mettre en place des écosystèmes d'innovations performants.

Mais la France n’est pas en reste!

Effectivement, c'est aussi de plus en plus le cas de la France avec le plateau de Saclay ou Grenoble dans les nanotechnologies. Nous ne sommes pas aussi performants que la Suisse mais avec des dispositifs comme les pôles de compétitivité ou le Crédit Impôt Recherche les choses se sont beaucoup améliorées.

L’autonomisation des universités suisses peut-elle servir de modèle aux universités françaises?

Nos universités sont pauvres et pas très performantes mais nous avons d'excellentes écoles comme polytechniques. Avec la BPI (ndlr: banque publique d’investissement) nous commençons aussi à avoir des financements intéressants même si l'épargne des Français s'investit trop peu dans les entreprises pour des raisons surtout culturelles et un peu fiscales.

L’investissement est l’un des thèmes de cette visite. Pourquoi est-il en France un souci lorsqu’il est lié à la recherche et au développement?

A mon avis la vraie différence entre la France et la Suisse se situe à un autre niveau: notre capacité à garder et à faire croître nos entreprises ce qui nous ramène à trois éléments: impôts, charges sociales et précaution.

C’est-à-dire?

Le niveau de l'impôt sur les bénéfices est encore haut en France: même si les choses vont s'améliorer. Le niveau des charges sociales est délirant. Ensuite nous avons une réglementation très stricte qui a notamment fixé dans la Constitution le Principe de Précaution.

Souscrivez-vous à la vision d’un «Job act à la Française» comme préconisé dernièrement par le Prix Nobel Jean Tirole?

Oui, le problème du code du travail est large: il entrave à la fois les licenciements et les embauches ce qui empêche une allocation optimale de la main-d’œuvre. A ce titre, je souscris en totalité aux propositions de Jean Tirole qui sont d'ailleurs soutenues par de nombreux économistes. C'est au niveau des éléments fiscaux et réglementaires que la France pourrait s'inspirer efficacement de la Suisse.

En librairie:Nicolas Bouzou, «Pourquoi la lucidité habite à l’étranger?» – Le tour d’Europe d’un économiste qui guette le réveil français. JC Lattès

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