«La France restera vigilante face aux fake news diffusées sur le Net»

DiplomatieL'ambassadeur de France à l’ONU répond à la Russie qui dénonce les entraves au travail des journalistes de RT et de Sputnik.

Pour François Rivasseau, la Russie «n'a pas de leçon à donner en matière de liberté de la presse».

Pour François Rivasseau, la Russie «n'a pas de leçon à donner en matière de liberté de la presse». Image: DR

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Jeudi, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a prévenu que son pays allait réagir à la «violation des droits des journalistes russes travaillant en France» en appliquant le principe de «réciprocité». Depuis l’entrée en fonction d’Emmanuel Macron, les correspondants de Russia Today et de Sputnik sont tenus à l’écart des événements organisés au Palais de l’Élysée. Les deux médias ont été qualifiés «d’organes d’influence et de propagande» par le chef de l’État français.

Le 20 mars dernier, le ton était déjà monté d’un cran lors d’une conférence de presse donnée à Genève. Maria Zakharova y avait dénoncé «l’hostilité de la France» et le «dénigrement systématique du travail des journalistes russes». Ancien porte-parole du Quai d’Orsay, François Rivasseau, qui occupe aujourd’hui le poste de représentant de la France auprès de l’ONU à Genève, joue la carte de la désescalade alors que du côté de Moscou on semble toujours vouloir faire monter la pression. «Il n’y a pas de guerre de l’information», affirme le diplomate. Le propos a beau être ciselé au millimètre, entre Paris et Moscou, la question des fake news est devenue un vrai sujet.

Que reprochez-vous exactement à Russia Today et Sputnik?
Nous relevons que ces deux médias ont relayé à plusieurs reprises des fake news produites par ce que les jeunes appellent des «usines à trolls». Nous avons observé des phénomènes anormaux sur le web. Russia Today a relayé encore récemment sans aucune vérification des informations inexactes présentées comme émanant de responsables russes de la défense concernant Idlib. Sur le traitement de l’information concernant la Syrie, Russia Today avait d’ailleurs reçu un avertissement du Conseil supérieur de l’audiovisuel en juin dernier. On peut également relever une communication systématiquement hostile à l’égard de l’Union européenne qui répercute parfois aussi des fausses informations ou allégations mensongères.

Maria Zakharova accuse la France de porter atteinte à la liberté d’informer…
En tant qu’ancien porte-parole, j’ai toujours un grand respect pour ceux qui font ce travail difficile mais là, les déclarations de Mme Zakharova me laissent perplexe. La Russie qui est classée à la 148e place en matière de liberté de la presse par Reporters sans frontières n’a pas vraiment de leçons à nous donner.

Jusqu’où peut aller cette guerre de l’information entre Paris et Moscou?
Attention aux mots. N’allons pas si loin. Nous ne souhaitons pas donner plus d’importance à cette affaire qu’elle ne le mérite. Nous voulons conserver et développer un agenda constructif avec la Russie. C’est essentiel.

Vous dénoncez le travail de sape des «usines à trolls», mais sait-on vraiment qui est derrière?
Techniquement, c’est très difficile d’attribuer avec une certitude absolue l’origine d’une fake news. Par ailleurs, celles-ci ont toujours existé. C’est ce qu’on appelait autrefois de la propagande. Ce qui est nouveau, c’est la dimension globale, instantanée et non filtrable de cette information parce qu’on ne maîtrise pas encore cet outil qu’est internet. Mais nous allons y arriver. Petit à petit, les choses vont se réguler. C’est dans cet esprit que la France a adopté le 22 décembre dernier une loi pour renforcer la fiabilité des informations disponibles sur la Toile. Il s’agit de respecter la liberté d’opinion et d’expression mais de ne pas permettre de manipulation de l’information par des campagnes massives venant de l’étranger visant entre autres à altérer la sincérité de nos scrutins.

Comment allez-vous procéder?
Nous devons procéder par étapes. Une bonne nouvelle est tombée cette semaine. Facebook a annoncé des changements dans ses algorithmes de référencement. L’opérateur s’est engagé à déréférencer les comptes identifiés comme étant des trolls. Il a également promis de faire la chasse aux faux profils qui affichent des centaines ou des milliers de likes alors qu’on ne trouve pas trace de leur existence réelle. Pour les sites d’information, il va y avoir dans l’avenir un système pour mieux trier ceux qui sont crédibles de ceux qui ne le sont pas. Des médias sérieux se sont saisis de ces questions comme en témoigne l’initiative de 19 médias européens FactCheckEu, plateforme se proposant de vérifier les questions que se posent les internautes à propos des élections européennes. Voilà quelques-unes des réponses qui à terme vont permettre d’endiguer le fléau des fake news. (24 heures)

Créé: 14.04.2019, 17h35

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