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La France se prépare à laisser éclater sa colère

Écoles fermées, métros bouclés, trains supprimés, jusqu’où la grève portera-t-elle? État des lieux à la veille du jour J.

Lundi, deux jours avant la grève, les pompiers ont commencé à occuper la place de la République à Paris.
Lundi, deux jours avant la grève, les pompiers ont commencé à occuper la place de la République à Paris.
MALIKA BARBOT / HANS LUCAS

Ils sont depuis lundi sur la place de la République, une trentaine de pompiers qui, pendant toute la semaine, vont se relayer avec d’autres venus des quatre coins de France pour dormir sous tente à côté du monument. «Une sorte de grève symbolique», explique l’adjudant Salim Garrouche, de Nîmes. Les Parisiens apportent nourriture et bois de feu, l’atmosphère est détendue, on se charrie – «une tradition chez les pompiers», sourit Salim – et on explique aux passants les raisons du mouvement: «On doit pallier de plus en plus les carences du service public: des transports sanitaires faute de SAMU, des ivresses sur la voie publique faute de police, des retraités qui appellent faute de médecin, et tout ça sans moyens ni personnel supplémentaires. On n’en peut plus.» Sans parler des risques, de la paie. Bref, les pompiers sont en colère.

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Mais qui, en France, n’est pas en colère? C’est la question qui se posera jeudi 5 décembre, premier jour d’une grève reconductible contre le projet de réforme des retraites du gouvernement et qui promet de paralyser le pays, à commencer par la région parisienne, à travers une mobilisation massive: les trains de la SNCF, les métros de la RATP, les électriciens d’EDF, les enseignants des écoles et des lycées, les étudiants, des employés municipaux, des avocats, des éboueurs… On pourrait y ajouter les «gilets jaunes» ou encore les entreprises de génie civil, qui bloquent des raffineries pour protester contre la suppression d’un privilège fiscal sur le diesel dont elles profitaient.

«Périlleux et imprudent»

«La France n’a jamais été dans cet état-là depuis 1945», affirme Dominique Reynié, politologue à Sciences Po et directeur du think tank libéral Fondapol. «C’est une France en ébullition, une France redevenue violente: le système politique est disloqué, avec des grands partis devenus minuscules; les «gilets jaunes», mouvement sans précédent et énigmatique encore aujourd’hui, sont comme la braise: s’il y a du vent, ça repart. L’agriculture va mal, très mal, il y a une dérive objective des services publics dans les territoires, et pas de ressources financières… Dans cette France-là, faire une réforme systémique sur un sujet comme les retraites, c’est très périlleux et imprudent.»

Réforme systémique? C’était la promesse d’Emmanuel Macron: changer en profondeur le système des retraites, érigé en 1945 de façon corporatiste, avec une série de régimes spéciaux censés compenser les situations particulières. Avec le temps, le système s’est rigidifié et il donne une impression d’injustice quand l’âge théorique de retraite est de 52 ans pour les uns, et 62 pour les autres… Emmanuel Macron avait un slogan: «Pour chaque euro cotisé, chacun aura les mêmes droits.»

Un système unifié

Fruit de deux ans de travail et de consultation, le projet n’est connu que dans ses grandes lignes: Fini les régimes spéciaux, tout le monde est soumis à un système de points gagnés au long de la carrière professionnelle. L’âge de la retraite est maintenu à 62 ans, mais pour toucher une rente pleine, il faut travailler jusqu’à 64 ans. En deçà, elle est minorée, au-delà, augmentée.

Toute une série de facteurs sociaux donnent des points en bonus: pénibilité du travail, horaires de nuit, nombre d’enfants et, pour certaines catégories de travailleurs (léger handicap ou carrière longue entamée avant 20 ans), l’âge de retraite est abaissé à 60 ans. Les professions régaliennes (police, gardiens de prison, sapeurs-pompiers) gardent un âge de retraite à 52 ou 57 ans, de même que pour l’armée. Au total, la réforme est censée profiter aux très petits revenus et aux femmes qui ont connu des temps partiels ou des carrières interrompues.

Mais voilà, s’il y en a qui y gagnent, d’autres y perdent…

Pour rencontrer Laurent Djebali, il faut aller à Bagnolet, dans la proche banlieue parisienne. C’est là que le syndicat UNSA, majoritaire à la RATP, a ses bureaux. La date du 5 décembre, c’est lui, référence aux grèves de 1995 qui avaient entraîné l’abandon du paquet retraite Juppé. «Décembre, c’est un mois crucial pour l’économie française, note Laurent Djebali. Et puis, je ne vous le cache pas, c’est aussi un moment où on peut se permettre la grève, parce que les gens ont touché leur 13e salaire à la fin novembre.» Parce qu’une grève, il faut tenir le coup. «Certains mettent de l’argent de côté depuis juin.»

Qu’un début?

Sont-ils des privilégiés, avec leur retraite à 52 ans? «En 1995, on se battait encore pour le statut spécial, maintenant, c’est fini. Depuis Sarkozy, la fin est programmée.» Lui, qui profite encore de certains avantages, aura sa retraite à 59 ans et demi: 2300 euros.

«On est comme les autres et on se bat pour une pension digne qui ne nous mette pas à la charge de nos enfants.» Il attend une mobilisation massive pour le 5 décembre – «Il faut qu’on soit plus d’un million dans le pays» – mais d’après lui, tout se jouera le lundi 9 décembre: si le mouvement continue, si la grève s’installe dans la durée, «et qu’on n’est pas tout seuls au front avec la SNCF», alors la vraie épreuve de force commencera. «Et s’il n’y a pas une annonce forte du gouvernement, ça continuera!»

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