«François Hollande a tort de réduire la crise aux questions économiques»

FranceLe président de la République était sur France Inter ce matin. Didactique et à l’écoute, il poursuit son offensive de reconquête de l’opinion. Analyse avec Stéphane Rozès.

Paris, le 5 janvier. François Hollande se prépare à répondre aux questions de France Inter.

Paris, le 5 janvier. François Hollande se prépare à répondre aux questions de France Inter. Image: REUTERS/Remy de la Mauviniere

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Durant deux heures et en direct ce lundi matin à la radio, François Hollande a répondu aux Français. Le président de la République, en léger mieux dans les sondages, poursuit son travail de pédagogie et d'explication de son action. Résultat? Aucune annonce, rien de neuf, mais François Hollande est entré dans le détail des différents chantiers qui l’attendent dans la deuxième moitié de son quinquennat. Le politologue Stéphane Rozès, directeur de la société Cap et enseignant à Sciences Po et HEC Paris décrypte sa prestation.

Passer en revue les thématiques sur France Inter, est-ce suffisant pour un président de la République ?

Stéphane Rozès: Ce matin, je l’ai trouvé très bon techniquement. Dossier par dossier, il a répondu et expliqué quels sont les ressorts de la sortie de crise. Reste à savoir s’il a été capable de faire sentir aux Français le fil conducteur de l’action présidentielle. Soit faire le récit de la France est ce qui manque aux Français. Sur nombre de points, François Hollande ne répond pas clairement à l’inquiétude des Français qui est en lien avec la dépendance de l’extérieur. Avec toujours cette question lancinante: la France est-elle encore maître de son destin?

Cette place de la France dans le monde est donc si importante?

C’est surtout la question de savoir si dans un monde globalisé, dans un monde en mutation, la France peut sauvegarder son système social, son modèle de société, sa place dans le monde. C’est pour cela que dès son arrivée à l’Elysée, j’avais conseillé à François Hollande de faire le récit aux Français de ce qui avait été le fondement de sa victoire. D’expliquer ainsi en quoi son action s’inscrivait dans cette finalité. Les mesures prises par le gouvernement du premier ministre Jean-Marc Ayrault – de la politique de l’offre – allaient déjà dans ce sens, mais cela n’avait pas été verbalisé.

François Hollande a attendu le mi-mandat pour le faire. Désormais, il rattrape le déficit de communication au risque de réduire son action à un plan comm’?

Depuis un certain temps, sa communication va crescendo. D’une part, depuis l’arrivée de Manuel Valls à Matignon. D'autre part, depuis le retour politique de Nicolas Sarkozy et la montée de Marine le Pen dans les sondages. Il doit néanmoins faire attention à ne pas réduire son discours à des questions économiques et sociales! Car la crise que traverse la France ne se réduit pas à cela. C’est aussi et peut-être davantage une crise de confiance. La France se sent, faussement, désarmée face à un monde en mutation, une Europe en crise et en manque de repères.

En réduisant le chômage, François Hollande ne vaincrait pas la crise?

La France est un pays en dépression. Le chômage participe évidemment à cette pathologie. Mais le fondement de la France est celui d’un pays qui se projette de l’intérieur vers l’extérieur. Par exemple, notre pays a porté l’idée européenne quand elle voyait en l’Europe, la France en grand. Désormais le monde manque de vision et la France doit en proposer une: d’abord pour les Français.

La France ne se voit donc que comme un pays modèle, moteur… François Hollande est-il homme à incarner cette vision?

Attention, les Français sont universalistes. Ils n’ont pas la prétention de vouloir s’imposer à qui que ce soit, mais ils pensent que les autres leur ressemblent.

Est-ce pour cela que François Hollande a surligné le rôle leader de la France en matière climatique et le ralliement des autres pays en vue du sommet pour le climat de Paris fin 2015?

François Hollande a ouvert le chantier de la Conférence climat 2015. Il n’y a actuellement pas de dirigeant international qui arrive à imposer une vision sur le climat et l’énergie. Celle de la France est intéressante. Tout en travaillant à une réduction partielle du nucléaire, nous proposons une électricité «décarbonnée». Il ne suffit pas, comme le fait l’Allemagne, de se dire antinucléaire et d’ouvrir des centrales à charbon très polluantes pour être un leader en matière climatique.

In fine, François Hollande sera tout de même jugé sur sa capacité à redresser l’économie et à inverser la courbe du chômage?

Lui le pense. Il a tort! Quand on redresse un pays, il y a toujours un moment difficile qui est celui où les changements nécessaires ne produisent pas d’effets immédiats. Il aurait tort de changer de cap sous la pression des médias et tenter d’obtenir des résultats à court terme dans la lutte contre le chômage. Nous sommes trop pessimistes face à notre modèle. Nous ne croyons plus que la société fait l’économie et pas l’inverse. C’est de fait une question culturelle qui dépasse de loin le cadre économique. Qu’est-ce qu’un pays qui est à la hauteur? C’est la question que posent les Français à François Hollande.

Créé: 05.01.2015, 11h51

Hollande doit «faire récit»

Le politilogue incite le président de la République à dialoguer avec les Français

Le politologue Stéphane Rozès est un des visiteurs du soir de François Hollande. Il a travaillé pour le président de la République lors de sa campagne victorieuse en 2012. Patron de la société Cap (conseils, analyses et perspectives), Stéphane Rozès enseigne également à Sciences Po et HEC Paris. Ce politologue expérimenté, qui a travaillé autant avec des politiques de gauche comme de droite, insiste beaucoup sur la symbolique présidentielle et la nécessité de «faire récit», d’entrer en conversation avec les fondements du pays. Justement, ce matin sur France Inter, François Hollande a mis le doigt sur «la grave crise identitaire que traverse le pays».

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